
Le magazine Time a désigné mercredi la "Person of the Year", la personnalité ayant le plus influencé le monde durant l'année. En 2016, c'est Donald Trump qui a reçu le titre : un choix discuté et pourtant bien prévisible.
Comme chaque année, le magazine américain Time a désigné mercredi 7 décembre sa "Person of the Year", l'homme ou la femme "la plus influente" du monde. Le récipiendaire s'appelle Donald Trump, président élu des États-Unis.
Pourquoi Trump ? Parce que ce titre va tous les ans à "la personne ou les personnes qui ont le plus affecté les événements et nos vies, en bien ou en mal, et incarné ce qui était important à propos de cette année-là, pour le meilleur ou pour le pire", tel que l'a défini le rédacteur en chef du titre, Walter Isaacson, en 1998.
Alors voilà : le magnat de l'immobilier, le businessman est celui qui a le plus choqué, marqué, impressionné, convaincu cette année. Il a été au centre de nombreuses conversations, les médias s'offusquant ou s'amusant de ses sorties, persuadés que jamais un tel personnage ne serait élu. Pourtant, le 8 novembre 2016, malgré une remarquable accumulation de propos racistes, provoquants et grossiers, il est sorti vainqueur de la course à la Maison Blanche.
Donald Trump is TIME's Person of the Year 2016 #TIMEPOY https://t.co/5pTGOksevE pic.twitter.com/N8BtqTu9Nl
— TIME (@TIME) 7 décembre 2016
Dans le monde, encore une fois, cette nomination de Trump comme "Person of the Year" a tantôt choqué, tantôt ravi.
Du côté des mécontents, on pense que couronner ainsi le président élu revient à lui apporter encore plus de crédit, à flatter son ego. Et de nombreuses personnes auraient mérité ce titre pour des raisons bien plus positives : rien que dans la liste restreinte des nommés, on trouve la gymnaste Simone Biles, la candidate démocrate Hillary Clinton, les lanceurs d'alerte ayant averti le monde de l'eau empoisonnée à Flint dans le Michigan, Beyoncé Knowles, le Premier ministre indien Narendra Modi...
#Trump personnalité de l'année. Ça fait rêver . pic.twitter.com/IAkXoNoyq0
— So different (@Sodifferent_fr) 7 décembre 2016
Donald Trump, personnalité de l'année? Time a osé....
— STOPSCREAMINGBITCHES (@SFyna) 7 décembre 2016
Donald Trump got person of the year?! Is that a joke? Like there are millions of people that actually did something beneficial for the world
— ☉Cathal (@monahunk) 7 décembre 2016
"Donald Trump est la personnalité de l'année ? C'est une blague ? Comme s'il n'y avait pas des millions de personnes qui ont vraiment apporté quelque chose de bénéfique au monde "
Donald Trump a lui-même confié au magazine Today être flatté de cette nomination. Mais quand on regarde le palmarès du Times au cours des dernières décennies, il n'a pas vraiment de quoi être fier.
Un titre emblématique, mais pas flatteur
Nancy Gibbs, rédactrice en chef de Time, en est bien consciente : "Être personnalité de l'année n'est pas forcément un honneur", rappelle-t-elle dans une vidéo sur les coulisses de ce prix. "Certaines années nous avons salué des influences positives. Mais en général ce n'est pas le cas."
"Être la personnalité de l'année n'est pas forcément un honneur"
Et les exemples de "personnalités de l'année" controversées ne manquent pas : depuis la création du prix en 1927, le magazine Time a couronné Adolf Hitler (en 1938), Joseph Staline (en 1939 et 1942). Dans la liste des 90 personnalités choisies depuis 1927, difficile d'en trouver une qui n'ait pas fait polémique à son époque.
Hmm... pic.twitter.com/vVQMg7Na4U
— David Weiner (@daweiner) 7 décembre 2016
Donald Trump est un personnage clivant. Et si cette caractéristique est habituellement la conséquence d'une influence forte sur le monde, pour Donald Trump c'est la cause même de sa nomination comme "Person of the Year" 2016 : "Qu'a-t-on choisi cette année : pour le meilleur ou pour le pire ? Le défi avec Donald Trump, c'est de voir à quel point le pays se divise sur la réponse", explicite Nancy Gibbs. "Pour avoir rappelé à l'Amérique que la démagogie se nourrit du désespoir, que la vérité n'est puissante que dans la bouche de ceux à qui l'on fait confiance, [...] pour avoir construit la culture politique de demain en atomisant celle d'hier, Donald Trump est la 'Person of the Year'."
Un titre banal pour un président américain élu
Autre indice qui aurait dû faire de cette désignation une formalité : la personnalité de l'année est très souvent le président américain élu, si élection il y a eu cette année-là. Comme le souligne Mashable, tous les présidents américains depuis 1927 ont eu droit à ce titre, exception faite de Calvin Coolidge et Herbert Hoover. La plupart du temps, ce titre leur est remis l'année de leur élection. Il fallait bien une première fois pour Donald Trump, et cette année-là tombait plutôt bien.
Time s'en est défendu, rappelant que seule la moitié des années d'élection ont vu le président élu en novembre recevoir le titre. Dernier contre-exemple en date : 1996. Alors que Bill Clinton rempile pour un second mandat, c'est le chercheur sino-américain David Ho qui est choisi comme "Person of the Year" pour ses travaux scientifiques de lutte contre le SIDA.
David Ho, innovative researcher of HIV/AIDS epidemic, was Time’s 1996 “Man of the Year”: https://t.co/4ZMUMT84cz #science #medicine pic.twitter.com/wlyf5Pwy1T
— Visionlearning (@visionlearning) 1 décembre 2016
Time n'est pas rancunier
Un seul élément aurait pu empêcher la nomination de Donald Trump comme "Person of the Year" : le fait que le magnat de l'immobilier s'acharne sur Time depuis des années. La publication était régulièrement la cible favorite du businessman, sur Twitter comme en interview, espérant même sa mort.
"La liste de Time Magazine des 100 personnes les plus influentes est une blague et un coup de pub d'un magazine qui va, comme Newsweek, bientôt mourir. Mauvaise liste !"
Enfin, jusqu'au jour où...
On the cover of @TIME Magazine—a great honor! pic.twitter.com/zlEHp49oPs
— Donald J. Trump (@realDonaldTrump) 20 août 2015
Depuis, Donald Trump encense évidemment la publication chaque fois que celle-ci le mentionne ou lui consacre une page. De toute façon, l'humeur changeante du président élu n'a pas empêché les journalistes de Time d'y voir clair et de choisir, encore cette année, la personnalité qui aura marqué les esprits et l'Histoire.
Et non, Time n'a PAS donné de cornes de diable à Donald Trump pour se venger.
Give that art director a raise pic.twitter.com/5Xe1RrOGbj
— Christopher Hooton (@ChristophHooton) 7 décembre 2016
C'est simplement un effet que la mise en page de la couverture donne régulièrement – 35 fois d'après Time lui-même.
Puisque la "Person of the Year" est souvent une personnalité au mieux controversée, au pire au bilan négatif, il ne reste plus qu'à espérer une chose : que Donald Trump ne se retrouve pas à nouveau sur la couverture en décembre 2017.
Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.