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La culture "maker" : le défi de transformer un état d'esprit en une vraie communauté

Être un maker, c'est bidouiller, réparer, fabriquer... en se servant des outils technologiques. En France, de nombreux "laboratoires de création numérique" dits fab labs, ouvrent. Prochain défi : consolider une communauté de makers.

Autrefois, il fallait un laboratoire et une usine pour concevoir et produire. Mais depuis la démocratisation des outils technologiques, créer et réparer n'a jamais été aussi accessible à tous.

Au carrefour d'intérêts très actuels (les nouvelles technologies et la réappropriation du savoir-faire par le citoyen), la culture maker a tout pour convaincre. Surtout à l'heure où le progrès technique ne s'envisage plus seulement de façon verticale – les innovations de la Sillicon Valley à destination des consommateurs – mais de plus en plus de façon horizontale – tout le monde peut apprendre à fabriquer.

Quelle différence avec le "Do It Yourself" ?

Le 27 avril, des makers et hackers se sont retrouvés place de la République, à Paris, pour fabriquer un système d’affichage et un vélo générateur d’électricité, en soutien au mouvement Nuit debout. Bientôt, la plateforme Arte Creative emboîtera le pas à cette initiative en proposant, dès le 24 mai, une série documentaire intitulée "Fais-le toi-même". Celle-ci mettra à l'honneur des hackers de technologies comme Massimo Banzi, inventeur de la carte Arduino ou encore Ben Gaulon, qui exploite des glitchs informatiques.

Nul doute que la culture maker est en train de faire parler d'elle. Pourtant, sa définition n'est pas toujours immédiatement comprise par tous. À commencer par "maker", cet anglicisme qui invite à toute sorte de définitions plus ou moins larges. Personne n'a attendu l'impression 3D et la robotique pour bidouiller, arguent certains dubitatifs que les expressions "à la mode" laissent pantois. Sauf que cette fois, la formule n'est peut-être pas une coquetterie de langage. Car à la différence du "Do It Yourself" ou plus généralement, du simple fait de fabriquer des choses (ce que l'Homme fait depuis la Préhistoire), le mot "maker" désigne celui qui fabrique, détourne... et utilise la technologie pour le faire.

Un véritable état d'esprit

La culture maker ne se contente pas d'être un ensemble de pratiques individuelles. À l'instar du hack, elle a aussi son code d'éthique : tout le monde peut apprendre et il y a un bricoleur en chacun de nous. Le plus souvent, l'apprentissage est informel et communautaire. L'idée est de partager les savoirs, et surtout, de faire un pied-de-nez à l'éducation classique. En effet, pour un maker, la fin peut totalement justifier les moyens. Se servir d'un vieux câble d'alimentation, utiliser la carcasse d'un Minitel ou encore mettre à contribution une bouteille en plastique découpée : tant que la diode s'allume et que le robot se déplace, tout peut être envisagé !

L'autre nouveauté, c'est que la culture maker encourage le décloisonnement des pratiques. De l'électronique à la programmation informatique en passant par la robotique, les "makers" s'approprient les outils high-tech et peuvent les associer à du bricolage plus traditionnel : menuiserie, métallurgie, ou même pourquoi pas du tricot. Pour s'unir, artisanat et technologie n'attendaient plus que les makers.

Ça cogite pendant l'atelier Récré-Hacker. Le samedi #creatif. Les #enfants au #fablab pic.twitter.com/T3t87OnaW0

— WoMa (@WoMa_Paris) 2 avril 2016

"Il y a une urgence : celle de démystifier ces outils-là, montrer au public qu'eux aussi peuvent mettre la main à la pâte, que tout ça n'est pas si compliqué", affirme Alan McCullagh, un membre de la communauté Raspberry Pi, pour qui bidouiller, et donc ne pas être un simple consommateur, devient un acte politique. 

Des fab labs partout

Mais un acte politique esseulé est un acte politique sans résonnance. Il est vrai que, longtemps, il y a eu des makers isolés, que seuls les forums sur Internet rapprochaient. Ce qui a physiquement permis leur rencontre, ce sont les hackerspaces et les fab labs, ces endroits où des outils en commun sont mis à disposition des membres. Aux États-Unis, ces espaces collaboratifs existent déjà depuis quelques années et font le plus grand bonheur d'aficionados de la bidouille. En France, et plus largement en Europe, ils commencent à se frayer un chemin dans les villes.

À Paris par exemple, il y a – entre autres – le Fab Club, le Lorem, le Fab Lab de la Cité des Sciences, le Maker/Seine, le WoMa... Ces espaces attirent de plus en plus de curieux. Interrogé par Mashable FR, Laurent du Petit fab lab de Paris, rapporte que "l'association compte actuellement 25 adhérents". "Un chiffre qui fluctue en fonction des périodes et des projets", ajoute-t-il. Si le lieu "est géré par une douzaine de fabmanagers", il accueille une fois par semaine des étudiants et passionnés désireux de s'informer sur les nouvelles activités.

Mais au-delà de ce public qui vient "une fois ou deux, pour réparer un meuble ou un grille-pain", comment fidéliser les bidouilleurs d'un jour ? Comment en faire une communauté de makers, soudée et unie ? L'agrandissement de la base de visiteurs sera véritablement un des chantiers à venir. Cela passera sans doute par la multiplication d'événements bon enfant pendant lesquels le grand public est invité à venir à la rencontre de passionnés, tel que l'Open Bidouille Camp, organisé à Paris en mars dernier.

Minitel servant de terminal à un Raspberry Pi #OpenBidouilleCamp #nano-ordinateur pic.twitter.com/AMMUHCTbVF

— Émilie Laystary (@laystary) 26 mars 2016

"C'est quoi, cette machine ?", avait lancé un petit garçon à la vue d'un Minitel servant de terminal à un Raspberry Pi. "C'est un ordinateur. Tiens, on va essayer de l'allumer ensemble...", lui avait répondu un des intervenants, devant l'enfant abasourdi par le dispositif "qui ne ressemble pas au poste de la maison". Qui sait ? Un futur maker est peut-être né.

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