
Après le revers essuyé par le Labour aux élections européennes, le Premier ministre britannique, Gordon Brown, a fait son mea culpa devant les parlementaires travaillistes, qui l'ont assuré de leur soutien. À la surprise générale.
Reuters - Gordon Brown a survécu lundi à un début de fronde au sein du Parti travailliste au lendemain d'élections locales et européennes calamiteuses pour le Labour.
Le Premier ministre britannique a finalement réussi à rallier le soutien des élus du groupe parlementaire travailliste après avoir reconnu avoir commis des erreurs et endossé la responsabilité d'une semaine de tourmente politique.
Prenant la parole dans la soirée devant les 350 élus de la Chambre des communes au lendemain d'une débâcle aux européennes, le successeur de Tony Blair a battu sa coulpe, tout en s'affirmant déterminé à se battre à la tête du parti au terme d'une semaine particulièrement éprouvante.
"Je sais que je dois m'améliorer", a-t-il déclaré à son auditoire, selon le récit de son porte-parole. "J'ai des points forts et des points faibles. Je peux faire des choses bien, d'autres moins bien".
"On règle les problèmes non pas en se défilant, mais en les confrontant et en agissant", a-t-il martelé, acclamé et chaudement applaudi par la majorité des élus présents, ont rapporté des témoins.
Plusieurs responsables importants du Labour, dont l'ancien ministre de l'Intérieur Charles Clark, ont invité le Premier ministre à démissionner.
Cependant, la plupart des députés se sont ralliés derrière Gordon Brown à l'approche de législatives qui doivent intervenir au plus tard à l'été 2010 et devraient, selon tous les pronostics, être remportées par l'opposition conservatrice.
Le président du groupe parlementaire travailliste, Tony Lloyd, a estimé qu'il existait peu de chance désormais que le Premier ministre "saute". "Je ne crois pas que le pouvoir de Gordon Brown sera défié de l'intérieur du parti", a-t-il prédit sur Sky News.
D'autres participants à la réunion et qui sont considérés comme des détracteurs du successeur de Tony Blair ont estimé que le Premier ministre était "en sursis", laissant entendre que son autorité ne serait pas à nouveau contestée dans l'immédiat.
La position de Gordon Brown reste toutefois des plus fragiles après un scrutin européen qui a fait chuter le Parti travailliste à son niveau le plus bas depuis un siècle.
Acclamé à la surprise générale
Pour aggraver encore l'infortune du Labour, l'extrême droite incarnée par le Parti national britannique (BNP) va pour la première fois entrer au Parlement européen en y occupant deux sièges arrachés au parti de Brown dans le nord de l'Angleterre.
Le Premier ministre, qui a remanié son gouvernement après une rude semaine marquée par le départ de six ministres, avait, à la surprise générale, été acclamé par les élus à son arrivée à la réunion à huis clos du groupe parlementaire travailliste à Westminster.
Selon des résultats quasi complets, le Parti travailliste réalise un score de 15,3% aux européennes, résultat sans précédent depuis 1910. Le Labour se retrouve devancé par le Parti de l'indépendance (UKip, anti-UE), qui obtient 17,4%, et est à plus de 13 points derrière les conservateurs (28,6%).
"C'est une défaite très, très dure pour nous", a dit Harriet Harman, n°2 du Labour, à la BBC, tout en ajoutant que Gordon Brown avait "du ressort" et résisterait aux pressions.
Pour les commentateurs politiques, le dirigeant britannique mène un combat désespéré après le désastreux résultat européen.
Brown est "au bord du gouffre", écrit le Daily Telegraph (centre droit). Le Times le déclare "KO".
Le Guardian, habituellement favorable aux travaillistes mais qui s'est retourné contre Brown la semaine dernière en l'incitant à démissionner, estime lundi que le chef du gouvernement s'achemine vers une épreuve de force dont l'issue déterminera son maintien à son poste ou son départ.
Le dirigeant conservateur David Cameron a mis Gordon Brown au défi lundi d'organiser des législatives, ce qu'il n'est pas tenu de faire avant juin 2010.
"Des élections générales seraient un grand nettoyage", a dit David Cameron à la presse. "Cela offrirait au pays un nouveau départ à un moment où nous en avons tant besoin, avec une économie en difficulté, un système politique dans le pétrin et un gouvernement d'une faiblesse tout bonnement extraordinaire."
Selon la presse de lundi, Gordon Brown pourrait annoncer cette semaine, afin de contenir les critiques, un report de la privatisation des services postaux Royal Mail à laquelle 140 députés se sont opposés officiellement.