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En Turquie, le ressentiment de l'opposition grandit à l’égard du président Erdogan, accusé de n'avoir délibérément pas assuré la sécurité de la manifestation visée par l'attentat de samedi. Selon les médias, la piste jihadiste est privilégiée.

Après l’attentat d’Ankara, l’heure est au deuil et à l’accusation en Turquie. Dimanche, les premiers morts étaient enterrés alors que le Premier ministre islamo-conservateur Ahmet Davutoglu décrétait le deuil national. Au moins 97 personnes ont été tuées samedi et plus de 500 blessés, d’après le bilan publié dimanche soir par les services du Premier ministre. Le Parti démocratique des peuples (HDP), pro-kurde, évoque lui, un bilan de 128 morts.

Alors que les investigations se concentrent sur la piste jihadiste, l'opposition prokurde intensifie ses attaques contre le président Recep Tayyip Erdogan, qu'elle accuse d'être responsable de l'attentat, et contre les renseignements d'État, qui n'ont pas su déjouer l'attaque. À l'appel des mouvements qui avaient convoqué la "marche pour la paix" frappée samedi par l'attentat, plus de 10 000 manifestants se sont rassemblés dimanche sur une place d'Ankara pour dénoncer l'inaction du gouvernement alors que cet attentat est le troisième  qui frappe, en quatre mois, les partisans pro-kurdes (le premier avait eu lieu en juin à Diyarbakir, le second le 20 juillet à Suruç).

"Les manifestants se demandent si les mesures de sécurité nécessaires sont prises lors des manifestations auxquelles participe le parti pro-kurde en Turquie (HDP). Le ministre intérimaire de l’intérieur a assuré qu’il y avait eu des fouilles aux abords du carrefour, samedi [10 octobre, le jour de l'attentat], mais tous les témoins affirment le contraire", explique Fatma Kizilboga, envoyée spéciale de France 24 à Ankara. 
 

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Le pouvoir et le HDP à couteaux tirés

Deux puissantes explosions, attribuées par le gouvernement à des kamikazes, ont frappé samedi matin près de la gare centrale d'Ankara la manifestation de partis, syndicats et ONG proches de la cause kurde qui dénonçaient la reprise des affrontements entre les forces de sécurité et la rébellion kurde.

Depuis plusieurs semaines la tension est très vive entre le pouvoir et le HDP, exacerbée par les échéances électorales et les violences dans le sud-est à majorité kurde du pays. Dans la perspective des législatives anticipées du 1er novembre, Recep Tayyip Erdogan dénonce avec virulence le parti pro-kurde, accusé de "complicité" avec les "terroristes" du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). Dimanche encore, la presse qui lui est favorable a mis en cause les rebelles dans l'attentat d'Ankara.

L'opposition, elle, accuse M. Erdogan de mettre de l'huile sur le feu du conflit kurde, avec l'espoir d'attirer à lui l'électorat nationaliste. Le 7 juin, le parti de l'homme fort de la Turquie a perdu la majorité absolue qu'il détenait depuis 13 ans, notamment en raison du bon score réalisé par le HDP. Il espère inverser ces résultats le 1er novembre.

La piste jihadiste au cœur de l’enquête

Samedi, Ahmet Davutoglu a pointé du doigt trois mouvements susceptibles d'être à l'origine de l'attentat: les rebelles du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), le groupe État islamique (EI) et le Parti/Front révolutionnaire de libération du peuple (DHKP-C) d'extrême gauche.

Mais des médias turcs affirment que la piste de l'EI est privilégiée. Selon les quotidiens Hürriyet et Habertürk, un des deux kamikazes de samedi pourrait être le frère de celui qui a perpétré l'attentat de Suruç, en juillet dernier. Dimanche, la police turque a interpellé 43 membres présumés du groupe EI dans plusieurs villes du pays, selon l'agence de presse Dogan.

"Il semble que le mode opératoire ait été le même lors des trois attaques contre le parti pro-kurde :  des charges explosives utilisées en très grande quantité - de type TNT - renforcées par des billes métalliques pour faire le maximum de victimes", précise Fatma Kizilboga. 

Le gouvernement est resté très discret dimanche et n'a fait aucun commentaire officiel sur l'avancée de l'enquête. Rentré dimanche soir d'un déplacement au Japon, le président Erdogan doit rencontrer le ministre turc de l’intérieur, le chef de l’état major et le chef des renseignements. Une déclaration du chef de l'État est attendue dans la journée de lundi. 

Avec AFP