
Avant la fin de l’année, la place financière de Francfort devrait créer la première bourse globale et régulée aux objets virtuels, selon des informations de France 24. Armes, armures et autres accessoires sont des actifs qui peuvent valoir de l’or.
Alexander Höptner travaille plus de dix heures par jour pour la Deutsche Börse, la vénérable et très puissante bourse de Francfort. Tous les soirs, il enchaîne ensuite chez lui avec deux à trois heures de jeux vidéo. Il a aussi une famille. Quand on lui demande comment il réussit à tout concilier, il se contente de sourire. “Je dors très peu”, assure-t-il.
Il a trouvé, avec d’autres employés de l’institution financière allemande, un moyen de concilier travail et passion. La Deutsche Börse va, en effet, lancer la première bourse de valeurs pour objets virtuels créés dans des jeux vidéo. Elle s’appellera Swapster et "devrait être opérationnelle avant la fin de l’année", affirme Alexander Höptner qui dirige la structure chargée de tout mettre en place. Pour lui, les objets virtuels représentent la "prochaine classe d’actifs qui va devenir importante".
Un CAC 40 des armes des jeux de combat ?
Les éditeurs de jeu vidéo qui participeront à cette initiative novatrice décideront quels types d’objets pourront ainsi être mis à disposition sur cette plateforme financière. Les joueurs, de leur côté, crééront ou collecteront ces trésors virtuels et les mettront en ligne sur cette bourse d’un nouveau genre. Il peut s’agir d’épées particulièrement puissantes d’un jeu de rôle en ligne ou de matériel rare issu d’un simulateur de construction. Peut-être y’aura-t-il un jour un CAC 40 des meilleurs armes des jeux de combat…
Ces financiers le jour, fans de jeux vidéos la nuit, sont partis d’un constat simple : des sites vendent déjà, de manière illégale et totalement opaque, toutes sortes d’objets virtuels contre de l’argent bien réel. Le phénomène est bien connu, notamment, dans l’univers des jeux de rôle massivement multijoueurs, comme le célèbre "World of Warcraft", où la course pour avoir les meilleurs armes et armures afin d’être plus fort que son prochain est l’un des passe-temps favoris. Payer pour se procurer l’équipement désiré peut devenir très tentant.
“Nous allons proposer le premier marché global, transparent et régulé pour ce type de biens”, se réjouit Alexander Höptner. C’est une manière de faire de l’œil aux éditeurs qui se battent, avec plus ou moins de succès, contre le développement du marché noir des objets virtuels. Alexander Höptner refuse de rentrer dans les détails, mais il assure avoir déjà “un bon nombre” d’acteurs du secteur prêts à participer à cette bourse officielle. Certains d’entre eux testeront la nouvelle plateforme dès cet automne.
À partir de 13 ans
Dans l’esprit de ces financiers, les éditeurs seront gagnants et les joueurs pourront se faire un peu d’argent de poche. Tous les joueurs ? Non, car il faudra avoir au moins 13 ans pour y accéder. Et encore… Entre 13 et 18 ans, il ne sera possible de se transformer en trader du jeu vidéo que "sous contrôle parental stricte". C’est-à-dire que les parents devront les autoriser à y aller, définiront la somme d’argent qui pourra être utilisée et valideront les transactions.
Mais le jeu vidéo en sortira-t-il grandi ? Après tout, cette bourse risque d’introduire la spéculation et une certaine forme de professionnalisation du jeu dans un passe-temps censé avant tout être un moment de détente et d’amusement. Le risque est donc de pervertir l’esprit du jeu vidéo. Alexander Höptner balaie l’argument. Pour lui, c’est avant tout un moyen pour les joueurs de "valoriser une passion et, parfois, des centaines d’heures passés à créer un objet". Et puis c’est toujours mieux que le marché noir.