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Raul Castro remercie le pape François au Vatican pour ses bons offices

Le président Raul Castro a rencontré, dimanche, au Vatican le pape François. Il souhaitait notamment le remercier pour sa médiation dans le rapprochement historique entre Cuba et les États-Unis.

C'était une première pour Raul Castro. Le président cubain se trouvait au Vatican, dimanche 10 mai, pour y rencontrer le pape François et le remercier de ses bons offices, qui ont permis le rapprochement historique en cours entre Cuba et les États-Unis.

Le Vatican et le pape François ont effet joué un rôle important dans le rétablissement des relations diplomatiques entre La Havane et Washington en décembre dernier, après plus de cinquante ans de tensions.

Le Vatican avait révélé une médiation personnelle du souverain pontife, qui avait écrit aux deux chefs d'État. Les délégations des deux pays avaient également été reçues au Saint-Siège en octobre. Déjà, en 1998, Jorge Bergoglio s'était intéressé personnellement à la question cubaine, écrivant un essai intitulé "Dialogue entre Jean Paul II et Fidel Castro". Il était alors cardinal de Buenos Aires.

Annoncée en début de semaine seulement, cette visite du président de l'île communiste a, selon un communiqué du Vatican, duré un peu plus de 50 minutes et s'est déroulée de manière "très cordiale". Elle s'est produite un peu plus de quatre mois avant celle du pape François à La Havane, prévue en septembre.

Le dirigeant communiste lui a offert le tableau d'un artiste cubain, Kcho, qui évoque le thème des clandestins naufragés de la mer, cher à Jorge Bergoglio. Celui-ci a remis à Raul Castro une médaille représentant Saint Martin de Tours, un saint français célèbre pour avoir partagé son manteau avec un mendiant.

Raul Castro sur le chemin de l'Église

Après cette rencontre, Raul Castro s'est déclaré "très frappé", saluant "la modestie et la sagesse" du Pape et assurant qu'il "se rendrait à toutes ses messes" quand il visiterait Cuba".

"Je lis tous les discours du Saint-Père et [....] si le pape continue à parler ainsi, un jour je recommencerai à prier et retournerai à l'Église catholique. Et je ne le dis pas pour plaisanter", a affirmé le dirigeant cubain.

Les relations n'ont pas toujours été harmonieuses entre Cuba et le l'Église catholique. Devenue aujourd'hui un partenaire incontournable dans le dialogue politique, elle a longtemps été combattue par le régime castriste. 

Dans les années 1960, l'Église manifeste son opposition au nouveau régime communiste, déclenchant la fureur de Fidel Castro, qui expulse une centaine de religieux et nationalise de nombreux biens lui appartenant. Une délicate cohabitation s'ensuit.

En 1996, Fidel Castro se rend au Vatican pour rencontrer Jean Paul II. Un rapprochement est amorcé et l'Église commence à s'imposer comme interlocuteur du régime communiste à partir de la visite de Jean-Paul II en janvier 1998.

Rôle déterminant de l'Église cubaine

Seule institution reconnue et non officielle à Cuba, l'Église catholique voit sa légitimité entérinée lorsque Raul Castro la choisit comme interlocutrice lors d'un dialogue inédit lancé le 19 mai 2010, qui débouche sur la libération de quelque 130 prisonniers politiques en 2010 et 2011.

Les religieux cubains obtiennent l'engagement des autorités sur la fin du harcèlement contre les "Dames en blanc", un groupe rassemblant épouses et proches d'ex-prisonniers politiques cubains.

De son côté, l'Église apporte son appui aux réformes économiques lancées par Raul Castro. En retour, le gouvernement facilite ses activités sociales: accès aux médias d'État, diffusion de revues ou lettres paroissiales, ouverture à l'automne 2010 du premier séminaire à Cuba depuis un demi-siècle.

En mars 2012, Raul Castro reçoit à Cuba le pape Benoît XVI, qui s'était également entretenu avec Fidel Castro, du même âge que lui. Le souverain pontife avait alors appelé les autorités cubaines à respecter "les libertés fondamentales" et condamné l'embargo économique imposé à Cuba par les États-Unis depuis 1962.

En 2014, le pape François écrit aux présidents Raul Castro et Barack Obama pour les enjoindre "à résoudre des questions humanitaires d'intérêt commun comme la situation de certains détenus, pour ouvrir une nouvelle phase dans les relations entre les deux pays".

La médiation entre Cuba et l'administration américaine est un grand succès pour la diplomatie discrète du Saint-Siège. Elle a un fort impact sur le continent latino-américain, majoritairement catholique, d'où vient pour la première fois de l'histoire un pape.

Avec AFP