
Les États-Unis ont restitué lundi à l'Irak une soixantaine d'antiquités entrées clandestinement sur le territoire américain. Ces objets de valeurs avaient pour la plupart été pillés lors de l’occupation américaine.
Une extraordinaire tête de taureau ailé datant de 700 avant J.C., des bas-reliefs en argile ou encore le buste en calcaire d'un ancien roi assyrien. Ces objets de valeur ont tous en commun d’avoir été pillés sur le sol irakien entre 2003 et 2011, pendant l’occupation américaine.
Lundi 16 mars, une soixantaine de ces objets antiques - dont des pointes de lance en bronze, des haches et de la vaisselle en verre - ont été exposés au consulat d'Irak à Washington. Il s'agissait de leur dernière étape aux États-Unis avant d’être enfin restitués à l’Irak, où ils doivent rejoindre en urgence les galeries du musée national de Bagdad, rouvert au public depuis un mois.
Ces joyaux volés du patrimoine irakien ont été saisis lors de cinq enquêtes menées à travers les États-Unis par plusieurs administrations. Ils avaient été pillés par des réseaux criminels organisés, profitant de l'intervention américaine et du chaos.
La tête de lamassu assyrien (taureau ailé à tête humaine), estimée à 2 millions de dollars, avait par exemple été volée dans un palais du roi Sargon II à Ninive, dans le nord de l'Irak. Elle avait par la suite été saisie à New York en 2008 où elle avait été expédiée par un marchand d'art de Dubaï qui écoulait des œuvres d'art irakiennes pillées dans le monde entier.
Parmi les antiquités exposées lundi, se trouvaient également des objets datant de l'époque de Saddam Hussein, comme des assiettes en or et un porte-savon provenant d'un de ses palais, ou encore un heurtoir ou une fontaine.
>> À voir sur France 24 : Mossoul : l’EI démolit des statues vieilles de plus de 2 000 ans
Depuis 2008, les Américains ont entrepris de restituer à l'Irak ces trésors perdus. Plus de 1 200 objets ont ainsi été ramenés lors de quatre rapatriements. Une manière de se racheter pour Washington, qui a été accusé de laxisme dans la protection des sites archéologiques irakiens lors de son intervention dans le pays. L'un des trésors retrouvés par les enquêteurs du Maryland (est des États-Unis) avait en outre été dérobé par un fonctionnaire qui travaillait en Irak en 2004.
L’"urgence" de la situation a accéléré le processus de restitution
Cette restitution intervient alors que l’Irak est désormais sous le coup d’un autre type de pillages : orchestré cette fois-ci par les jihadistes de l’organisation de l’État islamique (EI), qui contrôlent de larges pans du nord du pays.
Douze ans après le pillage du musée archéologique national à Bagdad, en avril 2003, quelques jours après la chute de Saddam Hussein, les islamistes de l’EI ont en effet récemment détruit de nombreuses pièces à Mossoul, dans la région de Ninive. Parmi elles, figurait une tête de taureau ailé semblable à celle retrouvée aux États-Unis.
L'"urgence" de la situation a accéléré le processus de restitution, a déclaré l'ambassadeur irakien Lukman Faily. "Le monde entier est uni pour protéger cette culture."
D’après les Nations unies, l'EI s'est livré à "un nettoyage culturel" en rasant une partie des vestiges de la Mésopotamie antique. Le groupe a par ailleurs revendu des pièces au marché noir.
Le musée national irakien a rouvert ses portes fin février après douze années d'efforts acharnés grâce auxquels près d'un tiers des 15 000 pièces volées ont été récupérées. Cette réouverture avait été, elle aussi, accélérée après les pillages de l'EI à Mossoul, dans le nord du pays.
Avec AFP