Envoyée spéciale à Bata – Après deux échecs en finale de la CAN, les Ivoiriens ont enfin soulevé le trophée, une première depuis 1992. Pour les Eléphants, cette victoire fait taire les critiques de la plus belle des manières et montre la force de leur collectif.
Cela faisait 23 ans que la Côte d'Ivoire attendait une nouvelle victoire en Coupe d'Afrique des nations. Au bout d'une interminable séance de tirs au but (0-0, 9 t.a.b. à 8) dans le stade de Bata, les Éléphants se sont défaits du Ghana et ont décroché le trophée, le deuxième de l'histoire du pays.
En quittant le terrain, les premiers mots de l'entraîneur Hervé Renard sont tout naturellement adressés aux supporters de la sélection nationale. “On dédie cette victoire à tout le peuple ivoirien. Le foot a cela de magique de réunir toutes les ethnies, toutes les personnes qui ne pensent pas de la même façon. On va avoir une Côte d'Ivoire plus que heureuse”, déclare aux journalistes le technicien français, devenu le premier coach à remporter deux CAN avec deux pays différents. Il y a trois ans, Hervé Renard avait en effet déjà gagné mais avec la Zambie et face à sa nouvelle équipe ivoirienne.
Un changement de maillot qui fait désormais rire ses joueurs. “Au début de la CAN, on a dit à Renard qu'ils nous avaient pris notre Coupe et qu'il fallait qu'il nous la rende. Il nous l'a rendu. On est content!”, plaisante ainsi l'attaquant Max-Alain Gradel, tout en montrant fièrement la médaille autour de son cou.
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— FRANCE 24 Sports (@SportF24) 8 Février 2015"Je n'ai pas regardé les tirs au but"
A la sortie des vestiaires, les sourires sont sur tous les visages. Les uns et les autres se lancent dans quelques pas de danse endiablés avant de monter dans le bus. Quelques minutes auparavant, c'était pourtant l'angoisse qui était palpable dans le regard des Ivoiriens. Sur la pelouse, les joueurs d'Hervé Renard sont passés par toutes les émotions. “Je n'ai pas regardé les tirs au but”, raconte Gervinho, qui était sorti peu avant la fin du match. “J'ai pris ma chaise. J'ai tourné le dos. Je n'ai pas voulu regarder, mais cela a porté chance!”. La séance de tirs au but avait débuté de la plus mauvaise des manières avec deux échecs de Wilfried Bony et Junior Tallo, alors que Wakaso Mubarak et Jordan Ayew mettaient le ballon au fond des filets pour le Ghana. Finalement, après les tirs manqués de Afriyie Acquah et Frank Acheampong , les deux équipes se sont retrouvées dos à dos et se sont rendues coup pour coup.
La délivrance est enfin venue grâce au gardien Copa Barry. Après avoir arrêté le tir de son homologue ghanéen Razak Braimah, le portier ivoirien n'a pas tremblé face au but et est devenu le héros de tout un peuple. "Quand j'ai tiré, il n'y a rien qui s'est passé dans ma tête. J'ai cru en Dieu et en moi. C'est vrai que j'avais des crampes, mais j'essayais d'exagérer pour les déstabiliser", explique-t-il en rigolant. Copa Barry revient de très loin dans cette CAN. La finale est en en effet son premier match de la compétition en remplacement du titulaire Sylvain Gbohouo , blessé la veille de la rencontre. "Le plus important c'est un groupe. On s'en fiche que je sois titulaire ou pas", insiste le gardien qui avait été détrôné de son poste lors des qualifications par son jeune coéquipier.
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— FRANCE 24 Sports (@SportF24) 8 Février 2015"Beaucoup d'années de travail et de souffrances"
La force du groupe. Ce sont les mots qui reviennent le plus souvent dans la bouche des Éléphants. Après deux échecs en finale de la CAN, en 2006 et 2012, les Ivoiriens ont dû à chaque fois se relever de leurs blessures. Toujours attendue, mais jamais sacrée, la génération dorée du football ivoirien, désormais orpheline de Didier Drogba, semblait maudite. Pour le capitaine Yaya Touré, ces mésaventures ont enfin servi à quelque chose: "Les défaites nous ont réunis et motivés. Dans notre pays, les gens nous ont critiqués, nous ont jetés des pierres quand le bus passait . Ce sont des choses pas gentilles", explique le milieu de terrain de Manchester City. "Pour moi, j'ai l'expérience. J'accepte les critiques car cela fait partie du football, mais aujourd'hui notre équipe a gagné, et cela a été une très bonne équipe". Un sentiment de soulagement partagé par Gervinho: "Cela n'a pas été facile, mais aujourd'hui, on est content. On oublie tout ce qui a été dit dans le passé, il faut savourer ce moment. C'est beaucoup d'années de travail et de souffrances. C'est un jour spécial pour nous".
Pour expliquer ce succès après tant d'années de déconvenues, les Éléphants évoquent un nouvel état d'esprit. Pour eux, Hervé Renard a réussi à les engager dans une nouvelle voie et à se montrer surtout plus fermes. "On revient de loin. On a connu des qualifications très difficiles. Cela n'a pas été toujours facile dans le groupe de gérer certaines individualités, mais au bout d'un moment tout le monde a mis son égo de côté et s'est plié au service du collectif ", résume le Parisien Serge Aurier.
Après ce long travail accompli et cette belle victoire en conclusion, l'heure est désormais à la fête. A l'image de Serey Dié, les joueurs imaginent déjà leur arrivée au pays: "Je suis vraiment heureux de faire partie de cette équipe qui ramène le trophée à la maison. Je suis pressé de savoir ce que cela fait car j'étais tout petit quand on a remporté celle de 1992. Je rêve de voir ce qu'il va se passer !"