
Renverser un régime en s'appuyant sur les réseaux sociaux est une chose. Mais accompagner la transition démocratique en est une autre. N'en déplaise à l'armée, les internautes égyptiens ont envie de se faire entendre des autorités.
Après avoir contribué à faire chuter le régime de Moubarak en Egypte, dans quelle mesure les réseaux sociaux et l’Internet en général participeront-ils à la démocratisation du pays ?
Pour les enfants de ce que certains appellent la révolution 2.0 en Egypte, la cause est entendue : le web doit tenir une place centrale dans la reconstruction politique et institutionnelle de leur pays. Les initiatives en ligne en ce sens se multiplient ces dernières semaines, qui sont autant de piqûres de rappel adressées au nouveau pouvoir en place. Ces blogueurs et "hacktivistes" ne comptent pas rester sur la touche du processus en cours.
Leur grande idée est d’utiliser la dimension participative du Net pour avancer des propositions aux autorités. Le prochain rendez-vous que ces activistes ne veulent pas rater est donc l’élaboration de la nouvelle Constitution en septembre prochain.
A cette fin, aidés par des informaticiens américains réunis au sein du groupe en ligne d’aide à l’Égypte CloudtoStreet, ils ébauchent actuellement un projet de Constitution collaborative. Il s’agit d’une plateforme en ligne où chaque internaute peut rechercher les grands thèmes – comme la séparation des pouvoirs - dans toutes les lois fondamentales du monde et ensuite s’en inspirer pour construire un texte à sa mesure. "La rédaction d’une Constitution ne doit pas être réservée à une élite et cette plateforme doit permettre de discuter, de donner son avis et en fin de compte de proposer aux autorités le résultat d’un vrai processus démocratique", explique sur CloudtoStreet Sam King, l’un des fondateurs du projet.
Un précédent : le cas tunisien
Cette idée est née à la mi-mai lors d’une réunion, aux États-Unis, de plusieurs figures de la contestation de janvier en Égypte et des spécialistes américains de la sécurité informatique. Baptisée HackforEgypt, cette rencontre a donné le jour à bien d’autres projets de la même veine.
Ainsi, un projet de Wiki [plateforme d’écriture collaborative, NDLR] consacré à tous les candidats qui se présenteront aux prochaines élections parlementaires est actuellement en cours de réalisation. Il permettra d’indiquer les idées politiques et les programmes de ces politiciens. Une autre idée, actuellement à l’état d’ébauche, est de créer une sorte de Facebook pour les Égyptiens où les données personnelles seraient mieux protégées.
Ces projets sur Internet en Egypte rappellent la Tunisie où des internautes tentent également de perpétuer l’esprit de la révolution à travers l’Internet. Le blogueur Slim Amamou avait proposé sur Twitter, le 4 mars dernier, alors qu’il était encore secrétaire d'Etat à la jeunesse et aux sports, de réaliser une Constitution collaborative sur Internet. Mais depuis lors, il a décidé de démissionner, le 23 mai, après avoir regretté un "retour de la censure sur Internet". Le gouvernement tunisien a en effet censuré en mai quatre sites Internet à la demande de l’armée.
Comment le nouveau régime militaire en Egypte va-t-il réagir, lui, à ces initiatives ? Pour l’heure, il hésite entre ouverture et fermeté à l’égard des réseaux sociaux. Certains ministres se sont ainsi précipités pour ouvrir des pages Facebook afin de mieux communiquer. Mais en avril dernier, le blogueur Maikel Nabil a été condamné à trois ans de prison pour avoir critique l’armée en ligne. Certains avaient alors dénoncé un retour de la censure.