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Marée noire : la fin du bayou ?

Le 20 avril, une plate-forme pétrolière s’effondre dans le Golfe du Mexique, provoquant la plus grande marée noire de l'histoire des États-Unis. Des milliers de tonnes de brut se déversent dans la mer. Nos reporters se sont rendus en Louisiane dans ce qu'on appelle les "Bayous", les marais, à la rencontre des habitants dont la vie est bouleversée.

Parce que le puits qui en est à l’origine est très profond, cette marée noire ne ressemble pas aux autres. Le pétrole arrive sur ces côtes par petites plaques, au gré des marées et des vents. Mais même s'il est peu visible, il est présent partout pour ceux qui vivent ici. Nous avons suivi Jimmy Trabeau, un pêcheur de crevettes de Venice, port perdu au bout d'une presqu'île, au milieu de marais. Il a 62 ans et cela fait 42 ans qu'il pêche dans ces eaux.

Parce que certaines zones sont encore ouvertes, car elles n'ont pas été atteintes par le pétrole, Jimmy part à la pêche. La plupart de ses collègues travaillent eux pour BP, embauchés pour nettoyer le pétrole. BP paie bien: 1200 dollars par jour pour un petit bateau, jusqu'à 3000 pour un grand. Un matelot touche lui 300 dollars par jour. C'est une bonne paye dans la région. Mais Jimmy, lui, rigole de la désorganisation des opérations de nettoyage, des gens de BP "qui ne connaissent rien à la pêche, ni à ces eaux".

Pourtant, il l'admet, si BP lui propose un travail, il le prendra. "J'ai besoin de vivre" dit-il. Sa compagne Irene sait bien que cela lui fendra le cœur. Jimmy n'a jamais travaillé pour personne et n'aime qu'une chose : passer ses journées dans les bayous, à pêcher ou chasser. C'est pour cela qu'il est resté après que Katrina a tout détruit ici en 2005, reconstruisant de ses mains la petite maison au bord du Mississipi.

Jordan, elle, travaille pour le Sierra Club, une association de défense de l’environnement. Depuis le début de la marée noire, elle parcourt les bayous en bateau pour y repérer le pétrole, dénombrer les oiseaux mazoutés. Sur l'eau, les bateaux de pêches employés par BP sont à l'œuvre ; tous les îlots de la baie sont entourés de barrages de protection, souvent bien futiles.

Militante, Jordan espère que la catastrophe va changer l'opinion des Américains et les convaincre de se tourner vers des énergies renouvelables: "Nous sommes arrivés à un point où nous avons une sérieuse dépendance, il faut en sortir !" Mais Jordan est bien seule par ici : l'immense majorité des habitants de Venice travaille pour et vit de l'industrie du pétrole, soit sur les plateformes en mer, soit dans les raffineries. Jordan n'a pas à chercher longtemps pour s'en rendre compte. David, le pilote de son bateau, l'interrompt: "on n'a pas le choix, il faut forer. Tant qu'il n'y a pas d'alternative sérieuse, il nous faut du pétrole".

La marée noire aura sans doute changé pour longtemps la façon de vivre des pêcheurs de Louisiane. Mais il en faudra encore plus pour changer l’industrie pétrolière.