
Une coulée de lave provenant de l'éruption du mont Nyiragongo s'est arrêtée, dimanche matin, à quelques centaines de mètres des limites de la ville de Goma, dans l'Est de la République démocratique du Congo. L'entrée en activité du volcan avait provoqué des scènes de panique et incité plusieurs milliers de personnes à fuir vers la frontière avec le Rwanda.
La coulée de lave descendue des flancs du volcan Nyiragongo, dans l'Est de la République démocratique du Congo jusque vers Goma s'est arrêtée dimanche 23 mai dans les faubourgs de la ville.
L'immense coulée de lave a cessé sa progression dans le courant de la nuit de samedi à dimanche pour s'immobiliser dans le faubourg de Buhene, qui marque la limite nord-est de Goma, ont constaté des correspondants de l'AFP.
Du feu et de fortes émanations se dégageaient du front de lave rocheux, noirâtre et toujours instable. Plusieurs habitations ont été englouties par la lave, semblable à un énorme chewing-gum avalant tout sur son passage.
Plusieurs morts dans des mouvements de population
La lave a stoppé sa progression à quelques centaines de mètres de l'aéroport de Goma, d'où les avions ont été évacués dans la nuit, et où tous les vols du jour ont été annulés, selon une source aéroportuaire.
"Les laves se sont arrêtées vers Buhene, en périphérie de Goma, (...) la ville a été épargnée", a déclaré le général Constant Ndima, gouverneur militaire de la région.
Le bilan provisoire fait état de 15 personnes mortes alors qu'elles fuyaient l'éruption – "neuf dans un accident de la circulation et quatre à la prison centrale de Munzenze d'où ils voulaient s'évader" et deux calcinés, selon un porte-parole militaire local, le major Guillaume Njike Kaiko.
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Une dizaine de petits séismes ont été par ailleurs ressentis depuis l'aube. "Les autorités locales qui ont suivi l'évolution de l'éruption toute la nuit renseignent que la coulée de lave a perdu en intensité, avec quelques secousses sismiques", a indiqué sur son compte Twitter le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya. "L'évaluation de la situation humanitaire est en cours, d'autres communications suivront dans la journée", a-t-il assuré.
#RDC : Les autorités locales qui ont suivi l’évolution de l’éruption toute la nuit renseignent que la coulée de lave a perdu en intensité et quelques secousses sismiques. L’évaluation de la situation humanitaire est en cours. D’autres communications suivront dans la journée #Goma
— Patrick Muyaya (@PatrickMuyaya) May 23, 2021Le volcan Nyiragongo, dont les sombres pentes majestueuses dominent Goma et le lac Kivu, est entré samedi soir en éruption, prenant les habitants et les autorités de court, forcées de donner peu après l'ordre d'évacuer la ville.
Cette soudaine activité volcanique a aussitôt provoqué la peur des populations. "Le ciel est devenu rouge", a raconté une habitante, témoignant "des flammes géantes sortant de la montagne", tandis que des odeurs de soufre se répandaient dans la ville.
Retour des habitants ayant fui l'éruption pour trouver refuge au Rwanda
Des dizaines de milliers de personnes ont fui vers le poste frontière avec le Rwanda, tout proche, au sud de Goma, et vers le sud-ouest de la ville, en direction de la région du Masisi. Au Rwanda, l'accueil de milliers de personnes s'est déroulé dans le calme, canalisé et organisé par les autorités.
"Actuellement les citoyens de la RDC qui avaient trouvé refuge au Rwanda suite à l'éruption du Nyiragongo continuent de regagner leur pays", a indiqué sur Twitter dimanche matin la Rwanda Broadcasting Agency (RBA), qui diffuse la télévision publique.
La précédente éruption majeure du Nyiragongo remonte au 17 janvier 2002. Elle avait causé la mort de plus de cent personnes, couvrant de lave quasiment toute la partie Est de Goma, y compris la moitié de la piste de l'aéroport. La lave s'était alors lentement écoulée vers la ville, qu'elle avait coupée en deux pour se déverser dans le lac Kivu.
Samedi soir, deux coulées de lave ont été observées : l'une descendant vers l'Est, dans des zones habitées mais non urbaines, vers la frontière toute proche avec le Rwanda ; et l'autre qui a coulé lentement vers le sud, pour atteindre la limite de Goma dans la nuit. Plusieurs petits villages ont été engloutis.
"Ils ont tout perdu"
Des amas de tôles tordues par la fournaise apparaissaient ici et là sur la roche encore en fusion par endroit, s'étendant à perte de vue.
Après avoir fui par milliers l'éruption dans la nuit, "la majorité des gens sont rentrés ou sont en train de rentrer chez eux", a raconté un habitant. Ils gardent un œil prudent sur l'imposante montagne dominant la ville, où aucune activité notable n'était constatée dans la soirée.
"Mais il reste les sinistrés qui n'ont plus de maisons. Ils ont tout perdu, ils restent là, par familles, coincés devant les boutiques le long des routes, ils sont très nombreux, des centaines de personnes...", selon ce témoin.
À la tombée de la nuit, ils étaient des centaines à s'apprêter à passer la nuit dans la rue, sur des matelas emportés dans leur fuite, regroupés par endroits par famille, village ou affinités. Apparemment sans avoir reçu d'aide humanitaire.
Une délégation forte de plusieurs ministres, venue de Kinshasa, est attendue tard dans la soirée à Goma, selon le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.
Pas de surveillance depuis sept mois
Selon la radio onusienne Okapi, le volcan Nyiragongo n'était plus surveillé depuis sept mois, faute de financements pour soutenir l'Observatoire de volcanologie locale. "Pendant sept mois, soit depuis octobre 2020 jusqu'à avril 2021, le volcan Nyiragongo n'a pas été surveillé, l'Observatoire volcanologique de Goma (OVG) n'ayant plus d'appui du gouvernement central ni des bailleurs extérieurs", a indiqué la radio, citant le directeur scientifique de cet organisme.
"Le volcan est entré en éruption samedi vers 18h30 locales sur le flanc. Une coulée a coupé la route pour se diriger vers le Rwanda. Une autre coulée s'est dirigée vers le sud-ouest, vers Goma", a résumé Kasereka Mahinda, interrogé sur Okapi.
Interrogé sur la soudaineté de l'éruption, celui-ci a alors expliqué : "Un projet de financement de la Banque Mondiale s'est arrêté en juin (...) à partir d'octobre, nous n'avons plus eu d'internet jusqu'en avril". "Pendant tout ce temps, nous n'avions pas de données en temps réel, il n'y avait pas de frais de fonctionnement", a-t-il regretté, le budget de Kinshasa "ne nous arrivait pas".
Située dans la province du Nord-Kivu, voisine du Rwanda et de l'Ouganda, la région de Goma est une zone d'intense activité volcanique, avec six volcans, dont le Nyiragongo et le Nyamuragira qui culminent respectivement à 3 470 et 3 058 mètres. L'éruption la plus meurtrière du Nyiragongo, en 1977, avait fait plus de 600 morts.
Avec AFP et Reuters