
Un nouveau centre d’interprétation sur la Grande Guerre est inauguré 24 avril dans la Somme. Situé près du mémorial de Villers-Bretonneux, il raconte l’engagement des troupes australiennes durant ce conflit sur le front occidental.
Écran tactile, application mobile, mosaïque de vidéos. Le centre Sir John Monash, inauguré le 24 avril, la veille de l'Anzac Day, la cérémonie annuelle qui rend hommage aux troupes australiennes, se veut résolument numérique. Financé par le gouvernement australien à hauteur de 60 millions d’euros, ce nouveau musée situé à Villers-Bretonneux dans la Somme, a choisi de raconter l’histoire des troupes de ce pays durant la Première Guerre mondiale en misant sur le multimédia.
Exit les collections de casques, d’obus ou de baïonnettes, et place à près de 400 écrans dans un espace de 1000 m2. "Cette technologie interactive permet de faire un vrai voyage personnel à travers l’histoire", explique Caroline Bartlett, la directrice du centre Sir John Monash qui tient son nom d'un officier australien qui s'est distingué au cours de la Grande Guerre. "Nous n’avons pas voulu nous démarquer par rapport aux musées traditionnels, mais faire en sorte que les visiteurs repartent avec une expérience personnelle, émouvante et éducative".
"Les mots de ceux qui ont vécu la guerre"
Téléphone à la main et casque sur les oreilles, ils peuvent déambuler dans ce lieu high-tech en suivant le parcours des quelques 295 000 soldats australiens qui ont servi en France et en Belgique pour soutenir les forces alliées et tout spécialement l’ancienne mère patrie britannique. Sur les écrans, des acteurs jouent le rôle d’un soldat blessé, d’une mère éplorée, d’un père transi d’inquiétude en lisant des journaux intimes ou des lettres. "Ce sont vraiment les mots de ceux qui ont vécu la guerre à travers des images vivantes ", décrit Caroline Bartlett.
Point d’orgue de cette visite, une salle de cinéma avec des écrans à 360 degrés. On y projette un film produit avec les équipes du néo-zélandais Peter Jackson, le metteur en scène de la célèbre trilogie du Seigneur des Anneaux. Cette réalisation plonge les spectateurs en plein cœur de la bataille de Villers-Bretonneux et du Hamel en 1918. Spots lumineux, fumées, effets sonores ou tirs de balles, l’effet est bluffant et l’expérience totalement immersive. Les visiteurs sont transportés dans l’enfer de la guerre aux côtés des soldats australiens.
#1GM Départ de bon matin en car vers la Somme pour visiter le @sirjohnmonash, le nouveau centre d'interprétation australien sur la #GrandeGuerre. pic.twitter.com/20X9KclU6E
Stéphanie Trouillard (@Stbslam) 12 avril 2018"Un devoir pour les Australiens"
Un siècle plus tard, le souvenir de ces combats est toujours aussi fort en Australie. Le 25 avril, près de 8000 personnes sont attendues à 5 heures du matin à Villers-Bretonneux pour les cérémonies de l’Anzac Day. "Les Français doivent penser que les Australiens sont un peu bizarres de venir de l’autre bout du monde jusqu’ici pour se lever à minuit et assister à une cérémonie à l’aube alors qu’il fait froid", résume Dale Starr, directeur de la communication au ministère australien des anciens combattants . "Mais c’est un devoir pour les Australiens. Nous avons perdu 60 000 hommes sur une population à l’époque de 5 millions d’habitants. Cela a été un énorme sacrifice".
À quelques pas du centre Sir John Monash, des milliers de tombes sont là pour en témoigner. Le mémorial de Villers Bretonneux compte 2143 sépultures dont celles de 779 Australiens. Sur deux grands murs sont également inscrits les noms de près de 11 000 soldats australiens morts en France, disparus ou n’ayant pas de tombe connue. Beaucoup d’entre eux sont tombés lors des combats du printemps 1918. Le 24 avril, Villers-Bretonneux est aux mains des Allemands qui menacent d’arriver à Amiens. Au soir de cette journée, les Australiens passent à l’attaque et en quelques heures, ils repoussent leurs ennemis. Le 25, Villers-Bretonneux est libéré. "C’est vraiment leur première victoire nationale, la première purement australienne. Elle a aussi eu lieu trois ans jour pour jour après leurs premiers engagements dans la guerre, à Gallipoli en Turquie", explique Vincent Sicard, guide conférencier à l'office de tourisme du Val de Somme . "Cette date est donc devenu un symbole national. A partir de ce moment-là, toutes les nations belligérantes ont vu l’Australie comme un pays indépendant".
"C’est comme un pèlerinage"
Le président du conseil Georges Clemenceau, reconnaissant, rend un hommage appuyé aux troupes australiennes, quelques mois plus tard, en juillet 1918 dans un discours resté célèbre : " Nous savions que vous alliez mener une vraie bataille, mais nous ignorions que dès la première heure l'Europe entière serait impressionnée. Demain, je dirai à mes compatriotes : 'J'ai vu les Australiens, je les ai regardés dans les yeux. Je sais que ces hommes combattront avec nous jusqu'à ce que les valeurs que nous défendons tous l'emportent pour nous et nos enfants'".
Cent ans après, leurs descendants viennent en nombre sur les terres de la Somme. Plus de 100 000 visiteurs sont attendus chaque année au centre Sir John Monash. Plus qu’un simple voyage, un véritable devoir de mémoire, selon Caroline Bartlett : "C’est comme un pèlerinage pour leur grand-père ou leur arrière-grand-père qui n’ont jamais pu venir se recueillir sur la tombe des membres de leur famille". Des drapeaux australiens et des bouquets sont déposés dans le cimetière de Villers-Bretonneux, mais, technologie oblige, les visiteurs peuvent aussi honorer leur mémoire à la façon du 21e siècle. Désormais, un mur interactif installé dans le hall du nouveau centre permet d’inscrire dans un champ de coquelicots virtuel le nom d’un ancêtre tombé en France.