
Après des années de crise économique, le Venezuela semble plus que jamais au bord de la faillite. Le président Nicolas Maduro a convoqué tous les créanciers du pays, lundi 13 novembre, pour trouver une solution.
Le pays disposant des plus importantes réserves de pétrole au monde peut faire faillite. La preuve par Caracas. La perspective d’un défaut de paiement du Venezuela se précise alors que le pays peine de plus en plus à honorer ses dettes. Le président chaviste Nicolas Maduro a pris la décision inédite de convier tous les créanciers du pays, essentiellement des banques, à une réunion lundi 13 novembre pour tenter de résoudre la situation actuelle.
Cette rencontre apparaît comme un sommet de la dernière chance. Dans un contexte de fortes pressions internationales, de climat social tendu et sur fond de crise humanitaire dans le pays, tout porte à croire que le régime de Nicolas Maduro n’a plus beaucoup de cartes à jouer pour éviter la faillite.
Quel est l’enjeu de la réunion du 13 novembre ? “Le Venezuela peut annoncer qu’il décide de suivre l’exemple argentin en cessant de payer ou chercher à obtenir des concessions de ses créanciers”, souligne Paul Mallock, spécialiste du Venezuela à l’Université métropolitaine de Londres, contacté par France 24.
Officiellement, Nicolas Maduro n’a pas éclairé la lanterne des observateurs. En convoquant, le 3 novembre, les créanciers, il s’est fixé comme objectif de “refinancer et restructurer” la dette du pays. Deux objectifs difficiles à poursuivre en même temps. Le refinancement implique de lever de nouveaux fonds pour continuer à tout rembourser, tandis qu’une restructuration revient à ne plus payer une partie des dettes.
Un homme pourrait en outre faire tourner court la réunion du 13 novembre : le vice-président vénézuélien Tareck El Aissami. Chargé par Nicolas Maduro de mener les négociations avec les créanciers, il est sur la liste noire des États-Unis, qui l’accusent d’être un trafiquant de drogue déguisé en respectable politicien. Aucun ressortissant américain ne peut traiter avec lui, ce qui promet des silences gênés à la table des négociations : la plupart des créanciers du Venezuela sont nord-américains.
Une faillite peut-elle être évitée ? Ces derniers mois, les trois principales agences de notation - Fitch, Moody’s et Standard & Poor’s - ont toutes baissé la note du Venezuela à un niveau qui implique qu’une faillite du pays est probable dans un futur proche à leurs yeux.
Ce pessimisme s’explique par la très faible marge de manœuvre vénézuélienne. Le pays doit rembourser près de 12 milliards de dollars par an entre 2018 et 2020 et n’a, environ, que 10 milliards de dollars en réserve, d’après le FMI. Des chiffres sujets à caution car le Venezuela ne révèle pas ses données officielles.
Les caisses de l'État ne sont pas les seules à être vide. La compagnie publique pétrolière est également criblée de dettes et a déjà eu plusieurs retards dans ses remboursements. Si elle fait défaut, vu les liens juridiques qui l’unissent à l’État, les créanciers pourraient se retourner contre le pays et rendre la situation encore plus intenable.
Les alliés du Venezuela - la Russie et la Chine - peuvent cependant voler au secours de Maduro. Moscou a déjà accepté, jeudi 9 novembre, de lui laisser un peu de temps supplémentaire pour rembourser 3 milliards de dollars que le Venezuela lui doit. La Chine a aussi su se montrer généreuse par le passé, mais “les deux pays commencent à traîner du pied pour prêter de l’argent”, constate Paul Mallock.
Les autres créanciers peuvent aussi décider de se montrer patients. Après tout, le Venezuela s’est jusqu’à présent comporté comme un débiteur exemplaire, ne ratant jamais un paiement.
Pourquoi le Venezuela n’a-t-il pas encore fait comme l’Argentine ? C’est l’un des grands paradoxes de cette affaire. Le régime chaviste, qui revendique l’instauration d’un système socialiste, a toujours mis un point d’honneur à respecter ses dettes, payer les banquiers… quitte à rogner sur ses dépenses sociales.
Nicolas Maduro a été vivement critiqué par l’opposition pour avoir décidé, au fil des ans, d’importer moins de produits de première nécessité (nourriture, médicaments…) afin de conserver des liquidités pour payer ses créanciers.
Un choix qui, ajouté à une forte crise économique (le PIB a chuté de 30 % en 3 ans, l’inflation devrait dépasser les 1 000 % en 2017), a plongé le pays dans une crise humanitaire, dénoncée par des ONG comme Human Rights Watch. Un recensement effectué en 2016 a montré que les Vénézuéliens, sous le coup des privations, ont perdu en moyenne 9 kg en un an. Les pénuries de médicaments ont entraîné le retour de maladies qui avaient disparu, comme la malaria et la diphtérie.
L’opposition et certains économistes demandent au gouvernement d’arrêter de payer ses dettes afin de dépenser plus pour subvenir aux besoins de la population. Mais le Venezuela n’est pas l’Argentine, explique The Economist. En 2001, Buenos Aires n’avait pas d’actifs de valeur à l’étranger que des créanciers pouvaient saisir, contrairement au Venezuela. Manne pétrolière oblige, Caracas dispose, entre autres, de raffineries à l’étranger et notamment aux États-Unis, que les créanciers s’empresseraient de saisir en cas de faillite, privant le pays de revenus cruciaux.
À quoi ressemblerait une faillite du Venezuela ? Ce serait une situation quasi-inextricable, essentiellement à cause de Donald Trump. En août dernier, les États-Unis ont décidé de renforcer les sanctions qui frappent le Venezuela en interdisant aux entités américaines - banques, entreprises, fonds d’investissement - d’acheter de nouvelles obligations émises par Caracas.
Pourtant, en cas de faillite, le Venezuela va devoir contracter de nouveaux prêts pour faire tourner la machine d’État. Si Caracas ne peut pas passer par des banques américaines, quasi-incontournables sur la scène internationale, le gouvernement vénézuélien se retrouvera rapidement dans l’impossibilité de lever de l’argent. C’est pourquoi, d’après Paul Mallock, les créanciers, conscients de cette réalité, vont laisser “pourrir la situation” en accordant des délais de paiement sans pousser le pays dans le précipice de la faillite. Mais jusqu’à quand ?
La solution passe-t-elle par un changement de gouvernement ? Les États-Unis et leurs alliés verraient d’un œil favorable que le régime chaviste s’effondre sous la pression financière et politique pour laisser place à un gouvernement moins anti-américain.
Le scénario rêvé pour eux serait qu’à force de rembourser les intérêts de la dette et de faire de plus en plus d’économie sur le dos de la population, un vent de révolte emporte Nicolas Maduro. Ce ne serait pas une première : dans les années 1980, le dirigeant roumain Nicolae Ceausescu, obsédé par le remboursement des dettes du pays, avait imposé une cure d’austérité drastique à la population, qui avait contribué à sa chute.
Au Venezuela, il n’y a pas d’opposition bien organisée prête à prendre les rênes du pays. Sans compter que les opposants les plus influents à Maduro sont d’avis qu’il ne faut pas rembourser certaines dettes... Ce qui accélérerait un défaut de paiement du pays. Un scénario dans lequel les banques américaines risqueraient de perdre beaucoup d'argent.