
Quatre jours après la mort du dissident chinois Liu Xiaobo, l'inquiétude persiste autour du sort de son épouse, Liu Xia, placée en résidence surveillée depuis octobre 2010. Les appels pour presser Pékin de la laisser quitter le pays se multiplient.
Où est passée Liu Xia, la veuve du dissident chinois et prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo, décédé jeudi 13 juillet des suites d'un cancer ? Aperçue pour la dernière fois aux funérailles de son mari dans le nord-est de la Chine – grâce à des images diffusées par les autorités chinoises –, la poétesse n'a plus donné signe de vie.

Vit-elle recluse dans son appartement de Pékin, où elle est surveillée par un garde de sécurité depuis sept ans ? Liu Xia fait l'objet d'une surveillance politique depuis l'attribution du prix Nobel de la paix à son époux en 2010, et n'a été autorisée à quitter son domicile que pour rendre visite à ses parents (son père est décédé en 2016 et sa mère en 2017) ou à son mari emprisonné dans la province de Liaoning (nord-est), où il purgeait une peine de 11 ans de détention avant d'être hospitalisé début juin.
"Très inquiet à son sujet"
Ni ses amis, ni la presse étrangère n'a pu communiquer avec l'artiste de 56 ans, a confirmé Patrick Poon, responsable Chine d'Amnesty International. Elle "reste sous très étroite surveillance", a-t-il ajouté. "Son crime ? avoir lutté sans relâche pour la libération de son mari injustement emprisonné", a dénoncé l'ONG dans un communiqué qui appelle à la fin des sanctions à son encontre.
"Je suis très inquiet à son sujet", a également fait savoir à la chaîne de télévision CNN l'avocat du couple aux États-Unis, Jared Genser, jugeant très difficile désormais pour Pékin de continuer à détenir la poétesse sans inculpation.
Des funérailles contrôlées
Selon un ami du couple, Ye Du, qui a pu entrer en contact avec Liu Xia avant le jour des funérailles, la veuve a refusé de s'exprimer sur l'organisation des obsèques. "Liu Xia est clairement contrôlée", a-t-il affirmé à l'AFP. Cela a également sucité de nombreuses interrogations du côté des ONG. "Ils diffusent sur de nombreux canaux de communication et dans plusieurs langues des images et des vidéos d'elle en train de faire ce que les autorités veulent qu'elle fasse, tout en ne la laissant pas parler librement et en la maintenant sans fondement en résidence surveillée", a dénoncé Sophie Richardson, directrice pour la Chine de l'ONG Human Rights Watch.
Samedi, un responsable de la municipalité de Shenyang, Zhang Qingyang, a affirmé de son côté que Liu Xia était "libre", tout en refusant de dévoiler où elle se trouvait. Le frère aîné de Liu Xiaobo a, lui, assuré, lors d'une conférence de presse organisée par les autorités, que ces dernières avaient organisé les funérailles "selon la volonté des membres de la famille" et que sa veuve était tellement peinée qu'elle pourrait devoir être hospitalisée.
Santé préoccupante
La santé de Liu Xia est aussi préoccupante. Selon Amensty International, la photographe de 56 ans, qui est régulièrement harcelée par les autorités chinoises depuis sept ans, souffre de dépression et de problèmes cardiaques.
Devant l'urgence de la situation, les appels se multiplient afin que Pékin l'autorise à quitter le pays. "Il n'y a pas de priorité plus grande que de faire sortir Liu Xia", lance Sophie Richardson. Le comité Nobel norvégien, les États-Unis et l'Union européenne ont également exprimé la même requête.
"La prochaine étape est de réaliser le dernier souhait de Liu Xiaobo, qui était de laisser son épouse quitter le pays ", a déclaré le dissident Hu Jia. Selon l’équipe médicale chinoise, sous le contrôle de l’État, Liu Xiaobo a réservé ses derniers mots à son épouse : "Vis bien."
Avec AFP