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Près de huit mois après les attentats du 13 novembre, une commission d'enquête parlementaire conclut qu'il n'y a pas eu de "gros raté" dans la gestion des attaques en elles-mêmes, mais que celles-ci traduisent un "échec global du renseignement".

Il n'y a "pas eu de gros ratés" dans la gestion des attentats du 13 novembre 2015, mais la France n'était "pas prête" à affronter des attaques jihadistes de cette ampleur, a indiqué la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de janvier et novembre 2015 à Paris, qui présentait mardi 5 juillet ses principales conclusions.

"Notre pays n'était pas préparé, maintenant il faut se préparer", a déclaré à l'AFP le député Les Républicains Georges Fenech, qui a présidé la commission d'enquête sur "les moyens mis en œuvre par l'État pour lutter contre le terrorisme depuis le 7 janvier 2015", jour de l'attaque contre Charlie Hebdo.

"Échec du renseignement"

Les recommandations s'attardent longuement sur les services de renseignement. "Les deux grands patrons du renseignement ont reconnu pendant leurs auditions que les attentats de 2015 représentent un ‘échec global du renseignement’", révèle le rapporteur Sébastien Pietrasanta, député socialiste.

"C'est un échec quand il y a un attentat", a confirmé Georges Fenech, "face au défi du terrorisme international, il faut des ambitions beaucoup plus élevées que ce qu'a mis en œuvre jusqu'à maintenant le ministère de l'Intérieur en termes de renseignement".

Toutefois, sur les menaces qui avaient visé par le passé le Bataclan ou, plus largement, "une salle de rock", le rapporteur a souligné qu'il était impossible de faire le lien avec une éventuelle attaque de la salle de spectacles parisienne en 2015.

13-Novembre : la commission d'enquête pointe l'"échec global" du renseignement

Pour une agence nationale du renseignement

Selon les parlementaires, qui ont procédé à près de 200 heures d'auditions au cours des cinq derniers mois, la création d'une agence nationale du renseignement est nécessaire, pour une meilleure coordination. Elle pourrait prendre pour modèle le Centre national antiterroriste (NTC) créé aux États-Unis après les attentats du 11 septembre 2001.

Parallèlement, la commission d'enquête préconise une refonte du renseignement avec la fusion du Service central de renseignement territorial (SCRT, anciens Renseignements généraux) et son équivalent chez les gendarmes, la Sous-Direction de l'anticipation opérationnelle (SDAO) pour former une Direction générale du renseignement territorial (DGRT), rattachée directement au ministre de l'Intérieur.

La fusion de l'état-major opérationnel de prévention du terrorisme (EMOPT), récemment créé au sein même du cabinet du ministre de l'Intérieur, et de l'Unité de coordination et de lutte antiterroriste (Uclat) de la direction générale de la police est également envisagée.

Kouachi, Coulibaly, Amimour...

"Les frontières entre services de renseignement ont permis la levée de la surveillance de Saïd Kouachi dès lors qu'il a quitté Paris pour Reims", a donné en exemple George Fenech. Saïd Kouachi a alors disparu des radars, pour ne réapparaître que le 7 janvier 2015 en attaquant Charlie Hebdo.

Le cas d'Amédy Coulibaly, tueur de l'Hyper Cacher en janvier 2015, est également emblématique des failles du renseignement, cette fois-ci pénitentiaire, domaine dans lequel "tout est à faire" a reconnu le ministre de la Justice Jean-Jacques Urvoas lors de son audition. Le renseignement pénitentiaire mobilise aujourd'hui "114 personnes, ce qui est insuffisant rapporté aux 189 établissements pénitentiaires, 68 000 détenus et 235 000 personnes suivies en milieu ouvert", estime Sébastien Pietrasanta.

Condamné plusieurs fois, notamment lors du procès d'un projet d'évasion de Smaïn Aït Ali Belkacem, l'un des auteurs des attentats de 1995, Amédy Coulibaly est sorti de prison sans que l'information ne soit transmise, ni qu'aucune surveillance ne soit prévue alors même que sa radicalisation ne faisait plus de doute.

Quant au cas de Samy Amimour, assaillant du Bataclan qui a pu aller en Syrie en 2013 malgré une interdiction de sortie du territoire, "il est emblématique des défaillances du contrôle judiciaire", estime Sébastien Pietrasanta. "L'ancien juge d'instruction antiterroriste Marc Trévidic, pendant son audition, nous a expliqué que trafiquants de shit et terroristes font l'objet du même traitement, les seconds n'étant pas plus surveillés que les autres", explique le rapporteur.

Pour une fusion des forces d'élite

Du côté de la réaction des forces de police et de secours le soir du 13 novembre, le rapport est plutôt positif. "L'intervention des forces d'intervention a été rapide, efficace et a démontré qu'elles étaient capables de collaborer", a jugé le rapporteur Sébastien Pietrasanta. Il s'est toutefois interrogé sur "le bien-fondé du maintien de plusieurs forces d'intervention spécialisées" et a préconisé, à terme, "la fusion des trois forces d'élite" (GIGN, Raid et BRI), malgré un avis défavorable donné par le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve lors de son audition.

Même constat globalement positif sur l'intervention des secours, confrontés le 13 novembre aux attentats les plus meurtriers jamais perpétrés en France, avec 130 morts et des centaines de blessés.

Si Sébastien Pietrasanta avoue avoir d'abord été "très critique" sur la prise en charge des victimes dans la salle de spectacle du Bataclan et aux terrasses de cafés et restaurants parisiens visés par les attaques, il dit avoir été "convaincu" par les auditions, notamment celle du directeur général de l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris Martin Hirsch. "Les secours ont été gérés dans les meilleures conditions possibles suivant les circonstances", approuve aussi Georges Fenech.

La portée limitée de l'état d'urgence

Le principal problème, selon la commission, a été l'évacuation des victimes, qui a pu être retardée par le fait que les secours d'urgence n'avaient pas accès au périmètre des forces d'intervention. La commission préconise ainsi l'instauration de "colonnes d'extraction" des victimes. Les parlementaires proposent en parallèle la formation des équipes de secours et médicales à "la médecine de guerre et aux techniques de 'damage control'".

Plus globalement, l'état d'urgence, décrété dans les heures qui ont suivi les attentats du 13 novembre et prolongé jusqu'au 25 juillet, a eu une "portée limitée". Selon le rapporteur, les perquisitions administratives et assignations à résidence ont eu un effet dans un premier temps mais il "semble s'être rapidement amenuisé".

Quant à l'opération Sentinelle, faisant passer de 800 à 10 000 le nombre de soldats déployés sur le territoire, elle n'a pas prouvé son efficacité aux yeux des députés, a précisé Sébastien Pietrasanta, qui s'est interrogé sur "l'efficacité réelle de ce dispositif dans la sécurisation du territoire national". Les députés recommandent de réduire progressivement le nombre de soldats de Sentinelle et de renforcer en contrepartie le plan Vigipirate avec le recrutement de 2 000 policiers et gendarmes.

Avec AFP