
Avec deux favoris, Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, et un outsider, Pierre-Yves Bournazel, qui espère créer la surprise, les élections municipales (15 et 22 mars) à Paris s’annoncent particulièrement indécises. © Studio graphique, FMM
Bientôt libre, le fauteuil d'Anne Hidalgo dans la Ville Lumière est extrêmement convoité. En annonçant à l’automne 2024 qu’elle ne briguerait pas de troisième mandat, l'édile de Paris, élue en 2014 et réélue en 2020, a ouvert la porte à de nombreux prétendants. Ceux-ci rêvent de conquérir la capitale française, symbole de pouvoir, qui offre à son maire une stature internationale.
Pierre-Yves Bournazel, Sophia Chikirou, Rachida Dati, Emmanuel Grégoire, Sarah Knafo : ils sont cinq à pouvoir prétendre accéder au second tour des élections municipales (15 et 22 mars) à Paris. Cinq candidats susceptibles de prendre la suite d’Anne Hidalgo, ou du moins, de jouer un rôle décisif dans l’entre-deux-tours d’un scrutin plus ouvert que jamais, qui pourrait ainsi donner lieu à une quinquangulaire.
"Il y a une réelle incertitude sur Paris qui est d’abord liée au fait qu’Anne Hidalgo n’est pas candidate. L’équipe sortante a donc un nouveau pilote, Emmanuel Grégoire, qui hérite du bilan de la maire sortante, ce qui est à la fois un avantage et un handicap", souligne le politologue Bruno Cautrès, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof).
Le socialiste est parvenu à faire l'union de toute la gauche à l'exception de La France insoumise (LFI), dont il souhaite se tenir à distance. Pour la première fois dans l'histoire des municipales parisiennes, le Parti socialiste, Les Écologistes et le Parti communiste partent donc unis dès le premier tour, accompagnés d'autres petits partis de gauche tels que Place publique ou L'Alliance pour une République écologique et sociale (L'Après).
Pas d'unité à droite
Emmanuel Grégoire aura notamment face à lui Rachida Dati, qui est revenue sur la scène nationale en devenant ministre de la Culture en 2024. Elle est soutenue à la fois par Les Républicains, le MoDem et par le gouvernement, et bénéficie de l’expérience de sa candidature en 2020.
"Pour autant, Rachida Dati n’a pas fait l’unité à droite puisque le parti d’Édouard Philippe présente Pierre-Yves Bournazel comme candidat, également soutenu par Renaissance, et qui est très implanté dans la capitale. Enfin, deux personnalités, qui chacune compte dans son propre camp, vont apporter une dose supplémentaire d’incertitude : Sophia Chikirou pour LFI et Sarah Knafo pour Reconquête. Ce casting va offrir une course très ouverte qui pourrait aboutir à quelques surprises et un résultat très serré", analyse le politologue.
Également en lice dans cette campagne, Thierry Mariani défend les chances du Rassemblement national, tandis que Blandine Chauvel porte les couleurs du Nouveau Parti anticapitaliste – Révolutionnaires et que Marielle Saulnier représente Lutte ouvrière.
"Chaque voix compte désormais"
Autre élément d'incertitude : les électeurs devront composer avec un nouveau mode de scrutin. La réforme de la loi PLM, pour Paris, Lyon et Marseille, votée à l’été 2025, a redessiné la façon dont les électeurs votent aux élections municipales dans les trois villes les plus peuplées de France.
Jusqu'à présent, les électeurs votaient pour une liste au sein de leur arrondissement. Les premiers élus de chaque liste siégeaient ensuite à la fois dans le conseil d'arrondissement et au conseil de Paris. Désormais, les Parisiens voteront deux fois, dans deux urnes distinctes : une première fois pour élire leur conseil d'arrondissement et une seconde fois pour élire le conseil municipal, et donc le futur maire de Paris.
Contrairement aux élections précédentes, les Parisiens voteront donc directement pour la liste du candidat ou de la candidate qu’ils voudront voir succéder à Anne Hidalgo. Un paramètre qui oblige les candidats à faire campagne partout dans Paris, alors qu'ils pouvaient auparavant se concentrer sur les arrondissements déjà acquis ou susceptibles de basculer de leur côté. Traditionnellement, la gauche règne dans l'Est parisien tandis que la droite tient l'Ouest.
"Ce nouveau mode de scrutin pourrait accentuer durant la campagne la logique de personnalisation. Rachida Dati y était très favorable car elle espère que sa notoriété jouera en sa faveur. Elle estimait par ailleurs que l’ancien mode de scrutin favorisait la gauche en donnant davantage de poids aux arrondissements plus peuplés [sept des dix arrondissements avec le plus d'habitants sont de gauche, NDLR]. Une chose est sûre : ce ne sera plus tout à fait la même élection, chaque voix compte désormais", affirme Bruno Cautrès.
Les électeurs pourront aussi choisir d’adopter des stratégies différentes en votant pour une certaine couleur politique dans leur arrondissement et pour une autre couleur au niveau de la ville, ce qui pourrait réserver quelques surprises, voire offrir une sorte de cohabitation entre une maire de Paris de droite et une majorité de maires d’arrondissement de gauche.
Jamais depuis 2001 et la victoire de Bertrand Delanoë face à Philippe Séguin et Jean Tiberi, la bataille pour Paris n’a été aussi indécise. Vingt-cinq ans après l’arrivée de la gauche aux manettes dans la capitale, la droite peut espérer reprendre les commandes. La campagne est lancée. Rendez-vous le 22 mars pour en connaître le vainqueur.
