
Anne Hidalgo, la maire de Paris, a pris le dossier de la pollution à bras-le-corps en déclarant la mise à mort des véhicules diesel d’ici à 2020 dans la capitale française. Elle envisage aussi le doublement des pistes cyclables dans Paris.
La maire socialiste de la ville de Paris, Anne Hidalgo, a dévoilé dimanche 7 décembre dans le "JDD" les grandes lignes de son vaste plan anti-pollution pour assainir la capitale française. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce dernier, qui sera discuté au Conseil de Paris le 9 février, est particulièrement ambitieux et surtout impitoyable à l’égard du diesel.
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"Je veux la fin du diesel à Paris en 2020, et si possible au-delà du périphérique. Il s'agit donc d'accélérer la mutation, avec le concours de l'État. J'ai commencé en éradiquant en trois mois les voitures diesel du parc de la Ville", a déclaré la maire PS qui envisage une tolérance zéro. Et pour rendre "sa" ville toujours plus propre, Anne Hidalgo envisage également de semi-piétonniser le centre de Paris (du Ier au IV arrondissement), de n’autoriser l’accès à l’avenue des Champs-Élysées et à la rue de Rivoli qu’aux véhicules propres, de limiter certaines zones à 30 km/h et enfin de doubler les pistes cyclables.
Un "surprenant" revirement, juge le centre, une "opération de communication", tacle la droite. Mais aucune dénonciation formelle du projet. Derrière les pics lancés à la maire socialiste, le groupe UMP se "félicite" tout de même qu'Anne Hidalgo se rallie aujourd'hui à (ses) propositions" et l’UDI salue une "heureuse initiative". Preuve que la pollution est un sujet fédérateur. Selon un sondage de l’Ifop, réalisé le 4 et 5 décembre, 84 % des Franciliens jugent prioritaire la lutte contre les émissions de particules fines. Presque 55 % d’entre eux sont favorables à l’interdiction totale des véhicules diesel dans la capitale.
"Une voiture électrique n’est pas une voiture propre"
Quant aux autres, ils fulminent. Du moins, une bonne partie d’entre eux. "S’attaquer au diesel est profondément stupide", lâche Pierre Chasseray, le délégué général de l’association "40 millions d’automobilistes". "Il faudrait que la maire de Paris regarde un peu plus les études menées sur la pollution. Le diesel est bien plus propre aujourd’hui. Il n’a rien à voir avec les vieux diesels", ajoute Pierre Chasseray qui se défend d’être un pro-voiture forcené. L’idée de désencombrer les routes est une priorité – "personne ne va dans les embouteillages de gaieté de cœur" - et le projet de multiplier les pistes cyclables lui paraît une idée "hyper intéressante", mais elle doit être "complémentaire" de la voiture, pas en concurrence avec elle.
En résumé, "la mutation doit être intelligente", déclare-t-il en vilipendant l’idée toute faite selon laquelle les voitures électriques seraient la panacée. "Une voiture électrique a besoin du nucléaire dont l’extraction et la production ont des impacts sur l’environnement. Elle n’est donc pas vraiment écolo ou propre. Elle a besoin de lithium pour sa batterie. Au final, ce n’est absolument pas moins polluant que le diesel", assure-t-il. L’Observatoire nucléaire faisait déjà la même analyse que Pierre Chasseray. "Il y a une folie furieuse autour de la voiture électrique", dénonçait au mois de juin dernier Stéphane Lhomme, son directeur, dans les colonnes du "Monde". "Certes, la voiture électrique ne pollue pas quand elle circule, mais elle pollue avant et après, et surtout elle délocalise la pollution autour des mines d'uranium et de lithium, des centrales nucléaires, des sites de stockage de déchets radioactifs."
D’autres détracteurs pointent enfin l’impact social de telles mesures sur les populations les plus précaires. "C’est une mesure discriminante pour les plus pauvres ! Comment va-t-on aller travailler ?", s’insurge Jeanet, standardiste de l’association "40 millions d'automobilistes", résidant en banlieue. "Je n’ai pas les moyens de m’acheter une nouvelle voiture, moins polluante… À moins que la maire de Paris décide d’acheter de nouvelles voitures à tout le monde !", ajoute-t-elle. Une colère qu’Anne Hidalgo a tenté de calmer en annonçant une exception pour "certains ménages peu fortunés possédant un vieux véhicule diesel qu'ils n'utilisent qu'occasionnellement".