
Le ministre français de la Défense a déclaré vendredi que Paris pourrait "ne jamais" livrer les deux porte-hélicoptères Mistral vendus à la Russie. Leur livraison est actuellement suspendue en raison du rôle de Moscou dans la crise ukrainienne.
C’est un pas de plus vers une annulation pure et simple du contrat Mistral, qui empoisonne les relations entre Paris et Moscou. La livraison de ces deux porte-hélicoptères dernier cri à la Russie pourrait ne "jamais" avoir lieu, a déclaré vendredi 5 décembre le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian.
"On pourrait ne jamais livrer; il faudrait que les Russes se rendent compte de cette situation (…) On ne peut envisager une livraison dans les conditions de tension dans lesquelles nous sommes" a expliqué le haut responsable sur BFMTV et RMC.
François Hollande avait confirmé le 25 novembre dernier que la livraison du premier Mistral était suspendue "jusqu’à nouvel ordre" en raison de la dégradation de la situation dans la région du Donbass, dans l'est de l'Ukraine. Une détérioration sécuritaire dont la Russie est largement responsable, selon Paris, qui l'accuse de livrer des armes et de soutenir les insurgés séparatistes du Donbass.
Côté russe, on commence à s'agacer des atermoiements de la diplomatie française. "J'en ai marre de cette question. C'est un problème de réputation pour la France. Ils doivent remplir toutes leurs obligations selon le contrat", s'est emporté le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, quelques heures après les déclarations de Jean-Yves Le Drian.
L’annulation de ce contrat de 1,2 milliards d’euros – la transaction la plus importante en matière d’armement entre la Russie et un pays de l’Otan – pourrait se traduire par des pénalités financières considérables pour la France.
À Saint-Nazaire, le soleil se lève à l’Ouest
Hasard du calendrier, cette déclaration du ministre de la Défense intervient le jour même où les chantiers navals STX à Saint-Nazaire, qui ont assemblés les fameux Mistral de la discorde, annoncent avoir obtenu une commande d’un armateur américain pour exactement le même montant – 1,2 milliard d’euros – afin de construire deux paquebots de croisière.
La lettre d’intention de commande, signée entre STX et Royal Caribbean Cruises Ltd (RCCL); précise qu’il s’agit de deux navires luxueux de 300 mètres de long; qui pourront accueillir quelque 2 900 passagers. De quoi assurer onze millions d’heures de travail aux chantiers navals de Saint-Nazaire, selon le directeur général des chantiers STX France, Laurent Castaing.
Ces deux nouveaux navires doivent être livrés respectivement à l'automne 2018 et début 2020, si le financement de la commande est bouclé "d'ici deux ou trois mois", a précisé à l'AFP Laurent Castaing. STX construit déjà pour une autre filiale de RCCL deux navires de la classe "Oasis", les plus grands paquebots du monde : quelque 8 000 passagers et membres d'équipages, un milliard d'euros et onze millions d'heures de travail chacun.
Avec AFP