
En Irak, les peshmerga tentent de protéger Kirkouk des djihadistes. Les envoyés spéciaux de FRANCE 24 sont allés à leur rencontre et ont assisté à l'attaque d'un convoi kurde par une milice turkmène, pourtant censée être leur alliée.
Profitant de la déroute des forces gouvernementales, les forces kurdes irakiennes, les peshmerga, ont pris le 12 juin dernier le contrôle de la ville pétrolière de Kirkouk et d'autres secteurs voisins disputés. Ils protègent ainsi cette zone située à 240 km au nord de Bagdad d'un possible assaut des djihadistes sunnites de l'État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Ils se sont déployés autour de la ville pour contrer toute avancée de djihadistes, qui tiennent d'autres zones de la province.
Sélim El Meddeb et Adam Pletts, envoyés spéciaux de FRANCE 24, sont allés à la
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rencontre des combattants peshmerga, sur la ligne de défense au sud de Kirkouk. Un calme trompeur y règne : selon les combattants, les affrontements avec les djihadistes sont quasi-quotidiens. La semaine dernière, les peshmerga ont perdu six hommes, tués par les djihadistes. La situation sur le terrain est extrêmement volatile et chaque parti politique, chaque village possède sa propre milice. Le pays fourmille de groupes armés et les combats peuvent éclater à tout moment.
Les Kurdes irakiens réclament de longue date d'incorporer une partie du territoire à majorité kurde du nord de l'Irak à leur région autonome, mais se heurtent à l'opposition des gouvernements successifs de Bagdad. Avec la conquête de la ville multi-ethnique de Kirkouk, les Kurdes réalisent un vieux rêve et font un grand pas dans cette direction. Toutefois, cette situation n’est pas du goût de tous et suscite l’inquiétude d’autres groupes communautaires. D’autant qu’à l’heure actuelle en Irak, les djihadistes, l’armée gouvernementale et les peshmerga kurdes ne sont pas les seuls à porter les armes.
Pour les peshmerga, le danger ne vient pas forcément des djihadistes
Alors même que les reporters de FRANCE 24 sont présents, les combattants kurdes se trouvent pris dans un échange de tirs : un convoi à bord duquel se trouve un leader peshmerga, cheikh Jaffar Moustapha, vient d’être attaqué sur la route. Des renforts arrivent et les combattants kurdes capturent plusieurs assaillants.
De retour à la base, les agresseurs s’avèrent être des membres d’une milice turkmène. Bilan des combats : un mort côté turkmène et deux blessés côté kurde. Moins d’une heure plus tard, le chef de la milice turkmène et le leader des peshmerga tentent de s’expliquer : les miliciens reconnaissent avoir tiré les premiers, croyant avoir affaire à des djihadistes.
Abou Sajate, le responsable des SahwaTurkmaniya, la milice turkmène, assure pourtant de la bonne volonté de ses troupes. "À partir de maintenant il y aura une très bonne coordination", promet-il. "Il n’y aura pas de suspicions, nous sommes frères et c’est sans rancune. Nous n’avons pas de différend et j’espère que vous tous ici le comprennez : il n’y a pas de quoi en faire une histoire", lance-t-il dans une volonté d’apaisement.
Côté peshmerga, on veut également faire baisser la tension : "Je ne crois pas avoir été visé personnellement", estime cheikh Jaffar Moustapha. "Ces hommes ont tiré sur nos voitures, le convoi a été visé. Mais je ne crois pas qu’ils savaient que j’y étais", explique-t-il.
Incident ou attaque délibérée : la réponse massive des peshmerga a rapidement ramené les miliciens Turkmènes a de meilleurs sentiments. Et l'incident n’est pas le premier. Malgré ces démonstrations de bonne volonté, les Turkmènes de Kirkouk sont inquiets, car la majorité d’entre eux considèrent la ville comme le berceau de leur communauté.