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L'émir du Qatar a effectué la première visite d’un chef d’État étranger dans l’enclave palestinienne depuis l'arrivée au pouvoir du Hamas en 2007. Une initiative qui pose l'émirat en acteur incontournable de la scène diplomatique régionale.
L’émir du Qatar, le cheikh Hamad ben Khalifa al-Thani, est arrivé mardi 23 octobre en fin de matinée dans la bande de Gaza pour une visite de quelques heures. Il est le premier chef d’État étranger à se rendre dans l’enclave palestinienne depuis la prise de pouvoir par le Hamas en 2007 et le blocus israélo-égyptien qui s’en est suivi.
Entré à Gaza par l’Égypte, qui participait à la sécurisation de la visite, l’émir est arrivé à la tête d’une grande délégation - dont son épouse cheikha Moza et son Premier ministre et chef de la diplomatie, Hamad ben Djassim, faisait partie - accueillie par le chef du gouvernement gazaoui, Ismaïl Haniyeh.
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"Le Qatar réalise un repositionnement de sa diplomatie régionale et s’assure en même temps un coup médiatique en jouant au-dessus de sa catégorie", explique à FRANCE 24 Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes et auteur de "Le tsunami arabe" (Fayard, 2011).
Pour cet invité de marque, le Hamas a vu les choses en grand : hymnes nationaux, drapeaux qataris et palestiniens déployés dans Gaza, tapis rouge et comité d’accueil rassemblant les hauts responsables du parti islamiste, dont un dirigeant en exil du mouvement, Saleh Arouri, venu pour l'occasion.
Cette visite est suffisamment exceptionnelle pour justifier les moyens. Tout d’abord, l’émir n’est pas venu les mains vides mais avec 400 millions de dollars (307 millions d'euros) à investir. Remplissant une promesse faite en 2008, Hamad ben Khalifa al-Thani financera un projet de reconstruction d'infrastructures routières et de logements dans le territoire palestinien, dévasté en 2008 durant l’opération israélienne "Plomb durci". Ces fonds serviront également à porter un projet de 3000 logements qui porteront son nom, près de Khan Younès et un projet immobilier de 25 millions de dollars (19 millions d'euros) pour les prisonniers libérés par Israël en échange du soldat Gilad Shalit en 2011. Il a également fait un don de 30 millions de litres de carburant pour la seule centrale électrique du territoire.
Mais sa venue constitue aussi et surtout une symbole fort. L’émir est le premier chef d'État à répondre à une invitation du Hamas, boycotté par la communauté internationale pour son refus de reconnaître Israël et de renoncer à la lutte armée. Une démarche que la seule philanthropie ne peut expliquer.
Petit pays de 11 000 m2 et de 250 000 habitants, le Qatar, qui est déjà un acteur précieux et sollicité, abat une nouvelle carte pour accroître son influence dans la région. "Le Qatar s’éloigne de l’image de cette puissance qui tourne le dos aux causes arabes si ce n’est pour porter la haine en Syrie. Il y a un mois, il décrochait le Hamas du giron syro-iranien, il continue aujourd’hui dans cette logique", poursuit le chercheur. Le Qatar cherche, en effet, à pousser le Hamas à prendre ses distances avec l’Iran, l’un de ses principaux appuis dont le programme nucléaire laisse planer la menace d’un conflit armé avec l’État hébreu.
Cette visite, qui favorise plutôt le Hamas que le Fatah, n’en est pas moins qualifiée de "bizarre" par Israël et critiquée à mots couverts par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui a insisté sur la nécessité de "préserver l'unité des Territoires palestiniens et de mettre fin à la division", selon l'agence officielle palestinienne Wafa. Mais c’est justement là que le bât blesse.
Mais là encore, le Qatar tire son épingle du jeu. "En investissant sa force de frappe dans la reconstruction de Gaza, le Qatar renforce donc non seulement ses liens avec le Hamas, mais aussi avec les Frères musulmans égyptiens et, également, avec Israël, qui fait son jeu des tensions inter-palestiniennes", poursuit Jean-Paul Chagnollaud.