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Trois hommes ont été tués par les forces de l'ordre dans la région de Qatif lors d'une manifestation de chiites. Ceux-ci protestaient contre l'arrestation d'un haut dignitaire religieux très critique du pouvoir, le cheikh Nimr al-Nimr.

Dans l'est de l'Arabie saoudite, dans la nuit du 8 au 9 juillet, une marche pacifique qui se dirigeait du village d’Awamiya jusqu’à la ville de Qatif s’est transformée en de violents affrontements entre manifestants chiites et forces de l’ordre. "Il y avait des snipers appartenant aux forces de l’ordre. Ils ont entraîné les manifestants dans une embuscade. Des véhicules blindés bloquaient la route principale pour diriger les protestataires dans une rue où les snipers étaient positionnés sur le toit du collège technique et de la principale citerne de la ville", raconte un Observateur de FRANCE 24, qui a également fait parvenir plusieurs vidéos à notre rédaction.

Trois protestataires ont été tués et une trentaine ont été blessés par des tirs de la police, précise ce militant des droits des chiites qui vit à Qatif et qui a préféré rester anonyme. "La moitié des blessés ont été soignés dans des maisons toutes proches, car les forces de sécurité se sont rendues dans tous les hôpitaux pour arrêter les blessés et les emmener dans l’hôpital militaire de la ville de Dhahran", ajoute notre Observateur.

Le ministère de l'Intérieur saoudien a démenti tout heurt entre manifestants et forces de l'ordre, même s'il fait état de deux décès parmi les protestataires.

"Deux d'entre eux sont morts, les deux autres ont été légèrement blessés. Une enquête, menée par les autorités compétentes est en cours", a indiqué à l'agence Reuters le major général Mansour al-Turki dans un communiqué.

Cette manifestation avait été organisée pour protester contre l’arrestation d’un haut dignitaire religieux chiite, le cheikh Nimr Baqer al-Nimr. Les autorités avaient annoncé quelques heures plus tôt son interpellation en l’accusant de sédition. L’homme aurait été blessé à la jambe en tentant de résister aux policiers.

"Ils l’ont tiré de sa voiture et on peut voir du sang à côté. Il était recherché depuis deux mois par le ministère de l’Intérieur à cause de ses opinions politiques", a expliqué à Reuters le frère du cheikh, Mohammed al-Nimr.

Ce religieux a déjà été arrêté à plusieurs reprises ces dernières années. Dans l’un de ses récents prêches, il s’était réjoui de la disparition du prince héritier Nayef Ben Abdel Aziz, mort le 16 juin, qu’il tenait pour responsable de la répression contre les chiites.

Discrimination et contrôles de police

Le cheikh Nimr Baqer al-Nimr avait également revendiqué en 2009 la scission des régions chiites de Qatif et d’Al-Hassa et leur unification avec le royaume de Bahreïn, à majorité chiite. Avec ses prises de position, ce fervent défenseur de la cause chiite était devenu l’une des bêtes noires du régime de Riyad.

Conscient des risques engendrés par ses prises de position, le cheikh avait annoncé il y a dix jours à ses fidèles de la mosquée d’Awamiya qu’il était certain d’être arrêté ou tué, mais que cela aviverait les revendications de ses partisans.


Cette région de l’est de l’Arabie saoudite est en effet l’un des foyers de la contestation des chiites saoudiens. C’est là que se concentre l’essentiel des deux millions de membres de cette communauté. Ils représentent environ 10 % des 23 millions d’habitants du royaume, à majorité sunnite.

Depuis mars 2011 et le Printemps arabe, cette zone est secouée par des troubles. Les manifestations ont débuté en solidarité avec la contestation des Bahreïnis. Les chiites d’Arabie saoudite ont organisé des rassemblements pour critiquer l’aide militaire apportée par leur pays à la dynastie sunnite au pouvoir au Bahreïn dans la répression des chiites de cet état voisin.

Les chiites d’Arabie protestent également contre leurs conditions dans leur propre pays. Ils se sentent discriminés dans un royaume régi par le wahhabisme, une doctrine rigoriste sunnite. En matière d’emploi notamment, ils ne peuvent accéder à certains postes élevés dans la fonction publique ou dans les grandes entreprises nationales. Dans la région de Qatif, ils se plaignent aussi de devoir subir des contrôles à l’entrée et à la sortie des villes.

De son côté, le pouvoir saoudien accuse l’Iran, à majorité chiite, d’encourager ces troubles. Le général Mansour al-Turki, porte-parole du ministère de l'Intérieur, a déclaré le 8 juillet que les autorités ne feraient preuve "d’aucune tolérance à l’égard de ceux qui incitent à la sédition et qui sont devenus des instruments aux mains des ennemis de la nation", rapporte l’AFP. Les autorités considèrent également ces protestations comme "un nouveau terrorisme qu’elles vont affronter comme elles l’ont fait auparavant " avec Al-Qaïda.

Malgré ces menaces de répression, le mouvement de protestation semble désormais relancé. Selon l’Observateur de FRANCE 24, de nouvelles manifestations sont prévues dès l'après-midi du 9 juillet à Qatif.