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L'introduction en bourse de Facebook en six points

Facebook, numéro 1 mondial des réseaux sociaux, a déposé mercredi son dossier d’entrée à la Bourse de New York. Quels sont les enjeux de cette opération chiffrée à 5 milliards de dollars ? Éléments de réponse.

Après plusieurs jours de spéculations dans la presse, le géant des réseaux sociaux a finalement sauté le pas, mercredi 1er février, en déposant son dossier d’introduction en bourse auprès de la Security and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la bourse américaine.

La cotation du service aux 800 millions d’utilisateurs dans le monde est attendue depuis plusieurs années. Cette opération est décrite comme la plus importante de la décennie... si ce n’est de l’histoire de la place financière new-yorkaise. Un record actuellement détenu par Visa, qui a levé 17,4 milliards de dollars en 2008. La question, qui est sur toutes les lèvres des technophiles, est de savoir si, à l’issue de cette opération, la valorisation de Facebook dépassera 100 milliards de dollars. Mais entre le dépôt du dossier à la SEC et la cotation, le chemin peut se révéler sinueux. Revue de détail des questions qui entourent cette opération.

Quel est le dossier que Facebook doit déposer devant la SEC ?

Il s’agit d’un formulaire baptisé "S-1", qui fournit au gendarme américain de la bourse les informations nécessaires sur l’état financier du groupe demandant à être coté. Ce n’est que la première étape pour le prétendant aux marchés financiers.

Mais, pour les observateurs extérieurs et potentiels investisseurs, ce dossier est crucial car c’est la première fois qu’une société, dont le capital n'était pas ouvert au public, se voit obligée de fournir les données financières exactes. Dans le cas de Facebook, le S-1 devrait permettre de connaître quelques chiffres-clés - comme les revenus publicitaires précis ou les coûts de fonctionnement d’un tel mastodonte du Web.

Combien Facebook espère lever en bourse ?

Pour une entreprise, le but premier est de mettre une partie de son capital aux enchères boursières et de lever des fonds nécessaires à son développement. Jusqu’à récemment, les rumeurs misaient sur une volonté de Facebook de récupérer 10 milliards de dollars lors de son introduction - ce qui en ferait la troisième plus importante, derrière Visa et AT&T.

L’agence Reuters, citant des “sources proches du dossier”, a affirmé mardi que le réseau social ne cherchait plus qu’à lever 5 milliards de dollars. Mais comme le souligne le Wall Street Journal, les entreprises ont tendance à sous-évaluer dans un premier temps leurs prétentions afin de tâter le terrain.

Qui va s’occuper de vendre les actions de Facebook ?

Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook, ne va pas descendre personnellement dans l’arène. Toute introduction est menée par une ou plusieurs banques qui touchent une commission. Pour une affaire qui promet d’être aussi juteuse que celle-ci, la bataille fait rage entre deux établissements : Goldman Sachs et Morgan Stanley.

Quel est le laps de temps entre le dépôt d’un dossier et l’entrée en bourse ?

Le premier jour de cotation peut intervenir un an après le dépôt du formulaire S-1. Mais les précédentes expériences de société du Web qui ont fait leur baptême du Nasdaq montrent que ce délai peut s'avérer bien plus court. Ainsi, le réseau professionnel LinkedIn n’a mis que 4 mois à franchir le cap, tandis le site d’offres commerciales Groupon et la société de jeux Zynga ont mis près de six mois. Par conséquent, la cotation de Facebook ne devrait pas intervenir avant la fin du printemps.

Est-ce que le chemin jusqu’à la cotation est un "long fleuve tranquille" ?

C’est tout le contraire. A partir du dépôt du dossier à la SEC s’ouvre une période très agitée. La société, qui fait l’objet d’une attention toute particulière de la part de ses futurs investisseurs, ne peut se permettre aucun faux pas. Certains peuvent même être tentés d’en profiter.

Pour Facebook, c’est déjà le cas. Depuis le début de l’année, le réseau social a déjà été assigné plus de vingt fois en justice pour des prétendues violations de brevets. “Certains espèrent qu’au lieu de se défendre en justice, Facebook préfère régler les différends à l’amiable afin d’éviter toute mauvaise publicité”, explique à Reuter Colleen Chien, professeur de droit à l’université de Santa Clara.

Des concurrents peuvent aussi en profiter pour lancer des campagnes de dénigrements. Ainsi, Zynga a dû se défendre peu avant son introduction contre des accusations qui dépeignaient, en très noires, les conditions de travail au sein de la société. Groupon, de son côté, a été soupçonné d’avoir maquillé ses comptes.

Est-ce que l’époque est propice aux introductions ?

Crise de la zone euro et explosion de la dette américaine ne créent pas un climat euphorique sur les places financières. Les investisseurs reflechissent à deux fois avant de lâcher leur argent. En 2011, les introductions en bourse de Zynga et Groupon, intervenues après la perte du triple A des Etats-Unis en août, n’ont pas aussi bien fonctionné que prévu.

Lors de son premier jour de cotation, Zynga a vu la valeur de son action baisser de 5% tandis que Groupon n’a pas connu d’euphorie - son action n’a pas beaucoup varié. Seule la société LinkedIn a connu une augmentation sensible de 46% depuis son introduction en bourse. Mais le réseau social professionnel a eu le flair d’arriver au Dow Jones avant l’été - économiquement meurtrier - de 2011.