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Le successeur de Milorad Dodik, chef déchu des Serbes de Bosnie, sera élu en novembre
Une élection anticipée aura lieu le 23 novembre en Republika Srpska (RS), l'entité serbe de Bosnie, pour élire un successeur à son président destitué Milorad Dodik. Ce dernier a d'ores appelé au boycott, estimant que "ces élections n'(avaient) pas de sens et (qu')elles n'(auraient) pas lieu en RS".
Milorad Dodik le 25 février 2025 à Banja Luka. © Amel Emric, Reuters

Les habitants de la Republika Srpska (RS), l'entité serbe de Bosnie, sont appelés aux urnes le 23 novembre pour élire un successeur à leur puissant président Milorad Dodik, destitué pour non-respect des décisions de l'envoyé international chargé de faire respecter l'accord de paix dans ce pays des Balkans.

L'organisation de ce scrutin sera un nouveau test pour la capacité de l'État central de Bosnie, un pays divisé, d'exercer sa souveraineté sur l'ensemble de son territoire. Car Milorad Dodik, qui avait déjà fait savoir que le déroulement de cette élection ne serait pas autorisé sur le territoire de l'entité serbe, a appelé jeudi la population à la boycotter.

Constamment secouée par des actions politiques de Milorad Dodik depuis sa condamnation par la justice en début d'année, la Bosnie est en proie à l'une des plus graves crises politiques qu'elle ait connues, trente ans après la guerre qui avait suivi la proclamation de son indépendance de la Yougoslavie en 1992.

La Commission électorale centrale (CIK) "a adopté la décision sur la tenue d'une élection anticipée (...) pour élire le président de la Republika Srpska", a déclaré en conférence de presse à Sarajevo la présidente de la CIK, Irena Hadziabdic, précisant que ce scrutin aurait lieu "dimanche 23 novembre".

Élections "impossibles et inutiles"

Peu après, Milorad Dodik a rétorqué en affirmant que "ces élections n'(avaient) pas de sens et elles n'(auraient) pas lieu en RS". "Je crois que le peuple refusera d'y participer et que les autres partis politiques les boycotteront aussi", tout comme le sien, car elles sont "impossibles et inutiles", a déclaré Milorad Dodik à la presse à Banja Luka, chef-lieu de l'entité serbe situé dans le nord. "Je ne brandis pas la menace de violence, mais je crois que les gens descendront dans la rue et manifesteront", a-t-il ajouté.

Milorad Dodik, 66 ans, a été déchu début août de son mandat, après avoir été condamné à un an de prison et à six ans d'inéligibilité pour le non-respect des décisions du Haut-représentant international.

L'indéboulonnable chef politique des Serbes de Bosnie dirige la RS depuis 2006, en passant par les postes les plus importants. "Je continue d'exercer mes responsabilités (...) et je n'ai pas l'intention de me retirer", a assuré jeudi Milorad Dodik, élu président de la RS en octobre 2022 pour un mandat de quatre ans.

Il a cependant fait approuver par le Parlement de la RS un référendum qui aura lieu le 25 octobre, pour s'assurer du soutien de la population à sa politique et à son refus du verdict et des décisions du Haut-représentant.

"Ce n'est que le premier référendum", a déclaré Milorad Dodik dimanche sur le plateau de la chaîne publique de l'entité serbe (RTRS). "Je lance un appel à notre peuple pour un rassemblement, car arrive le temps des référendums pour décider de notre destin." Il a aussi évoqué la possibilité d'organisation d'un référendum d'indépendance.

Légitimité contestée

Depuis la fin de la guerre, qui y avait fait près de 100 000 morts de 1992 à 1995, la Bosnie est divisée en deux entités autonomes, serbe et croato-bosniaque, reliées par un gouvernement central.

Milorad Dodik a été reconnu coupable en février par la Cour d'État, à Sarajevo, d'avoir promulgué en 2023 dans l'entité serbe deux lois controversées que venait tout juste d'annuler le Haut-représentant Christian Schmidt. La décision de justice a été confirmée en appel début août. Il a saisi la possibilité de convertir sa peine de prison en jours-amende de près de 19 000 euros, mais il refuse de quitter son poste et dénonce un procès visant à l'"éliminer de la vie politique".

Milorad Dodik rejette la légitimité de Christian Schmidt, un ancien ministre allemand soutenu par les puissances occidentales, depuis son arrivée en Bosnie en août 2021. Cette légitimité est conteste également par la Russie, qui avait empêché que sa nomination soit validée par le Conseil de sécurité de l'ONU, comme celles de ses prédécesseurs.

Important allié de Milorad Dodik au plan international, Moscou réclame depuis des années la suppression de ce poste. Doté d'un pouvoir discrétionnaire, Christian Schmidt a modifié en 2023 le code pénal bosnien pour y introduire l'infraction de non-respect des décisions du Haut-représentant. Milorad Dodik a été inculpé peu après.

Avec AFP