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Côte d'Ivoire : Pascal Affi N'Guessan, l'opposant "pragmatique" en quête du flambeau présidentiel
L’ex Premier ministre de Laurent Gbagbo, Pascal Affi N'Guessan, a déposé un dossier de candidature à l'élection présidentielle du 25 octobre. Il prône un modèle inclusif et égalitaire pour la Côte d’Ivoire et accuse Alassane Ouattara de dérive autoritaire. Certains lui reprochent néanmoins une position ambigüe vis-à-vis du pouvoir.
L'ancien Premier ministre et président du Front populaire ivoirien (FPI) Pascal Affi N'Guessan, à Abidjan le 31 mai 2025. © Sia Kambou, AFP

Il appelle au rassemblement de l’opposition pour écrire un nouveau chapitre de l’histoire de la Côte d’Ivoire. Un chapitre dont il espère être l’auteur. L’ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo (2000 – 2003), Pascal Affi N'Guessan, est candidat à l'élection présidentielle du 25 octobre.

Âgé de 72 ans, le vieux routier de la politique ivoirienne a déposé son dossier de candidature le 22 août. S'il est validé par la Commission électorale indépendante, il s’agira de sa troisième participation consécutive, sous la bannière du FPI (Front Populaire Ivoirien), un parti fondé en 1982 par le couple Gbagbo et dont il a pris la présidence en 2001.

Dans son programme intitulé "Renaissance", le candidat met l’accent sur le développement économique des régions du pays, la justice sociale et la lutte contre l'exclusion. Autant de propositions qui visent, assure-t-il, à remédier aux inégalités persistantes "creusées" par le président Alassane Ouattara au profit d’une "petite caste".

Ascension au sein du FPI

Originaire de Bouadikro dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire, Pascal Affi N'Guessan a fait ses premières armes en politique auprès de son ex-mentor Laurent Gbagbo. Ingénieur de formation, il rejoint le Front populaire ivoirien en 1986 alors que le parti n'est encore qu'une structure clandestine. 

Le FPI devient légal en 1990 avec l’avènement du multipartisme. Cette année-là, Pascal Affi N'Guessan participe aux premières élections libres du pays et parvient à se faire élire maire de Bongouanou, devenant le premier maire FPI dans sa région. Figure montante du parti, il pilote la campagne de Laurent Gbagbo pour la présidentielle de 1995, remportée par Henri Konan Bédié.

Le coup d’État militaire de 1999 le propulse au sein du pouvoir : il est nommé ministre du Tourisme et de l'Industrie du gouvernement de transition du général Robert Gueï. L'année suivante, en 2000, Laurent Gbagbo accède à la présidence et le nomme au poste de Premier ministre. Le chef de l'État lui cède dans le même temps la direction du parti : Pascal Affi N’Guessan est élu président du FPI en juillet 2001.

De Premier ministre à opposant légaliste

En 2002, une rébellion venue du nord fait basculer le pays dans la guerre civile. Des divergences apparaissent alors entre le président, partisan d’une ligne dure face aux rebelles, et son Premier ministre plus pragmatique et ouvert au compromis.

Ce dernier signe l’année suivante, au nom du FPI, l’accord de paix de Marcoussis, perçu par certains au sein de son camp comme une forme de capitulation. Pascal Affi N’Guessan laisse alors sa place à un Premier ministre dit ‘de consensus’. Il quitte le gouvernement mais demeure à la tête du FPI.

Malgré l’accord, le conflit perdure  et il faudra attendre 2007 pour que soit officiellement décrétée la fin de la partition entre le Nord rebelle et le Sud loyaliste.

En 2011, le destin du camps Gbagbo bascule. La victoire d'Alassane Ouattara, contestée par le président sortant et ses soutiens, plonge la Côte d'Ivoire dans une grave crise post-électorale. Le président est capturé par les forces pro-Ouattara, appuyées par la France et l’ONU. Le FPI devient une force d'opposition au pouvoir et subit une répression féroce. Affi N’Guessan est arrêté puis emprisonné à Bouna pendant près de deux ans. Libéré en 2013, il revient sur la scène politique avec la volonté affichée de "reconstruire le FPI.

Un opposant trop conciliant ?

Alors qu'une aile du FPI réclame "Gbagbo ou rien", rejetant tout compromis avec le régime Ouattara, Affi N’Guessan engage une stratégie de réintégration des institutions.

Ce choix lui vaut d’être vu par certains anciens camarades comme un traître qui l'accusent de légitimer un régime jugé illégitime. Ces derniers tentent de l'évincer de la présidence du parti par voie de justice, qui tranche à plusieurs reprises en faveur de Pascal Affi N’Guessan.

Le retour en Côte d'Ivoire de Laurent Gbagbo en juin 2021, après son acquittement définitif par la Cour pénale internationale, marque un nouveau tournant décisif. L’ancien président refuse de reconnaître Affi N’Guessan comme président du FPI et crée son propre parti, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA–CI).

Début 2023, Affi N’Guessan annonce une alliance entre le FPI et le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) d’Alassane Ouattara en vue des élections municipales du mois d’octobre, ravivant les critiques à son propos au sein de la gauche ivoirienne.

Lors de ces élections, le FPI n’enregistre pas de progrès notable alors que le RHDP étend encore son emprise territoriale. Candidat dans sa région, le Moronou, Affi N’Guessan échoue face à la candidate du PDCI. Quelques mois plus tard, il annonce la fin de l’alliance, reconnaissant "un échec".

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Une candidature "qui ne fait pas peur au RHDP"

Réinvesti en novembre 2024 à la tête de son parti avec une très large majorité (plus de 99 %), Pascal Affi N'Guessan a été désigné candidat du FPI pour la présidentielle d’octobre 2025.

Depuis, il milite pour une quatrième république, avec un régime présidentiel modéré et une interdiction du cumul des mandats. Il appelle les adversaires d’Allasane Ouattara à faire front commun pour lui faire barrage. En mars 2025, Pascal Affi N'Guessan a ainsi participé à la création d’une plateforme d’opposition - la Coalition pour l’Alternance Pacifique en Côte d’Ivoire (CAP-Côte d’Ivoire) - au côté de nombreux autres chefs de partis dont Tidjane Thiam et Simone Ehivet Gbagbo, mais sans Laurent Gbagbo avec qui la réconciliation, amorcée selon lui, n’a pas encore été officialisée.

Dans la course à la fonction suprême, Pascal Affi N'Guessan a quelques cartes à faire valoir : une longue carrière politique, l’expérience du pouvoir ainsi que celle de deux campagnes présidentielles et l’appui d’un parti historique. Mais il doit composer avec une base militante fragmentée et son image est perçue comme ambivalente par une partie de l’opinion publique.

"Pascal Affi N'Guessan a toujours privilégié une approche dite "réaliste". Il considère la politique en Côte d’Ivoire comme l’appréciation des réalités du moment", analyse Séverin Yao Kouamé, sociologue ivoirien, enseignant-chercheur à l'université de Bouaké. "Sa stratégie de négociation et parfois même de rapprochement avec le pouvoir n’a pas toujours été bien comprise. Il pâtit également d’une image clivante dans son camp, perçu par certains comme une figure courageuse qui a tenu les rênes du parti en l’absence de Gbagbo et par d’autres comme un traître qui a arraché le parti au père", poursuit le chercheur. "Ce qui est sûr c’est que sa candidature ne fait pas peur au RHDP".

Sa capacité de mobilisation à l’échelle nationale pose effectivement question. En 2015, Pascal Affi N'Guessan avait remporté 9 % des voix à la présidentielle. Candidat en 2020, il avait finalement appelé au boycott du scrutin pour protester contre le troisième mandat d’Alassane Ouattara et récolté 1 % des suffrages.