
Alors que la junte fait face à un mouvement de contestation sans précédent, la Birmanie entre dans la quatrième année du conflit civil meurtrier provoqué par le coup d'État du 1er février 2021.
À Rangoun, la capitale économique, les rues étaient plus calmes qu'à l'accoutumée, en écho aux appels de l'opposition à rester chez soi pour protester de manière "silencieuse" contre les généraux, ont constaté des journalistes de l'AFP.
"Je suis satisfaite de voir qu'il n'y a pas beaucoup de personnes dans les rues", a déclaré une employée de bureau, qui a décidé de ne pas sortir de chez elle entre 10 H (16 H 30 GMT) et 16 H (22 H 30 GMT).
"C'est la preuve de notre unité contre le coup d'État", a-t-elle poursuivi, sous condition d'anonymat pour des raisons de sécurité.

Dans le Nord, les rues étaient quasiment désertées à Mogok, réputé pour ses mines de rubis et de jade, où des affrontements ont pris place récemment.
"Certains résidents ont rejoint d'autres villes dernièrement en raison des combats. Les gens ont peur mais veulent toujours montrer de la solidarité", a décrit une habitante la ville.
La junte a prolongé mercredi l'état d'urgence en place depuis le putsch pour six mois supplémentaires, reportant une nouvelle fois les élections promises, et conditionnées au retour à la normalité – une gageure dans un pays déchiré par un sanglant conflit civil.
Au nom du "combat contre les terroristes", les militaires pourchassent les partisans d'un retour à la démocratie dans différentes régions de Birmanie, avec des méthodes violentes qui valent à la Birmanie une mise au ban de la communauté internationale.
L'armée birmane sous pression
Les combats ont provoqué le déplacement de plus de deux millions de civils, ont précisé les Nations unies.
Plus de 4 400 personnes ont été tuées dans la répression ayant suivi le coup d'État, selon un groupe local de surveillance.
Le troisième anniversaire du putsch contre la dirigeante élu Aung San Suu Kyi marque un "sombre" jour, a déclaré Stéphane Dujarric, porte-parole du Secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.
"Le Secrétaire général souligne l'urgence d'ouvrir la voie à une transition démocratique avec un retour à un régime civil", a-t-il insisté dans un communiqué.
L'armée a justifié sa prise de pouvoir en évoquant des fraudes lors des législatives de 2020, remportées haut la main par le parti de la prix Nobel de la paix. Des accusations dépourvues de fondement, selon des observateurs.
Le chef de la junte, Min Aung Hlaing, a assuré mercredi que l'armée fera "tout ce qui est nécessaire" pour restaurer la stabilité, mais une récente série de revers a fragilisé sa position vis-à-vis de ses troupes.
En dépit de moyens sommaires, les dizaines de groupes de défense du peuple (People's Defence Forces, PDF), qui ont essaimé à la suite du putsch, ont surpris l'armée par leur efficacité, et favorisé l'enlisement du conflit, selon les analystes.
Près de la frontière chinoise, trois groupes ethniques ont réussi à capturer des villes et des routes stratégiques pour le commerce avec la Chine, via une attaque coordonnée, fin octobre, qui a posé un défi militaire d'une ampleur inédite depuis le putsch.
Un accord de cessez-le-feu sous l'égide de Pékin a permis l'arrêt des violences dans cette région, favorisant la coalition d'insurgés qui ont conservé leurs prises, mais d'autres combats font rage ailleurs.
Cette situation a entamé le moral des officiers de hiérarchie intermédiaire contactés par l'AFP, qui ont tous demandé à rester anonymes.
Une prison pour les journalistes
La situation des droits humains en Birmanie ne cesse de se dégrader, ont rappelé mardi les Nations unies.
"Les tactiques militaires ont toujours été axées sur le châtiment des civils qu'ils considèrent comme soutenant leurs ennemis", a souligné Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme Volker Türk.
La junte a brûlé des villages, procédé à des exécutions sommaires et utilisé des bombardements aériens et de frappes d'artillerie pour punir les communautés refusant son pouvoir, ont dénoncé des groupes de droits humains et d'opposants.
À voirt aussi Antoine Vedeilhé, journaliste : "La junte birmane bombarde n'importe quand et n'importe qui"
L'armée a également ciblé les médias jugés critiques, en révoquant des autorisations de diffusion ou en emprisonnant des dizaines de journalistes.
En 2023, la Birmanie est la deuxième prison au monde pour les journalistes, juste après la Chine, avec 43 journalistes derrière les barreaux, selon le Comité pour la protection des journalistes.
Un communiqué commun des ministères des Affaires étrangères de plusieurs pays et organisations, parmi lesquels les États-Unis et l'Union européenne, a appelé mercredi à la libération des prisonniers politiques et la cessation des violences contre les civils.
Les efforts diplomatiques pour aboutir à une issue pacifique sont restés vains, malgré des initiatives des Nations unies et l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (Asean), dont la Birmanie est membre.
Les États-Unis ont annoncé mercredi de nouvelles sanctions contre deux entités "étroitement associées avec le régime militaire birman" et quatre individus.
Avec AFP