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Au procès de John Demjanjuk, l'accusation tente de prouver qu'il était un "trawniki"

Au 2e jour du procès de John Demjanjuk, soupçonné d'avoir été garde dans le camp de Sobibor en 1943, l'accusation a tenté de prouver qu'il avait fait partie des "trawnikis", ces auxiliaires SS recrutés parmi les prisonniers de guerre soviétiques.

AFP - John Demjanjuk, qui comparaît depuis lundi à Munich pour complicité de meurtre dans un camp d'extermination nazi, fait partie, selon l'accusation, des "trawnikis", ces auxiliaires des SS recrutés notamment dans les rangs de prisonniers de guerre soviétiques.

John Demjanjuk, 89 ans, originaire d'Ukraine, assure avoir été fait prisonnier en 1942 alors qu'il servait dans l'Armée rouge.

Mais il affirme avoir passé l'essentiel de la guerre dans des camps de prisonniers, et nie avoir été à Trawniki, en Pologne, et encore moins à Sobibor, où quelque 28.000 Juifs ont été exterminés pendant les six mois de 1943 où il est accusé d'avoir servi dans ce camp.

Pour l'accusation, la preuve essentielle de sa culpabilité provient d'une carte d'identité verte, numéro 1393, qui aurait été attribuée à Trawniki à un certain Ivan Demjanjuk, un prisonnier ukrainien, dont la photo ressemble à John Demjanjuk, immigré aux Etats-Unis après-guerre.

Cette carte fait notamment mention de son transfert de Trawniki à Sobibor au printemps 1943.

Selon Stefan Kühl, professeur de sociologie militaire à l'Université de Bielefed, 3.000 à 5.000 hommes ont été formés à Trawniki, tout à côté d'un camp de travail du même nom, comme auxiliaires de police et gardes de camps.

La plupart de ces auxiliaires, surnommés "trawnikis", "hiwis" (diminutif de "Hilfswilliger" ou volontaire), ou askaris (en référence aux auxiliaires noirs de l'armée du kaiser du Sud-Ouest africain, aujourd'hui Namibie), étaient Ukrainiens, Baltes, Polonais, et Allemands de la Volga.

"Le calcul des SS était qu'il serait bien plus facile de convaincre des Ukrainiens et d'autres minorités de travailler contre l'Union soviétique", selon M. Kühl. "Certains étaient volontaires, mais on ignore s'ils l'étaient tous".

Sans admettre qu'il était à Trawniki, les avocats de John Demjanjuk ont fait une déclaration liminaire à l'ouverture du procès lundi expliquant, au grand dam de survivants de l'Holocauste présents, que ces auxiliaires étaient "des victimes, comme les Juifs" qui ont été parfois contraints d'aider au transport des corps de leurs coreligionnaires.

"Ce que nous savons c'est qu'on est passé dans les camps de prisonniers soviétiques pour demander des volontaires pour Trawniki, en leur promettant qu'ils ne seraient pas forcés de se battre contre l'Armée rouge", a-t-il ajouté.

A Trawniki, ils recevaient une formation militaire de base et étaient traités comme des recrues militaires.

"Ils avaient le droit de sortir du camp le soir, mais étaient susceptibles d'être condamnés à mort s'ils désertaient", selon M. Kühl.

Nombre des "trawnikis" ont participé aux liquidations de Juifs en Pologne, à l'écrasement du ghetto de Varsovie, ou ont servi de gardes dans des camps de concentration ou d'extermination, a-t-il ajouté.

Le camp spécial de Trawniki, ouvert en septembre 1941, a fermé à l'automne 1943, mais il est impossible de savoir combien de recrues ont survécu à la guerre ou ont été jugées en Union soviétique.

Toutefois, six officiers SS allemands du camp, dont l'officier commandant Karl Streibel, ont été reconnus non coupables en 1977 lors d'un procès à Hambourg ayant argué qu'ils ne savaient pas pourquoi leurs recrues étaient formées, selon M. Kühl.