
Alors que la Ligue arabe doit se réunir le 15 avril, plusieurs acteurs régionaux s’activent pour réintégrer la Syrie dans ses rangs. Suspendue en 2011 de l’organisation régionale, le retour de Damas est loin de faire l’unanimité.
Assad va-t-il de nouveau s’asseoir à la table de la Ligue arabe ? À l’approche du prochain sommet de l’organisation, qui se tiendra le 15 avril en Arabie saoudite, certains membres tels que l’Irak, l’Égypte, l’Algérie ou encore la Tunisie s’activent en ce sens. Mais ils sont confrontés à une forte opposition au sein même de l’institution.
Il y a quelques semaines, le ministre des Affaires étrangères irakien, Ibrahim al-Jaafari, a critiqué l’absence de la Syrie depuis sa suspension provisoire en 2011 et appelé à “suspendre la participation des délégations syriennes [de l’opposition] aux réunions de la Ligue”.
Ces efforts de Bagdad, allié de Damas et Téhéran, accompagnent une “course contre la montre pour que la Syrie soit réadmise avant le sommet”, analyse Hasni Abidi, politologue chargé de cours à l’Université de Genève, auteur de “Moyen-Orient, le temps des incertitudes” (Éd. Erick Bonnier)
Selon lui, si l’Irak, l’Égypte, l’Algérie et la Tunisie militent publiquement en faveur de Damas, d’autres États comme le Koweït et le sultanat d’Oman seraient prêts à laisser Bachar al-Assad reprendre son siège, mais plus discrètement.
“Pour être présent, Assad doit recevoir une invitation de la Ligue, ce qui me semble difficile. Mais une intégration graduelle, avec une participation de représentants syriens aux réunions des ambassadeurs ou des ministres des Affaires étrangères est possible. C’est en tous cas l’objectif, qui relèverait par ailleurs de l’exploit. Le temps presse”, poursuit-il.
Les pays du Golfe "veulent lui compliquer la tâche"
Ce combat des alliés de Damas est cependant illusoire pour le spécialiste du Moyen-Orient Fabrice Balanche. “Certes, la Ligue arabe est au Caire et son secrétaire général est égyptien, mais ce sont les pays du Golfe qui payent et qui la contrôlent. S’ils le refusent, la Syrie ne reviendra pas. Ils exercent une sorte de droit de véto non-officiel”, avance le maître de conférence à l’université Lyon-II et chercheur invité à Standford, rappelant que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis restent hostiles au régime syrien.
En effet, le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane - dit MBS - a déclaré le 29 mars dernier lors d’une visite aux États-Unis que “les troupes américaines devraient rester au moins à moyen terme, si ce n’est à long terme [en Syrie]”, rapporte le magazine Time. Une déclaration loin de signaler un apaisement des relations entre Riyad et Damas.
“Même si, dans les faits, Assad a gagné cette guerre, [les pays du Golfe] veulent lui compliquer la tâche. [...] Le réintégrer voudrait symboliquement dire : on efface tout, on lâche complètement l’opposition syrienne, on passe à la transition politique. On en est pas là”, tranche Fabrice Balanche.
L'éventualité d’un retour du régime à la Ligue arabe serait “une revanche [...], une dynamique de reconnaissance et de re-légitimation vis-à-vis de l’extérieur”, ajoute Hasni Abidi, qui affirme que les États arabes sont désormais pendus aux lèvres de la Russie. “Une fois qu’ils seront sûrs que la Russie ne sacrifiera pas Assad, ils devront l’inviter”, détaille-t-il, avant de préciser que certains “préféreraient attendre les prochaines élections et le verdict du peuple syrien, pour que ‘ça passe mieux’”.