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BNP Paribas provisionne un milliard d'euros de primes pour ses traders

BNP Paribas confirme avoir passé environ un milliard d'euros de provisions au titre des bonus des traders de sa division de banque de financement et d'investissement, comme l'indiquait le quotidien Libération.

La banque BNP Paribas, devenue la première banque de dépôt en Europe après avoir racheté la banque belge Fortis en mai 2009, a publié des résultats semestriels en hausse. Une lecture détaillée des chiffres révèle que la banque prévoit d’allouer un milliard d’euros de bonus aux employés de son secteur de banque d’affaires et d’investissement, selon le quotidien Libération.

La banque a annoncé un bénéfice net en hausse de 6,6% à 1,604 milliard d'euros au deuxième trimestre grâce notamment à des résultats meilleurs qu'attendu dans ses activités de marché. Le quotidien britannique Financial Times a appelé la BNP "l’une des banques les plus résistantes à la crise financière".

Mais la décision de la BNP d’attribuer des bonus passe mal dans l’opinion publique française, quelques mois à peine après que le ministère des Finances accorde 2,55 milliards d’euros de fonds publics à la banque alors en difficulté.

La BNP a confirmé les chiffres avancés par Libération, en précisant que le montant d’un milliard d’euros serait divisé entre les 17 000 employés de la banque d’affaires, soit 59 000 euros en moyenne par personne. La banque a également expliqué que le montant estimé n’était pas définitif, étant donné que l’attribution de bonus n’est  décidée qu’en fin d’année.

Un respect scrupuleux des règles du G20

"Nous sommes l’une des seules banques au monde à respecter les règles pour les bonus établies par le G20", affirme la BNP dans un communiqué. "Les chefs d’Etat réunis dans le cadre du dernier G20 de Londres ont, non pas proscrit ces bonus, mais édicté des règles pour éviter les dérives qui ont favorisé la crise", a-t-il ajouté, en précisant ces règles. "Pas de bonus garanti sur plusieurs années, calcul du bonus en fonction du résultat net après coût du risque et étalement partiel sur plusieurs années du paiement permettant aux risques éventuels de se matérialiser", explique un porte-parole de la banque à l’AFP.

Geoffroy Wood, professeur d’économie à la Cass Business School de Londres, explique que des facteurs justifiant l’attribution de bonus ne sont pas toujours connus du public. "Les bonus ne sont pas toujours basés sur la performance de l’année passée, mais sur un projet qui s’est déroulé sur plusieurs années. Si une équipe a mené à bien un projet sur le long terme qui rapporte beaucoup à la banque, c’est normal qu’elle soit récompensée", affirme-t-il à FRANCE 24.

La BNP n’a, pour le moment, pas évoqué ce type de justification et celles avancées en réponse à l’article de Libération semblent "un peu légères" au goût du professeur Wood. "Ce n’est pas impossible que la BNP doive se rétracter si l’opinion publique réagit trop mal à cette décision", estime-t-il.

Exigence de transparence

Interrogé sur cette question des bonus sur la radio RMC, René Ricol, le médiateur du crédit, a rappelé l'exigence de "transparence pour savoir si on a bien mis un terme aux errements et aux rémunérations excessives [...] qui poussent toujours à des prises de risques excessives".

Dans l'article de Libération, "on parle d'un milliard pour 17 000 salariés [...]. Mais moi, [ce qui m'importe], c'est pas le milliard sur 17 000 salariés, parce que si le milliard est réparti entre 17 000 salariés, je suis content pour chacun des salariés", a-t-il expliqué. Ajoutant: "Moi, ce qui m'intéresse, c'est de savoir si on a à nouveau des errements de rémunération, des rémunérations à 30 ou 40 millions d'euros. C'est ça que je veux savoir."