
Le procès le plus attendu de l'année en Grande-Bretagne débute ce lundi. Deux ans après le scandale du tabloïd "News of the World", deux ex-rédacteurs en chef, proches de David Cameron, comparaissent pour des écoutes téléphoniques.
Deux anciennes personnalités parmi les plus influentes des médias britanniques sont aujourd’hui sur le banc des accusés. Les ex-rédacteurs en chef du tabloïd "News of the World", Rebekah Brooks et Andy Coulson, tous deux âgés de 45 ans, vont devoir notamment répondre d’accusations d’écoutes téléphoniques et de corruption de fonctionnaires, lors d’un retentissant procès qui s’ouvre ce lundi à Londres.
Cette affaire dite du "phone hacking" avait débutée en juillet 2011, lorsque les Britanniques avaient appris, stupéfaits, que le téléphone portable de Milly Dowler, une jeune écolière disparue puis retrouvée assassinée, avait été mis sur écoute par ce journal, propriété du milliardaire Rupert Murdoch. Les responsables de "News of the World" ont par la suite été accusés d’avoir intercepté illégalement les communications de plus de 600 personnalités dont les stars Angelina Jolie, Brad Pitt, Jude Law, Paul Mcartney ou encore le footballeur Wayne Rooney, ainsi que d’avoir corrompu des fonctionnaires dans le but d’obtenir des informations.
Rebekah Brooks est par ailleurs accusée d’avoir dissimulé des preuves aux policiers qui enquêtaient sur l’affaire, tout comme son mari Charlie, un célèbre entraîneur de chevaux. Dans les jours précédant la fermeture du journal, créé 168 ans auparavant, suite à ces révélations, elle aurait dissimulé des documents et des ordinateurs et tenté de soustraire à la police des archives de "News of The World".
Une mauvaise publicité pour David Cameron
Même si huit personnes sont poursuivies dans cette affaire, l’attention médiatique focalise sur Rebekah Brooks, la flamboyante ancienne reine des tabloïds, et Andy Coulson, ex-pilier de l’empire Murdoch. Tous deux sont en effet des proches de l’actuel Premier ministre britannique David Cameron. Alors que Rebekah Brooks entretient depuis de longues années une amitié avec le chef du gouvernement conservateur, Andy Coulson a été son conseiller politique.
Ces relations s’avèrent aujourd’hui embarrassantes pour David Cameron qui, lors du scandale des écoutes en 2011, avait continué à soutenir Rebekah Brooks avec des textos signés "Lots of Love" et employait à la même époque Andy Coulson comme directeur de la communication.
Vers une régulation de la presse britannique ?
Cette affaire a ainsi secoué "l’establishment" britannique et montré les liens troubles entre médias, politiques et forces de police. Cité par le "New York Times", Brian Cathcart, le directeur de "Hacked Off", une ONG qui milite pour une régulation des médias, explique ainsi que "les apparences comptent et que les politiciens ne devraient pas paraître si proche des propriétaires de presse". Selon lui, les hommes politiques "se sont finalement montré beaucoup trop indulgents envers les médias car ils avaient peur de la pression exercée lors des campagnes électorales".
Ce scandale s’est toutefois révélé bénéfique car il a lancé un débat dans la société britannique sur les pratiques des tabloïds et la bienveillance des politiques. Créée à la suite de cette affaire, une commission d’enquête publique sur la déontologie de la presse a décidé de mettre en place une instance de régulation. Comme le rappelle le "Financial Times", le Privy Council (NDLR :le Conseil privé de Sa Majesté) doit justement statuer ce mercredi sur cette charte. Pour le journal économique, ce calendrier qui coïncide avec le procès pourrait "profiter aux partisans d’une régulation plus sévère", ce qui fait d’ailleurs "peur à certains patrons de groupes de médias" qui y sont opposés.
L’issue du procès ne sera en tout cas pas connue avant de longs mois. D’après le "Guardian", il pourrait "s’agir du plus long procès" de l’histoire récente. Près de 100 témoins doivent être entendus jusqu’au mois d’avril. Jusqu’à présent, les huit accusés ont plaidé non coupable. Ils ont d'ailleurs le soutien du milliardaire Rupert Murdoch, qui a récemment déclaré sur son compte Twitter que "tout homme est présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable".