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À peine sorti de garde à vue, l’opposant Alioune Tine rejoint la marche contre Wade

Opposé à la candidature d'Abdoulaye Wade à la présidentielle sénégalaise, l'opposant Alioune Tine dénonce un "coup d’État institutionnel." Après 48 heures passées derrière les barreaux, le cofondateur du Mouvement du 23-Juin veut continuer le combat.

Alioune Tine n’était pas chez lui le samedi 28 janvier lorsque des "malabars hyper musclés" sont venus le chercher, confie à FRANCE 24 l’opposant sénégalais et cofondateur du Mouvement du 23-Juin (M23). Mais ils ont fini par le trouver et l’intervention de son avocat n’aura pas suffi à lui éviter la garde à vue. Libéré lundi soir après plus de 48 heures passées derrière les barreaux, ce défenseur des droits de l’Homme n’a pas hésité à s’associer aux manifestations de ce mardi contre la candidature d'Abdoulaye Wade à sa propre succession.

Définitivement validée le 29 janvier par le Conseil constitutionnel, la candidature du président sortant, âgé de 85 ans, pour un troisième mandat est fortement critiquée par l’opposition qui dénonce un "coup d’État institutionnel." En revanche, Wade a obtenu du Conseil l'invalidation de la candidature de trois de ses opposants. Le chanteur Youssou N'Dour n’a, lui non plus, pas été autorisé à se présenter le 26 février prochain. Motif : un nombre insuffisant de signatures valides.

Une situation vécue comme une injustice par le M23, un collectif regroupant opposition et société civile, qui a organisé le 27 janvier des manifestations au cours desquelles un policier a été tué.

Ce mardi, de nouveau, les opposants ont tâché de faire entendre leur voix dans Dakar. La manifestation, d’abord interdite, a finalement été autorisée par les autorités.

"Pas des assassins"

De ses deux jours derrière les barreaux, le coordonnateur du mouvement garde un souvenir amer. "On m’a placé dans un endroit insalubre, tellement sale que j’ai dû dormir debout", commente-t-il.

Questionné par les forces de l’ordre sur la mort du policier lors des rassemblements du 27 janvier, le président de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (Raddho), une ONG œuvrant pour les droits de l’Homme, réplique : "Les membres du M23 ne sont pas des assassins".

Le M23, "un mouvement citoyen qui agit dans la résistance active," comme le définit son chef de file, appelle à des rassemblements pacifiques. Les membres sont environ 400, pour la plupart issus de la classe moyenne érudite de la population sénégalaise. "Tous les partis d’opposition y sont représentés. Mais nous regroupons aussi des associations, des mouvements citoyens et des personnalités indépendantes. Tous ont répondu à l’appel le 23 juin 2011."

Les principales revendications concernent l’invalidation de la candidature de Wade et la mise en place d’un processus électoral transparent et démocratique. Au sein du mouvement, une antenne, judicieusement appelée "clarté", a d’ailleurs été chargée de cette dernière mission.

Mettre Wade hors concours

"Nous agirons jusqu’à la tenue du scrutin. Nous avons confiance en l’action que nous menons. Et aujourd’hui, la question de la légalité de la décision du Conseil constitutionnel est largement levée," se félicite-t-il.

Réagissant aux évènements violents dans le pays, Washington a invité le 30 janvier le président Wade à "laisser la place à la prochaine génération" et à ne pas briguer un troisième mandat à la tête du Sénégal. La France a, quant à elle, regretté l’exclusion de certaines tendances politiques lors la présidentielle sénégalaise.

"Fatigué mais heureux d’être libre", Alioune Tine balaie d’un revers de la main un éventuel échec de l’action du M23. "Nous n’envisageons pas d’autres options que celle d’empêcher Wade de commettre ce coup d’État. Nous avons joint à notre cause la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest [Cédéao], l’Union européenne [UE] et les États-Unis. La prochaine étape sera l’Union africaine [UA]."

Crédit photo : Facebook.