
La base militaire américaine de Pituffik au Groenland pourrait servir à bâtir le système de défense anti-missile du Dôme d'or. Il n'est pas nécessaire pour Washington d'acquérir l'ensemble du Groenland pour ça. © AFP - Thomas Traasdahl
Donald Trump a trouvé un nouvel argument pour justifier son ambition de mettre la main américaine sur le Groenland. Ce territoire dépendant actuellement du Danemark serait "vital pour le Dôme d'or que nous construisons", a assuré le président américain sur son réseau social Truth Social, mercredi 14 janvier.
C’est la première fois que Donald Trump ne se contente pas de brandir l’impératif de sécurité nationale sans donner plus de détails. Cette fois-ci, le locataire de la Maison Blanche intègre le Groenland dans un projet concret. Même si le système de défense du Dôme d'or a encore des contours pour le moins flous.
La version trumpienne de la "guerre des Étoiles"
Ce projet, annoncé en mai 2025 par Donald Trump, "s’inspire du système de défense antiaérien israélien et vise à protéger le territoire américain contre les missiles balistiques intercontinentaux", explique Matthew Powell, spécialiste des questions de défense aérienne à l’université de Portsmouth.
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Le Dôme d'or est encore en phase préparatoire, et personne ne sait s’il verra le jour. "Le principal obstacle à sa réalisation est son coût, estimé à plus de 170 milliards de dollars", assure Andrew Gawthorpe, spécialiste de l’histoire de la politique étrangère américaine à l’université de Leyde.
Sur le papier, cette version trumpienne du projet de "guerre des Étoiles" de Ronald Reagan est pour le moins ambitieuse. Sa principale spécificité réside dans "un système de détection précoce des menaces qui repose sur une constellation de satellites dans l’espace", précise Matthew Powell. "Les intercepteurs [l'équivalent de missiles anti-missiles, NDLR] devraient également être lancés depuis l’espace", ajoute Liviu Horovitz, spécialiste des questions de défense internationale à la Stiftung Wissenschaft und Politik (SWP – Fondation Science et Politique de Berlin).
Il s’agit donc d’un "dôme" de défense à construire essentiellement dans l’espace. Le Groenland est pourtant bel et bien situé sur Terre… En réalité, "il faudra tout de même des structures au sol, que ce soit pour la communication entre les éléments dans l’espace et la Terre, mais aussi pour avoir quelques lanceurs d’intercepteurs", précise Andrew Gawthorpe.
Le Groenland plutôt que l'État de New York ?
C’est ainsi que Donald Trump a érigé le Groenland comme nouvelle pièce essentielle à l’architecture terrestre du Dôme d'or. De quoi plonger les experts dans un océan de perplexité. "Je n’ai aucune idée des raisons pour lesquelles le président américain estime qu’il a besoin du Groenland pour construire ce système de défense", reconnaît Liviu Horovitz.
En effet, le département de la Défense a déjà cartographié les emplacements potentiels pour établir les infrastructures terrestres du Dôme d'or. Le Groenland n’en faisait pas partie. "L’État de New York a été identifié comme un emplacement idéal pour y installer la base d’intercepteurs de la côte est des États-Unis", note le spécialiste des questions de défense internationale.
Le Pentagone a prévu une enveloppe de 25 millions de dollars pour aménager cette base au sein de la base militaire de Fort Drum, qui se situe non loin de la frontière avec le Canada.
Le Groenland dispose d’un avantage éventuel sur Fort Drum, situé à plus de 3 000 km. Plus au nord et plus proche de la Russie, "il pourrait permettre de réagir un peu plus vite pour détecter et intercepter des missiles", estime Matthew Powell. Surtout s’ils étaient lancés depuis l’ex-rival numéro 1 des États-Unis.
La base de Pituffik suffit
Ce qui ne signifie pas que les États-Unis doivent absolument acquérir tout le Groenland pour y installer une partie du Dôme d'or. Ils disposent, en effet, de la base militaire de Pituffik – d'ailleurs qualifiée de base spatiale – sur place, qui pourrait suffire, d’après les experts interrogés par France 24.
Cette base sert déjà à la détection précoce de missiles et "un accord de 1951, révisé en 2004, entre les États-Unis et le Danemark permet à Washington de l’aménager à sa guise pour des raisons de sécurité, à condition d’avoir l’accord du Danemark et du Groenland", explique Andrew Gawthorpe.
"Historiquement, le Danemark a été très accommodant envers les demandes de Washington concernant Pituffik. Dans le contexte diplomatique et géopolitique actuel, Copenhague devrait en toute logique ne pas s’opposer à un tel plan", estime Liviu Horovitz. Surtout si cela permet au Groenland d’échapper à la mainmise américaine. Rien n’empêche donc Donald Trump de transformer d’ores et déjà Pituffik en fer de lance oriental du Dôme d'or.
Sauf si Washington ne veut rien avoir à demander au Danemark. "Les Américains peuvent se montrer un peu tatillon sur les questions de sécurité nationale", note Matthew Powell. Pour cet expert, Washington veut peut-être mener un projet aussi sensible uniquement sur un territoire 100 % américain. Même si "demander l’autorisation à Copenhague ne nécessite pas que les États-Unis partagent les détails de leur projet pour Pituffik", nuance Matthew Powell.
Le plus probable serait en réalité que Donald Trump ait invoqué le Dôme d’or pour "vendre son projet d’acquisition du Groenland à l’opinion publique américaine", estime Andrew Gawthorpe. Il n’y a que 17 % des Américains qui sont favorables à cette ambition trumpienne, d’après un nouveau sondage Ipsos publié jeudi 15 janvier.
Donald Trump estime probablement "qu’il est plus populaire de dire que les États-Unis ont besoin du Groenland pour protéger Chicago ou une autre grande ville américaine de la menace des missiles russes ou chinois, plutôt que d’affirmer qu’il veut ce territoire pour avoir accès à ses ressources naturelles", conclut Andrew Gawthorpe.
