
Des véhicules circulent dans le centre-ville de Téhéran, en Iran, le 16 janvier 2026. © Vahid Salem, AP
La répression meurtrière en Iran semble avoir largement étouffé les manifestations pour le moment, selon des habitants et un groupe de défense des droits, les médias officiels faisant par ailleurs état de nouvelles arrestations vendredi 16 janvier dans un contexte de menaces répétées d'intervention des États-Unis dans le cas où les tueries se poursuivraient.
Les perspectives d'une offensive américaine se sont toutefois éloignées depuis que le président Donald Trump a déclaré, mercredi, que la répression paraissait s'atténuer, puis affirmé vendredi que Téhéran avait renoncé à sa demande à exécuter 800 manifestants.

"Je respecte profondément le fait que toutes les pendaisons prévues, qui devaient avoir lieu hier (plus de 800), aient été annulées par les dirigeants iraniens. Merci !", a-t-il écrit sur les réseaux sociaux.
Les autorités iraniennes n'ont jamais dit avoir l'intention de procéder à de telles exécutions.
Les alliés de Washington, notamment l'Arabie saoudite et le Qatar, ont mené une campagne diplomatique intense cette semaine pour empêcher un assaut américain, mettant en garde contre des répercussions sur l'ensemble de la région qui auraient finalement des conséquences pour les États-Unis, selon un responsable du Golfe.
Le directeur du Mossad aux États-Unis pour discuter de l'Iran
La Maison Blanche a déclaré jeudi que Donald Trump et son équipe avaient averti Téhéran de "graves conséquences" en cas de nouvelle effusion de sang. Sa porte-parole, Karoline Leavitt, a affirmé que le président gardait "toutes ses options sur la table".
Les manifestations ont éclaté le 28 décembre en raison de l'inflation galopante en Iran, dont l'économie est paralysée par les sanctions, devenant par la suite l'un des plus importants mouvements de contestation que le régime islamique ait connu depuis la révolution de 1979 qui l'a conduit au pouvoir.
David Barnea, le directeur du Mossad israélien, se trouvait aux États-Unis vendredi pour des discussions sur l'Iran, a indiqué une source au fait de ce déplacement, ajoutant qu'il devait rencontrer l'émissaire de la Maison Blanche Steve Witkoff.
Le bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu n'a pas répondu dans l'immédiat à une demande de commentaire.
Des déploiements de l'armée américaine envisagés
L'armée américaine devrait en outre envoyer des capacités défensives et offensives supplémentaires dans la région au cas où Donald Trump ordonnerait une attaque, mais la composition exacte de ces forces et le calendrier de ce déploiement restent encore flous, a déclaré un responsable américain sous couvert d'anonymat.
Le Commandement central de l'armée américaine n'a pas souhaité faire de commentaire.
Alors que les informations en provenance d'Iran se sont raréfiées en raison d'une coupure d'Internet mise en œuvre par les autorités, des habitants de Téhéran ont déclaré que la capitale était calme depuis dimanche et ont fait état de drones survolant la ville, sans signes de manifestations jeudi ou vendredi.
Selon l'association irano-kurde de défense des droits Hengaw, aucun rassemblement n'a eu lieu depuis dimanche, mais "l'environnement sécuritaire demeure extrêmement restrictif". "Nos sources indépendantes confirment une forte présence militaire et sécuritaire dans les villes et villages où des manifestations ont eu lieu précédemment, ainsi que dans plusieurs endroits qui n'ont pas connu de manifestations majeures", a indiqué Hengaw, basée en Norvège, dans des déclarations à Reuters.
Une habitante d'une ville du nord du pays, au bord de la mer Caspienne, a par ailleurs déclaré que les rues y semblaient également calmes. Les habitants interrogés ont refusé d'être identifiés, pour des raisons de sécurité.
Des signes de heurts ont toutefois été signalés dans certaines régions. Selon Hengaw, une infirmière a été tuée par des tirs directs des forces gouvernementales lors de manifestations à Karaj, à l'ouest de Téhéran, une information que Reuters n'a pas été en mesure de vérifier de manière indépendante.
Le média d'État Tasnim a en outre rapporté que des émeutiers avaient incendié jeudi un centre d'éducation à Falavarjan, ville de la province centrale d'Ispahan.
Vladimir Poutine se présente en médiateur
Le président russe Vladimir Poutine a discuté vendredi de la situation en Iran lors d'appels avec Benjamin Netanyahu et le président iranien Massoud Pezeshkian, et a commencé à jouer un rôle de médiateur dans la région, selon le Kremlin.
Selon les médias d'État iraniens, Massoud Pezeshkian a dit à Vladimir Poutine que les États-Unis et Israël avaient joué un rôle direct dans le mouvement de contestation.
Les autorités iraniennes ont accusé l'étranger de fomenter des manifestations et des personnes armées – qu'elles ont identifiées comme des terroristes – de cibler les forces de sécurité et de mener des attaques.
Un décompte réalisé par l'ONG Human Rights Activists in Iran (HRANA) fait état de plus de 19 000 personnes arrêtées, tandis que le média Tasnim, affilié à l'État, avance le chiffre de 3 000 personnes détenues.
L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, affirme avoir vérifié la mort de 3 428 manifestants tués par les forces de sécurité. Elle prévient toutefois que le bilan est probablement bien plus élevé, évoquant des estimations allant de 5 000 à 20 000 morts, des chiffres dont le blackout Internet imposé le 8 janvier entrave la vérification.
Avec Reuters et AFP
