
Le 22 septembre 2009, les bulldozers démantelaient le principal campement d'étrangers en situation irrégulière de Calais, la fameuse "jungle". Un an après, si la ville a retrouvé sa tranquillité, rien ne semble réglé pour les migrants.
"L’Angleterre est très proche, à une heure de trajet, et pour cette heure j’attends depuis deux mois." À Calais, à l’embouchure du Tunnel sous la Manche, la "jungle" n’est plus, mais les migrants qui aspirent à rejoindre le Royaume-Uni sont toujours là, à l’instar de Younes. Cet Afghan de 25 ans a fui son pays après l’assassinat de son oncle par les Taliban.
Ils sont toutefois ici bien moins nombreux. Avant le 22 septembre 2009, date à laquelle a été mené le démantèlement de cet important campement d’étrangers en situation irrégulière, ordonné par le ministre de l'immigration Éric Besson, les migrants étaient environ 1 200 dans la ville (dont 700 dans ladite "jungle") et 1 500 dans la région Nord-Pas-de-Calais. Aujourd’hui, ils ne seraient plus que 200 dans la ville et 500 dans la région.
"Il y a encore des mouvements [de population], mais, depuis un an, Calais connaît une certaine tranquillité", résume la maire de Calais, Natacha Bouchart, interrogée par l’AFP. "Il est vrai que les habitants de Calais subissent moins de pression", reconnaît Pierre Henry, directeur général de l’association France Terre d’asile. "Du point de vue de l’ordre public et de la dignité des personnes, il me paraissait indispensable d’en finir avec ce lieu d’hébergement à ciel ouvert", estime-t-il.
"Harcèlement policier"
"La politique de dissuasion du ministre de l’Immigration a porté ses fruits, mais à quel prix ?", se demande toutefois, sur son site Internet, le Secours catholique, qui dénonce un "harcèlement policier" à l’encontre des migrants toujours sur place. "Les forces de police sont très présentes à Calais, il y a un harcèlement permanent. Dès qu’il y a un groupe, elles interviennent de manière puissante", confirme Pierre Henry.
Les migrants, jadis concentrés au sein de la "jungle", sont désormais "dispersés", explique François Picard, journaliste pour France 24 qui s'est rendu sur place il y a quelques jours. "Ils se trouvent le long de la côte, depuis Cherbourg jusqu'aux Pays-Bas, en petits groupes, ajoute-t-il. Ils savent que s’ils se regroupent, ils sont plus susceptibles d’être arrêtés." Le problème, poursuit le journaliste, c’est qu’ils sont ainsi plus vulnérables, donc "davantage à la merci des passeurs qui travaillent avec des réseaux de crime organisé".
L'Europe à la rescousse ?
"J’avais approuvé le démantèlement, mais sous conditions, se souvient Pierre Henry. Il fallait des capacités d’hébergement, un accompagnement en préfecture des migrants et une solution européenne. Or, rien de tout cela n’a été trouvé."
La solution européenne que Pierre Henry préconise : l’application d’une directive de 2001 qui permet au Conseil de l’Union européenne d’accorder une protection temporaire à des migrants "en cas d'afflux massif de personnes déplacées" qui ne peuvent "retourner dans leur pays d'origine dans des conditions sûres". Le Conseil prend cette décision à la majorité qualifiée sur proposition de la Commission. Celle-ci peut alors agir de son propre chef ou être saisie par un État membre.
Contenu de la "protection temporaire" en question : l’attribution d'un titre de séjour, l’autorisation d'exercer une activité professionnelle, l’accès à un hébergement, à des soins médicaux... Pour mettre en œuvre ces mesures, les États "bénéficient du soutien du Fonds européen pour les réfugiés", indique la directive.
"En France, le Parlement a refusé de saisir le Conseil, estimant que quelques milliers d’Afghans en permanence sur le sol français ne constituaient pas un afflux massif", regrette Pierre Henry.