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Au Venezuela, première grande manifestation de l'opposition depuis la chute de Maduro
Des milliers de personnes participent, jeudi, à la première grande manifestation d'opposition depuis la capture de Nicolas Maduro lors d'une opération américaine début janvier. Cette mobilisation a lieu le jour où l'Assemblée nationale entame le débat final en vue de l'adoption d'une loi d'amnistie devant conduire à des libérations massives de prisonniers politiques.
Des étudiants, opposants au gouvernement et proches de prisonniers politiques participent à une marche à Caracas, au Venezuela, le 12 février 2026. © Juan Barreto, AFP

Journée cruciale au Venezuela : alors que l'Assemblée nationale entame, jeudi 12 février, le débat final en vue de l'adoption d'une loi d'amnistie générale, des milliers de personnes prennent part à la première grande manifestation d'opposition depuis la chute de Nicolas Maduro.

"On n'a pas peur !", ont scandé des milliers de personnes qui se sont rassemblées à l'université centrale du Venezuela (UCV) de Caracas pour une première grande mobilisation depuis la capture de Nicolas Maduro par l'armée américaine, le 3 janvier.

"Amnistie maintenant", peut-on lire sur une banderole déployée à l'entrée de l'UCV, la plus grande université du pays et le lieu d'une critique du chavisme, la doctrine d'inspiration socialiste fondée par le feu président Hugo Chavez (1999-2013). 

La loi d'amnistie générale a été promise, sous pression américaine, par la présidente par intérim Delcy Rodriguez, qui a aussi ouvert au privé les vastes ressources pétrolières du Venezuela ou ordonné la fermeture de la tristement célèbre prison de l'Hélicoïde, dénoncée comme un centre de torture par l'opposition et les militants des droits humains.

La discussion du projet de "loi d'amnistie pour la coexistence démocratique", qui doit permettre la libération de l'ensemble des détenus politiques, est le seul point à l'ordre du jour de l'Assemblée.

Vers une libération de tous les prisonniers politiques au Venezuela

La loi avait été approuvée en première lecture, le 5 février dernier. Le second débat pour son adoption définitive était initialement prévu mardi, mais il a été repoussé en raison du processus de consultation publique obligatoire avant l'adoption d'une loi. Des juristes, des dirigeants de l'opposition et même des familles de prisonniers politiques y ont participé. 

Le procureur général Tarek William Saab a également répondu à l'appel aux côtés d'autres membres du pouvoir judiciaire.

"Nous méritons la paix, que tout soit débattu par le dialogue", a déclaré Tarek William Saab dans un entretien avec l'Agence France-Presse (AFP). L'amnistie, a-t-il estimé, doit en conséquence conduire à un geste des États-Unis : la libération du président déchu Nicolas Maduro et son épouse, détenus à New York.

Jorge Rodriguez, frère de Delcy Rodriguez, qui préside le Parlement, a annoncé la semaine dernière que l'adoption de la loi se traduirait par la libération de tous les prisonniers politiques. "Une fois cette loi approuvée, le jour-même, ils sortiront tous", a-t-il promis devant des cellules de la police nationale, à Caracas.

Le vote de la loi d'amnistie coïncide avec la visite de deux jours au Venezuela du ministre américain de l'Énergie, Chris Wright, qui visite des champs de pétrole jeudi en compagnie de la présidente par interim. Mercredi, il avait évoqué un "tournant" dans les relation bilatérales, soulignant que "la mise en quarantaine du pétrole (vénézuélien) est pour l'essentiel terminée".

"Aujourd'hui, nous nous levons, nous nous unissons et nous nous rassemblons"

Signe des tensions au sein du pouvoir, un leader de l'opposition, Juan Pablo Guanipa, a été libéré de prison dans le cadre des remises en liberté dimanche, mais à nouveau arrêté 12 heures plus tard avant d'être envoyé à Maracaibo, assigné à résidence.

Les autorités l'ont accusé d'avoir violé sa liberté conditionnelle après avoir réclamé des élections, lors d'une manifestation avec des proches de prisonniers politiques. 

"LE VENEZUELA SERA LIBRE ! Vive nos étudiants !", s'est réjouie sur X la cheffe de l'opposition et Prix Nobel de la paix, Maria Corina Machado, accompagnant son message d'une vidéo montrant une partie de la manifestation. 

"Nous avons passé beaucoup de temps dans la clandestinité, muets, silencieux face à tout ce que le Venezuela a vécu avec la répression (...), mais aujourd'hui, nous nous levons, nous nous unissons et nous nous rassemblons tous pour exiger chacune des revendications nécessaires pour ce pays", a affirmé à l'AFP Dannalice Anza, étudiante en géographie de 26 ans, présente à la manifestation de jeudi.

"Le pays entre en ce moment dans un processus de réconciliation, de reconnaissance mutuelle, où la pluralité doit être indispensable. La façon de penser de chacun d'entre nous doit être respectée", a-t-elle ajouté.

Le pouvoir a de son côté aussi organisé une manifestation, qui a attiré des milliers de participants en cette journée de la Jeunesse.

Avec AFP