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Pédocriminalité : "Permettre aux victimes de Jacques Leveugle de se manifester"
Le parquet de Grenoble a lancé mardi un appel à témoins international concernant Jacques Leveugle, 79 ans, accusé de viols et agressions sexuelles aggravés sur 89 mineurs dans plusieurs pays entre 1967 et 2022, mais aussi du meurtre de sa mère et de sa tante. 

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Photos diffusées par la Gendarmerie nationale française le 10 février 2026 de Jacques Leveugle, un homme de 79 ans qui avait été inculpé en 2024 pour viol aggravé et agression sexuelle dans plusieurs pays entre 1967 et 2022. © France 24
05:34

Une affaire hors norme et un suspect dont l'identité a été exceptionnellement dévoilée pour obtenir des témoignages. Le parquet de Grenoble a lancé mardi 10 février un appel à témoins international concernant Jacques Leveugle, 79 ans, accusé de viols et agressions sexuelles aggravés sur 89 mineurs dans plusieurs pays entre 1967 et 2022, mais aussi du meurtre de sa mère et de sa tante.

Numéro vert gratuit et international : 0 800 20 01 42

"Diffuser des informations confidentielles et l'identité d'un mis en examen, qui reste présumé innocent, n'est pas anodin" souligne Étienne Manteaux, procureur de la République de Grenoble, interviewé sur France 24. "Mais j'ai considéré que c'était inévitable dans ce dossier parce que les enquêteurs sont aujourd'hui face à une une impasse : l'impossibilité d'identifier la moitié les noms cités dans ses mémoires" poursuit-il. 

L'enquête se concentre particulièrement sur le Maroc, "là où il y a le plus grand nombre de victimes et les faits les plus récents, jusqu'à fin 2022", précise le procureur.

15 tomes très denses" de mémoires

L'affaire de ce "personnage particulièrement complexe", qui aimait se présenter comme un "boy-lover", est arrivée sur le bureau des enquêteurs de Vizille (Isère) en 2022 lorsque le neveu du suspect, qui avait des "soupçons" quant aux agissements de son oncle, leur a remis des clés USB lui appartenant.

Ils y ont découvert "15 tomes très denses" de mémoires dans lesquels il apparaît que l'homme s'était livré pendant des décennies à des rapports sexuels avec des garçons mineurs de 13 à 17 ans en France métropolitaine, en Nouvelle-Calédonie, ainsi qu'en Algérie, Suisse, Allemagne, Colombie, Inde mais aussi au Portugal, au Maroc, au Niger et aux Philippines.

"Il a parcouru ces différents pays et dans chacun de ces lieux où il va s'installer pour faire du soutien scolaire, être enseignant, il va rencontrer des jeunes et il va avoir des relations sexuelles" avec eux, détaille le procureur. Les enquêteurs recensent 89 victimes à ce jour.

L'ancien éducateur, qui n'avait pas de casier judiciaire, a été mis en examen et placé en détention provisoire en février 2024 pour viols et agressions sexuelles aggravés. Il est actuellement en détention provisoire.

Mais le septuagénaire admet également dans ses mémoires avoir volontairement donné la mort à deux personnes : d'abord à sa mère en 1974, alors qu'elle souffrait d'un cancer en phase terminale à Maisons-Laffitte (Yvelines), qu'il a "étouffée avec un coussin" afin "d'abréger ses souffrances".

Puis en 1992, il récidive avec sa tante, résidente en Suisse à laquelle il était "très lié", avec le même mode opératoire. Âgée de 92 ans, elle n'était pas malade mais "vulnérable et fragile", et il a décidé "de lui donner la mort également", selon Etienne Manteaux.

Mur du silence

Dans le dossier des viols et agressions, à ce jour environ 150 personnes ont été entendues, mais seulement deux ont décidé de se porter partie civile, a indiqué le procureur à l'AFP.

"Il y a une vraie ambivalence des victimes, c'est un peu la singularité de ce dossier" a expliqué le colonel Procédès, évoquant un phénomène "d'emprise", une "toile tissée par cet homme autour de chacun des jeunes, où il s'investissait intellectuellement pour mieux assouvir ses pulsions sexuelles".

Deux numéros verts ont été mis en place : le 0 800 20 01 42 pour l'Hexagone et le 00 687 05 06 00 pour la Nouvelle-Calédonie (appels gratuits).

L'appel à témoins vise ainsi à "aller chercher" des victimes non identifiées, ou qui n'apparaissent dans les documents "que par leur surnom ou leur prénom", a expliqué le colonel Procédès.

Car de fait, "le temps presse", a souligné le procureur, évoquant l'âge du prévenu mais aussi les questions de prescription pour les crimes sexuels dont il est soupçonné (20 ans après la majorité jusqu'en 2018 et 30 ans depuis) et qui excluraient ainsi "a priori" les faits commis avant 1993.

"Si des victimes souhaitent se manifester, qu'elles le fassent maintenant, parce qu'il faudra, dans l'année 2026, clôturer cette information judiciaire", a-t-il conclu.

Avec AFP