
Ben Ogden, des États-Unis, célèbre sa médaille d'argent remportée en sprint classique masculin de ski de fond aux Jeux olympiques d'hiver de 2026, à Tesero, en Italie, le 10 février 2026. AP - Matthias Schrader
Les Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina se sont transformés en quelques jours en terrain d'affrontement entre les athlètes américains et le président américain Donald Trump, plusieurs concurrents ayant exprimé des critiques à l'égard de son administration.
Depuis 2021, l'article 50 de la Charte olympique interdit tout geste à caractère politique sur le podium des médaillés, mais les athlètes sont autorisés à exprimer leurs opinions lors de conférences de presse et sur les réseaux sociaux. L'ire de plusieurs concurrents lors des Jeux olympiques d'hiver de 2026 en Italie est liée à la politique d'immigration de l'administration Trump, et en particulier aux tactiques employées par les agents de l'Immigration and Customs Enforcement (ICE). La mort de deux manifestants, Renee Nicole Good et Alex Pretti, abattus par des agents fédéraux à Minneapolis le mois dernier, a suscité l'indignation aux États-Unis.
"Fuck ICE"
Le skieur acrobatique britannique Gus Kenworthy, médaillé d'argent aux Jeux olympiques de 2014 pour les États-Unis, mais qui représente désormais son pays natal, a lancé les hostilités le 4 février en se fendant d'un "J'emmerde ICE" ("Fuck ICE") écrit sur la neige, en référence à la police fédérale américaine de l'immigration, aux méthodes aussi violentes que décriées. "Des innocents ont été tués, et ça suffit. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés pendant que l'ICE continue d'opérer avec un pouvoir incontrôlé", a-t-il écrit dans un post sur son compte Instagram.
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Accepter Gérer mes choixDepuis la publication de cette photo, le skieur, qui possède aussi un passeport américain, affirme avoir reçu de nombreux messages de soutien, mais aussi des menaces de mort. "Des gens qui me disent de me suicider, qui me menacent, qui souhaitent me voir me blesser gravement au genou ou me briser le cou pendant mon épreuve, qui m’insultent… C’est de la folie", a-t-il raconté dans une vidéo sur Instagram. "Je pense que c’est important de dire ce que nous ressentons et de nous engager contre l’injustice. J’ai été très fier de voir d’autres athlètes prendre position".
Plusieurs sportifs américains ont ainsi critiqué Donald Trump. Le skieur acrobatique Hunter Hess s'est même attiré les foudres du locataire de la Maison Blanche après avoir exprimé ses "émotions mitigées" à l'idée de représenter les Etats-Unis, lors d'une conférence de presse le 4 février en marge des JO de Milan Cortina. "C'est un peu difficile. Il y a évidemment beaucoup de choses qui se passent dont je ne suis pas un grand fan, et je pense que beaucoup de gens ne le sont pas", a-t-il dit, sans évoquer directement la crise déclenchée par l'offensive anti-immigration lancée par l'administration de Donald Trump ni les tensions sur la scène internationale. "Ce n'est pas parce que je porte un drapeau que je représente tout ce qui se passe aux États-Unis", a-t-il ajouté.
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Accepter Gérer mes choixEn réponse, Donald Trump l'a qualifié dimanche de "raté" sur son réseau Truth Social, estimant qu'il ne représente pas son pays durant les Jeux olympiques en cours. Si c'est le cas, il n'aurait pas dû tenter d'intégrer l'équipe et c'est bien dommage qu'il en fasse partie".
Le vice-président américain JD Vance, qui représentait les États-Unis à la cérémonie d'ouverture vendredi à Milan et qui a été hué quand son visage est apparu brièvement sur les écrans géants du stade San Siro, a lui aussi réprimandé les athlètes qui ont exprimé des opinions politiques et les a exhortés à s'en tenir au sport. Il a insisté lors d'un déplacement mercredi à Bakou, en Azerbaïdjan : "Vous êtes là pour faire du sport. Vous êtes là pour représenter votre pays et, si tout va bien, remporter une médaille. Vous n'êtes pas là pour parler politique". Il les a aussi encouragé "à ne pas se présenter dans un pays étranger et à attaquer le président".
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Accepter Gérer mes choixDe nombreuses prises de position
Face à ces attaques, des membres de l'équipe américaine ont soutenu Hunter Hess. "Je trouve que ce que Hunter a dit était parfaitement correct, pas provocateur, et ne créait aucun gros problème", a estimé mardi le fondeur américain Ben Ogden, médaillé d'argent du sprint. "J'aimerais croire que je vis dans un pays où on a le droit d'exprimer ses opinions sans que le président s'en prenne à vous. Mais apparemment non", a-t-il poursuivi.
Hunter Hess a aussi reçu l'appui de la superstar américaine du snowboard, Chloe Kim, qui a appelé à plus d'"amour et de compassion" en réaction aux attaques de Trump. "Je pense que dans des moments comme celui-ci, il est vraiment important de s'unir et de se soutenir mutuellement, compte tenu de tout ce qui se passe, et je suis très fière de représenter les États-Unis", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse de l'équipe américaine de snowboard à Livigno.
Dans un post sur Instagram publié avant son départ pour les JO, la championne d'origine sud-coréenne a aussi insisté sur le fait qu'elle "représente [son] pays, mais aussi celles et ceux qui ont fait le grand saut, qui sont venus dans cette magnifique nation porteurs d'espoir, de rêves et de courage. Je suis fière de mon héritage. Je suis fière de mon parcours. Et je suis fière de représenter un pays qui est le plus fort lorsqu'il célèbre la diversité, la dignité et l'espoir".
La patineuse artistique américaine Amber Glenn, médaillée d'or par équipe aux Jeux olympiques dimanche, a aussi utilisé la couverture médiatique des JO pour dire qu'elle estimait que "cette administration avait été particulièrement difficile pour la communauté LGBTQ+ en général". La sportive, qui s'identifie comme pansexuelle et bisexuelle, a contesté les propos de ceux qui remettaient en question la légitimité des athlètes à exprimer leurs opinions : "Je sais que beaucoup de gens disent : 'Tu n'es qu'une athlète, occupe-toi de ton travail, tais-toi de politique', mais la politique nous concerne tous".
L'athlète de 26 ans a admis depuis qu'elle avait dû faire une pause de plusieurs jours des réseaux sociaux. "Lorsque j'ai choisi d'utiliser l'un des atouts majeurs des États-Unis d'Amérique (la liberté d'expression) pour exprimer ce que je ressens en tant qu'athlète représentant l'équipe américaine en cette période difficile pour de nombreux Américains, j'ai reçu une quantité effrayante de haine et de menaces pour avoir simplement utilisé ma voix lorsqu'on me demande ce que je ressens", a-t-elle écrit dans une story.
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Accepter Gérer mes choixD'autres champions ont en revanche été moins directs. Mikaela Shiffrin, la skieuse alpine la plus titrée de l'histoire de la Coupe du monde, a déclaré simplement avoir "quelques réflexions" lorsqu'on lui a demandé ce qu'elle ressentait à l'idée de représenter les États-Unis à un moment où le pays est profondément divisé politiquement.
La jeune femme de 30 ans, qui vise une nouvelle médaille d'or olympique, a cité Nelson Mandela, une phrase déjà utilisée par l'actrice sud-africaine oscarisée Charlize Theron lors de la cérémonie d'ouverture vendredi : "La paix n'est pas seulement l'absence de conflit. La paix, c'est la création d'un environnement où chacun peut s'épanouir, indépendamment de la race, de la couleur, des croyances, de la religion, du genre, de la classe sociale, de la caste ou de tout autre marqueur social de différence". La skieuse a déclaré que ces mots résonnaient en elle. "Pour moi, cela a un lien avec les Jeux olympiques. J'espère vraiment y participer et représenter mes propres valeurs : les valeurs d'inclusion, de diversité et de bienveillance".
Un CIO qui ne prend pas partie
Le Comité international olympique (CIO) a refusé de s'impliquer dans cette affaire, notamment lorsqu'on l'a interrogé sur les propos de Donald Trump concernant Hunter Hess. "Je ne vais pas alimenter le débat, car je ne pense pas qu'il soit constructif d'envenimer les choses de cette manière", a botté en touche lundi Mark Adams, porte-parole du CIO.
De son côté, le Comité olympique et paralympique américain (USOPC) a déclaré dans un communiqué qu'il surveille les réseaux sociaux et signale les menaces à l'encontre de ses sportifs : "Aucun athlète ne devrait avoir à affronter cela seul". S'abstenant de tout commentaire sur un athlète ou un incident en particulier, l'USOPC a simplement indiqué que "des ressources en matière de santé mentale et de sécurité sont disponibles 24 h/24 et 7 j/7 pour les athlètes de l'équipe américaine, et nous les encourageons à nous contacter dès qu'ils ont besoin de soutien".
Certains spectateurs américains présents aux épreuves de patinage artistique des Jeux olympiques de Milan n'ont en tout cas pas eu peur de prendre part au débat. Ils ont voulu adresser un message au monde entier en brandissant un drapeau devant les caméras de télévision. On pouvait lire d'un côté : "Allez l'équipe américaine !" et de l'autre : "Nous présentons nos excuses au monde pour notre mauvais comportement. Nous allons nous améliorer."
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Accepter Gérer mes choixAvec AFP, Reuters et AP
