
Candidate Les Républicains à la mairie de Paris, Rachida Dati fait campagne en multipliant les vidéos sur les réseaux sociaux. © Studio graphique, FMM
La campagne de Rachida Dati est fermée à la presse et la candidate refuse de débattre avec ses concurrents. En revanche, la ministre de la Culture et maire du 7e arrondissement ne lésine pas sur les moyens pour exister sur les réseaux sociaux et rappeler les ratés de la gauche, au pouvoir à Paris depuis vingt-cinq ans.
À l’image de ce que faisait le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani, dans sa campagne victorieuse, Rachida Dati multiplie les vidéos dans lesquelles elle se met en scène. Au petit matin avec les éboueurs, en plein jour place de la République, le soir au milieu de toxicomanes du tunnel des Halles ou en compagnie des SDF du quartier Beaubourg, la candidate Les Républicains (LR) appuie là où le bilan d’Anne Hidalgo fait mal : sur la propreté, sur certains choix écologiques et esthétiques contestés et sur quelques quartiers parisiens où le trafic de drogue, la prostitution, les squats et l’insécurité troublent les riverains.
Pensées pour donner à voir de la proximité entre la candidate et les Parisiens, y compris les plus démunis, ces vidéos cartonnent : 1,2 million de vues sur TikTok pour Rachida Dati visitant le tunnel des Halles, 2,5 millions de vues pour Rachida Dati portant un gilet jaune fluo et ramassant les poubelles, 3,1 millions de vues pour Rachida Dati parlant avec des SDF dans le quartier Beaubourg.
"C’est hyper efficace, puisque partout où l’on va, on nous en parle", se félicite auprès de l’AFP la sénatrice LR de Paris Agnès Évren, pour qui ces clips permettent "de porter un message politique" et de toucher un public éloigné des médias traditionnels.
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Accepter Gérer mes choixAu-delà du buzz, les vidéos de Rachida Dati, qui sera jugée en septembre 2026 pour corruption et trafic d’influence, cherchent à montrer une élue parisienne qui se soucie des habitants et souhaite régler leurs problèmes.
"Ma campagne, c’est de pouvoir rappeler aux Parisiens qu’un maire, ça s’occupe des Parisiens et qu’un maire, ça répond aux préoccupations des Parisiens", affirme-t-elle dans l’une d’entre elles, promettant de continuer à "aller à la rencontre des Parisiennes et des Parisiens" si elle est élue.
Se montrer proche et à l’écoute des Parisiens
C’est encore cette proximité qui a été mise en avant par Rachida Dati, mardi 10 février, lors de la présentation de son programme. Celui-ci a été "nourri de nos rencontres avec les citoyens", a assuré la candidate.
Lors de cet événement – le seul ouvert à la presse depuis le début de sa campagne –, chaque thématique a été introduite par une Parisienne ou un Parisien venu parler de son quotidien : Yolanda, bénévole au sein de L’Heure Civique, a évoqué la propreté, Catherine, habitante du 9e arrondissement, a partagé son point de vue sur la végétalisation des espaces publics, Frédéric, porte-parole du Collectif 19, a témoigné des conséquences de la présence de toxicomanes dans le quartier Rosa Parks du 19e arrondissement.
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Accepter Gérer mes choix"Cette insécurité, elle est liée à la culture de l’excuse à Paris. C’est typiquement la gauche qui est dans le déni sécuritaire", lui a répondu Rachida Dati en reprochant au candidat socialiste Emmanuel Grégoire de prétendre que le problème n’existe pas. "Pourquoi nous faisons des vidéos ? Parce que justement, on montre la réalité parisienne", a-t-elle ajouté.
Déjà candidate à Paris lors des municipales 2020, Rachida Dati avait alors mené une campagne beaucoup plus traditionnelle. Et si elle mise sur les mêmes thématiques – propreté, sécurité, mobilité – qu’il y a six ans pour l’emporter, l’ancienne garde des Sceaux a compris l’influence que pouvait avoir les réseaux sociaux.
Bien avant Zohran Mamdani, le succès du mouvement #SaccageParis pour dénoncer le manque de propreté de la capitale française a sans doute fait réfléchir la candidate. L’efficacité de cette campagne en ligne née en 2021 et fustigeant la gestion d’Anne Hidalgo a fait évoluer la municipalité sur certains choix (voir épisode 2 de La bataille pour Paris). Aujourd’hui, Rachida Dati reprend le même vocabulaire, affirmant par exemple dans sa vidéo sur la place de la République que celle-ci "a été saccagée" par l’équipe municipale sortante.
"De la démagogie à l’état brut"
Et lorsqu'elle n'effectue pas de déplacements, sans journalistes, auprès des électeurs des arrondissements de droite, la candidate multiplie les tournages sur les sujets sensibles dans les quartiers populaires d’arrondissements acquis à la gauche, comme les 11e, 18e, 19e ou 20e arrondissements. Elle espère ainsi tirer profit de la réforme du mode de scrutin à Paris, où les électeurs vont désormais pouvoir voter directement pour leur futur maire (voir épisode 1 de La bataille pour Paris).
"Jusqu’ici, les voix de droite dans les arrondissements dits de gauche ne comptaient pas. Mais avec la réforme du mode de scrutin, chaque bulletin comptera, donc Rachida Dati a raison de faire campagne dans l’est parisien, où beaucoup d’électeurs se sentent abandonnés par la gauche", explique à France 24 Pierre Liscia, candidat LR à la mairie du 19e arrondissement.
L’ancien premier-adjoint d’Anne Hidalgo (2018-2024) et candidat de la gauche unie hors La France insoumise, Emmanuel Grégoire, dénonce de son côté "de la mise en scène pure" et "de la démagogie à l’état brut", accusant Rachida Dati d’exploiter la misère humaine à des fins électorales.
D’autant que la candidate LR semble promettre tout et son contraire. Elle assure vouloir renforcer les équipes de propreté de la Ville de Paris mais souhaite privatiser la collecte des déchets. Elle promet "du logement social pour ceux qui travaillent et en ont besoin" mais annonce la fin des préemptions lors de la vente de biens immobiliers alors que celles-ci servent à créer davantage de logements sociaux. Elle dit vouloir maintenir les classes populaires et moyennes dans la capitale mais compte assouplir l’encadrement des loyers.
Elle affirme enfin vouloir redresser les comptes de Paris mais entend armer 5 000 policiers municipaux, soit le double des effectifs actuels, mettre en œuvre un plan de refonte totale du périscolaire, entreprendre la rénovation thermique de 10 000 logements sociaux par an, créer des centres de soins pour sortir les toxicomanes de leur addiction, rendre accessible aux personnes handicapées l’ensemble des stations de métro, refaire la place de la République, transformer les quais de Seine en "un grand parc patrimonial urbain avec une végétalisation en pleine terre", rénover les piscines municipales ou encore créer 2 000 places supplémentaires dans les conservatoires, le tout sans augmenter la taxe foncière, en abaissant le coût du stationnement pour les voitures et en revenant à la gratuité pour les deux-roues.
Aucun problème, juge Rachida Dati, qui devrait quitter le gouvernement d’ici quelques jours. "Mon programme est applicable tout de suite, je tiendrai mes engagements et les Parisiens le verront dans les 100 premiers jours", a-t-elle lancé mardi matin lors de la présentation de son projet.
