logo

À Oman ou à Istanbul ? Incertitude autour des discussions annoncées entre l'Iran et les États-Unis
Des médias iraniens ont annoncé des discussions vendredi à Oman entre l'Iran et les États-Unis, mais leur tenue reste incertaine, l'administration Trump n'ayant confirmé ni le lieu ni la date de cette rencontre. Et celles-ci semblent mal engagées, Téhéran souhaitant qu'elles ne portent que sur le nucléaire iranien, tandis que Washington insiste pour qu'elles incluent son programme de missiles balistiques.
Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, lors d'une conférence de presse à Washington, le 19 décembre 2025. © Kevin Mohatt, Reuters (archives)

Alors que des médias iraniens assurent que des discussions entre l'Iran et les États-Unis auront lieu vendredi à Oman, et alors que des figures de la République islamique répètent que celles-ci ne porteront que sur le programme nucléaire, leur tenue reste incertaine.

D'une part, Washington n'a confirmé ni le lieu ni la date de cette rencontre entre les deux pays ennemis ; de l'autre, le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, a déclaré, mercredi 4 février, que toute discussion avec l'Iran devait inclure son programme de missiles balistiques.

L'insistance ‍des États-Unis ​à vouloir discuter ⁠de sujets autres que le nucléaire menace ​la tenue des pourparlers envisagés ​vendredi à Oman, a ​dit un responsable iranien de haut rang à Reuters mercredi.

"Si les Iraniens veulent nous rencontrer, nous sommes prêts", a toutefois commenté Marco Rubio, ajoutant que les États-Unis croyaient s'être mis d'accord avec l'Iran pour une réunion en Turquie cette semaine, mais que la République islamique avait changé d'avis.

"Nous pensions avoir mis en place un forum qui avait été approuvé en Turquie. Il avait été créé par plusieurs partenaires qui souhaitaient y participer et en faire partie. Hier, j'ai vu des informations contradictoires de la part de l'Iran, qui affirmait ne pas avoir donné son accord. La question est donc toujours en cours de discussion", a-t-il précisé.

Quel enjeu ?

Alors que Téhéran est sous pression depuis la répression dans le sang début janvier d'un vaste mouvement de contestation, Donald Trump n'a pas exclu, en cas d'échec des discussions, de mener une nouvelle intervention militaire contre la République islamique, après les frappes américaines contre des sites nucléaires iraniens lors de la guerre déclenchée par Israël en juin 2025.

"En ce moment, on leur parle, on parle à l'Iran et si on pouvait trouver une solution, ce serait super. Et si on ne peut pas, de mauvaise choses se produiraient probablement", a prévenu lundi le président américain.

Son administration a dépêché une dizaine de navires dans le Golfe, dont le porte-avions Abraham Lincoln, tandis que l'Iran a menacé de s'en prendre aux bâtiments de guerre et aux bases américaines dans la région en cas d'attaque.

Les tensions entre les deux pays se sont accrues après la répression de manifestations par les forces de sécurité iraniennes, qui a fait des milliers, voire des dizaines de milliers de morts selon des ONG.

La forme d'une éventuelle intervention militaire américaine pourrait aller de frappes ciblées contre des infrastructures militaires à une tentative de renversement de la République islamique en place depuis 1979.  

Qui participe ?

Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi conduira la délégation iranienne selon Téhéran, tandis que les États-Unis devraient être représentés par l'émissaire de Donald Trump au Moyen-Orient, Steve Witkoff, a annoncé la Maison Blanche.

Cet ancien magnat de l'immobilier a plusieurs casquettes en matière de politique étrangère et participe également aux efforts visant à mettre fin à la guerre en Ukraine. 

Abbas Araghchi est, lui, un diplomate chevronné, parfaitement anglophone, qui a fait toute sa carrière au ministère des Affaires étrangères et qui a la réputation d'être un négociateur habile.

Que veulent les deux parties ?

Donald Trump a d'abord appelé Téhéran à "arrêter de tuer" les manifestants. Mais il se concentre désormais sur la conclusion d'un nouvel accord sur le programme nucléaire iranien, alors que les Occidentaux accusent l'Iran de chercher à se doter de l'arme nucléaire, ce que Téhéran dément. Washington veut aussi réduire le vaste arsenal iranien de missiles balistiques.

La République islamique a souligné à plusieurs reprises que les discussions devaient rester limitées à la stricte question nucléaire, rejetant toute négociation sur son programme de missiles ou ses capacités de défense.

Quel format pour les discussions ?

Les pourparlers sont attendus à Oman, mais les modalités de la rencontre n'ont pas encore été déterminées, a affirmé un diplomate arabe à l'Agence-France Presse (AFP) mercredi.

Selon une autre source dans la région, une réunion était prévue au départ à Istanbul pour discuter du "dossier nucléaire, de la question des missiles" et des groupes armés soutenus par l'Iran, "avec la participation d'autres pays de la région". Mais "l'Iran cherche maintenant à limiter l'agenda uniquement à la question du nucléaire et veut parler exclusivement avec les États-Unis", a dit cette source.

Marc Rubio a quant à lui confirmé que la réunion devait initialement se dérouler en Turquie en présence de plusieurs partenaires, avant de voir "des informations contradictoires" de la part de Téhéran.

Quelle est l'atmosphère en Iran ?

En Iran, les réseaux sociaux, de nouveau actifs après trois semaines de coupure d'Internet, sont inondés de messages rendant hommage aux manifestants tués.

"Notre société est en deuil et j'en fais partie", dit à l'AFP sous couvert d'anonymat un habitant de 32 ans de l'île de Qeshm, dans le Golfe. 

À Téhéran, un jeune homme de 26 ans dit subir une "pression psychologique" depuis le black-out quasi total, qui a fortement affecté son travail et perturbé sa vie quotidienne.

Signe de l'atmosphère tendue, une nouvelle affiche a fait son apparition dans la capitale, montrant des avions américains s'écrasant sur une colline. Avec, à son sommet, des Iraniens brandissant le drapeau de la République islamique. 

Avec AFP