
L'ancien ambassadeur britannique Peter Mandelson est sous le feu des critiques depuis la publication de nouveaux documents concernant l'affaire Jeffrey Epstein. © Studio graphique FMM
Le dossier Epstein continue de faire des remous outre-Manche. Après l'ex-prince Andrew, mis en cause dans de nouvelles photos et mails publiés par le ministère américain de la Justice, c'est au tour de l'ex-ambassadeur à Washington Peter Mandelson de se retrouver sous le feu des critiques pour ses liens passés avec le pédocriminel.
Sa proximité avec Jeffrey Epstein n'est pas le sujet du scandale en tant que tel – ses liens d'amitié avec le criminel sexuel avaient déjà été établis en septembre dernier, lui valant d'être limogé de son poste d'ambassadeur. Cette fois, c'est la transmission d'informations financières sensibles qui préoccupe la classe politique britannique.
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Un caillou très encombrant dans la chaussure de Keir Starmer
Surnommé le "prince des ténèbres" pour son approche machiavélique du pouvoir, Peter Mandelson se retrouve sous la lumière des médias depuis la révélation, fin janvier, de nouveaux échanges passés avec Jeffrey Epstein. L'ancien ambassadeur britannique à Washington est mentionné plus de 5 600 fois sur le site du ministère américain de la Justice. Parmi ces mentions, plusieurs mails font état de la possible transmission d'informations financières confidentielles au pédocriminel américain.
Cette situation a rapidement conduit le principal intéressé à prendre ses distances avec le Parti travailliste : Peter Mandelson a quitté le Labour dimanche soir, puis la Chambre des Lords mercredi 4 février. Mi-janvier, il avait présenté publiquement ses excuses, dans une interview à la BBC, pour avoir maintenu son amitié avec Jeffrey Epstein après la condamnation de ce dernier en Floride, en 2008, pour recours à des prostituées mineures.
Par ailleurs, la police londonienne a ouvert mardi une enquête criminelle visant cette figure du Parti travailliste – que le journal The Independant qualifiait de "personnalité la plus puissante du pays" en 2009. "La police de Londres a ouvert une enquête visant un homme de 72 ans, un ancien ministre, pour des infractions liées à une faute dans l'exercice d'une fonction officielle", a-t-elle annoncé dans un communiqué.
La police a aussi dit avoir reçu "un certain nombre de signalements", en particulier du gouvernement britannique qui s'est empressé de se mettre à distance de ce potentiel scandale. Peine perdue pour Keir Starmer : le Premier ministre britannique, déjà impopulaire, est aussi maintenant éclaboussé par cette affaire.
Il était celui qui avait nommé Peter Mandelson ambassadeur du Royaume-Uni à Washington, avant que le ministère des Affaires étrangères ne le limoge sept mois plus tard après la révélation de ses liens avec Jeffrey Epstein. "Il a menti à plusieurs reprises à mon équipe lorsqu'on lui a posé des questions sur sa relation avec Epstein avant et pendant son mandat d'ambassadeur. Je regrette de l'avoir nommé", a déclaré mercredi Keir Starmer devant la Chambre des Communes.
Il n'empêche : l'opposition conservatrice n'entend pas calmer le jeu et veut contraindre le chef du gouvernement travailliste à publier tous les documents liés à la nomination de Peter Mandelson et aux conditions de sa révocation. Des éléments que le Premier ministre a "l'intention de divulguer", sauf ceux préjudiciables à la sécurité nationale, a-t-il répondu. Outre Keir Starmer, son chef de cabinet Morgan McSweeney – présenté comme l'"ancien protégé de Mandelson" par The Guardian – est aussi la cible de l'opposition britannique… et des députés travaillistes.
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Soupçons de transmission d'informations financières sensibles à Epstein
Si les révélations sur Peter Mandelson font autant de bruit outre-Manche, c'est avant tout pour la nature des informations qu'il aurait communiquées à Jeffrey Epstein lors de plusieurs échanges à la fin des années 2000. On est alors juste après la crise financière mondiale de 2008 et l'homme politique est secrétaire d'État au commerce du gouvernement travailliste de Gordon Brown (2008-2010).
Selon des documents rendus publics vendredi, Peter Mandelson aurait transmis à Jeffrey Epstein des informations susceptibles d'influer sur les marchés financiers. Il est notamment question du transfert d'une note – destinée à l'origine au Premier ministre britannique – sur les difficultés économiques du Royaume-Uni. Selon la BBC, elle recommandait de vendre des actifs détenus par l'État, afin de lever des fonds publics.
L'ancien ministre aurait aussi laissé entendre au financier américain que l'Union européenne (UE) allait lancer un plan de sauvetage de 500 milliards d'euros pour soutenir leur monnaie unique. Dans cet échange du 9 mai 2010, Jeffrey Epstein écrit : "Des sources m'indiquent qu'un plan de sauvetage de 500 milliards d'euros est presque finalisé." Peter Mandelson répond : "Cela sera annoncé ce soir." Ce plan européen a été officiellement dévoilé le 10 mai au matin.
Par ailleurs, Peter Mandelson et Jeffrey Epstein ont évoqué le projet britannique d'une taxe supplémentaire sur les bonus des banquiers, une mesure punitive exceptionnelle après la crise financière. Dans un échange daté du 17 décembre 2009, le financier américain demande au ministre britannique si "Jamie devrait appeler Darling une fois de plus". Il semble ici être question de Jamie Dimon, alors directeur général de la banque JP Morgan, et d'Alistair Darling, ministre britannique des Finances. Réponse de Mandelson : "Oui", avant de préciser de le "menacer légèrement". D'après les mémoires de Darling, publiés deux ans avant sa mort en 2023, cet appel a effectivement été passé, a rapporté CNN.
Peter Mandelson n'a pas commenté toutes ces dernières révélations. En revanche, l'ancien Premier ministre Gordon Brown a dénoncé à son sujet un "acte inexcusable et antipatriotique", précisant avoir transmis à la police britannique "des informations pertinentes" concernant la divulgation d'"informations sensibles pour les marchés financiers" et d'"informations gouvernementales confidentielles".
La Commission européenne a, quant à elle, annoncé le même jour qu'elle allait "examiner" si l'ex-commissaire britannique Peter Mandelson (2004-2008) avait enfreint ses règles. "Nous avons reçu des informations selon lesquelles certaines de ces règles n'auraient pas été respectées", a affirmé un porte-parole de l'exécutif européen, Balazs Ujvari.
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75 000 dollars de la part d'Epstein et une photo en slip
Autre révélation du dossier Epstein concernant Peter Mandelson : l'ancien ministre et ambassadeur britannique aurait reçu des virements pour un total de 75 000 dollars de la part du pédocriminel américain en 2003-2004. Ces trois paiements de 25 000 dollars, provenant tous des comptes JP Morgan de Jeffrey Epstein, ont été repérés par le journal Financial Times.
Le premier document, daté du 14 mai 2003, montre qu'un paiement a été envoyé sur un compte bancaire Barclays de Reinaldo Avila da Silva, le partenaire de Lord Mandelson à l'époque. Un certain "Peter Mandelson" est alors mentionné sur le compte sous le nom de "BEN" – abréviation bancaire de bénéficiaire. Il en sera de même pour les deuxième et troisième versements effectués à quelques jours d'intervalle, en juin 2004.
Interrogé à ce sujet, Peter Mandelson a déclaré à la BBC qu'il "n'avait aucune trace ni aucun souvenir d'avoir reçu ces sommes et qu'il ignorait si les documents étaient authentiques".

Enfin, une photo de l'ancien ministre a aussi été publiée par le département américain de la Justice. Sur celle-ci, Peter Mandelson semble être dans une chambre d'hôtel en train de regarder une tablette, vêtu d'un t-shirt et d'un slip, alors qu'une femme – au visage anonymisé – se tient à ses côtés, visiblement en peignoir.
Le principal intéressé a expliqué à la BBC qu'il ne pouvait "pas situer l'endroit ni identifier la femme" ni "imaginer quelles étaient les circonstances". En janvier dernier, il s'était défendu de tout acte répréhensible qui aurait pu l'associer aux crimes sexuels de Jeffrey Epstein. Il avait alors déclaré : "Il m'a tenu à l'écart de sa sexualité parce que je suis gay".
