
Les artistes Green Day et Bad Bunny (à droite) vont assurer le show lors du Super Bowl, le 8 février 2026. © Studio graphique FMM
En 2025, Donald Trump est devenu le premier président américain en exercice à assister au Super Bowl, l'événement annuel le plus important du calendrier sportif américain. Un an plus tard, il a décidé de faire l’impasse sur la finale du championnat de football (NFL) organisé dimanche 8 février. L'ancien homme d’affaires s'est justifié fin janvier auprès du New York Post en déclarant que l’édition 2026 qui a lieu à Santa Clara en Californie se déroule "trop loin". "J’ai reçu un accueil formidable au Super Bowl. Ils m’apprécient. Je serais venu si c’était plus proche", a-t-il ajouté.
Habitué des voyages en avion, cette explication ne paraît pas la plus plausible. Dans le même entretien, le président américain a avoué qu'il était très mécontent du choix "totalement ridicule" des artistes présents pour assurer le spectacle lors de la finale. Le groupe de punk Green Day va ainsi assurer l'avant match, tandis que le chanteur Bad Bunny, natif de Puerto Rico, sera présent sur scène lors de la fameuse mi-temps, une première en solo pour un artiste latino. "Je suis contre eux. Je pense que c'est un choix terrible. Cela ne fait que semer la haine. Terrible !", a ainsi dénoncé Donald Trump.
Le camp conservateur est aussi remonté contre cette programmation musicale. Le sénateur républicain de l'Alabama Tommy Tuberville, ancien entraîneur de football universitaire américain, a lui aussi décidé de boycotter l’événement. Lors d’une interview sur la chaîne NewsMax, il l’a comparé à un "Woke Bowl" (une "salade woke").
Pour afficher ce contenu X (Twitter), il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choix"Nous ne sommes pas des étrangers"
L'artiste Bad Bunny n'est en effet pas en odeur de sainteté auprès des partisans de Donald Trump. Son choix de chanter en espagnol et ses tenues excentriques ne plaisent pas à la sphère du mouvement MAGA ("Make America Great Again"). Figure de proue du reggaeton et de la trap latino, l’artiste en a bien conscience et a décidé de leur répondre ouvertement. Lors de la cérémonie des Grammy Awards, le 1er février, il n'a pas hésité a transformé la remise de prix en une tribune contre la politique migratoire répressive du président américain Donald Trump.
Sur scène à Los Angeles, alors qu'il a reçu trois trophées dont celui de la victoire de l'album de l’année pour "Debi Tirar Mas Fotos", il n'a pas mâché ses mots à l'encontre de la police américaine de l'immigration (ICE), appelant à la "mettre dehors". "Nous ne sommes pas des sauvages. Nous ne sommes pas des animaux. Nous ne sommes pas des étrangers. Nous sommes humains et nous sommes Américains", a déclaré sur scène le chanteur, exhortant à ne pas se laisser "contaminer" par la "haine".
Pour afficher ce contenu YouTube, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixUne extension de votre navigateur semble bloquer le chargement du lecteur vidéo. Pour pouvoir regarder ce contenu, vous devez la désactiver ou la désinstaller.
Réessayer
Ce n'est pas la première fois que cet artiste portoricain, qui possède la citoyenneté américaine grâce statut d'État libre associé de Porto Rico, prend position contre la politique de Donald Trump. En 2017 déjà, il n'avait pas hésité à critiquer Donald Trump lors d’un concert de charité pour venir en aide aux victimes des ouragans à Porto Rico affublé d’un tee-shirt portant la mention : "Êtes-vous un twitter ou un président ?" Lors de la dernière élection présidentielle, il avait aussi soutenu la candidature de la démocrate Kamala Harris.
Des prises de position répétées
Mais au cours des derniers mois, ses prises de position se sont renforcées. L'un de ses derniers morceaux intitulé "Nuevayol" et sorti en juillet 2025 se termine par une imitation de la voix du président américain présentant ses excuses aux communautés d’immigrés : "Je sais que l'Amérique, c'est tout un continent. Je veux dire que ce pays ne serait rien sans les immigrants. Ce pays ne serait rien sans les Mexicains, les Dominicains, les Portoricains, les Colombiens, les Vénézuéliens, les Cubains". Plus radicalement, il a même décidé de ne pas faire passer sa tournée mondiale l'été dernier par les États-Unis pour protéger ses spectateurs de potentiels raids de l'ICE.
Pour afficher ce contenu , il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixLes rockeurs de Green Day sont eux aussi sur la même ligne politique. Ce groupe phare des années 90 était déjà monté au créneau contre le président George W. Bush et l'invasion de l'Irak par l’armée américaine avec l'album "American Idiot". Lors du premier mandat de Trump, le chanteur Billie Joe Armstrong avait transformé les paroles de la chanson éponyme pour dénoncer le nouveau chef d’État américain : "Je ne fais pas partie de l’agenda MAGA". À la fin de récents concerts, le trio s'est aussi adressé à ses fans en leur disant de "faire attention à leurs voisins" et en criant "Chinga la migra" ce qui signifie "Fuck Ice".
Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixLes prestations de Bad Bunny et Green Day seront donc scrutées dimanche dans leurs moindres détails pour y déceler des messages à l’encontre du président américain. L’an passé, le rappeur Kendrick Lamar était déjà attendu au tournant. Finalement, il avait signé une performance politique, mais sans s’en prendre frontalement à Donald Trump, trois semaines après son retour au pouvoir. Il avait préféré envoyer un message plus symbolique sur le manque de reconnaissance de la culture hip-hop et la place des Afro-Américains dans la société des États-Unis.
NFL, un terrain politique
Depuis une décennie, la NFL est devenue le théâtre des tensions qui affectent la société américaine. En 2016, en plein mouvement Black Live Matters contre les violences policières, la chanteuse Beyonce avait rendu hommage lors de la mi-temps du Super Bowl au militantisme afro-américain entourée de danseuses portant le béret noir du groupe radical Black Panther Party. Mais c’est surtout le geste lancé quelques mois plus tard par le quaterback de l’équipe de San Francisco Colin Kaepernick qui est resté dans les mémoires. En août 2016, contrairement à la tradition, le joueur a refusé de se lever et a posé un genou à terre lors de l’hymne américain pour protester contre les violences policières visant la population noire.
Pour afficher ce contenu , il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixÉlu président, Donald Trump s’est lancé dans une guerre ouverte contre le quaterback, n’hésitant pas à le traiter de "fils de pute" et incitant les équipes de NFL à "virer" les joueurs qui s’agenouillent pendant l’hymne national. Cette prise de position a coûté cher à Colin Kaepernick qui a finalement été banni des terrains de football et n'a plus jamais reçu d’offre de contrat.
Comme le note Sebastian Mayer, professeur de sciences politiques au Bellevue College, interrogé par le Seattle Times, "le sport et la politique ont toujours été intimement liés". Mais selon lui, "Trump s'est immiscé dans le monde du sport plus que tout autre président". "Il assiste à des matches de football américain, des courses NASCAR et des combats de l'UFC. Il souhaite organiser un combat de l'UFC sur la pelouse de la Maison Blanche. Il veut que les Washington Commanders changent de nom en reprenant celui des Redskins. Il a menacé de déplacer des rencontres de la Coupe du monde de football 2026. Et il a poursuivi sa campagne et donné des ordres pour interdire aux femmes transgenres de participer aux compétitions sportives féminines", détaille le Seattle Times.
Donald Trump a une longue histoire avec le sport professionnel, particulièrement avec le football américain, sport roi du pays. Il a d'abord été propriétaire des New Jersey Generals, une équipe de l'éphémère United States Football League qui a défié la NFL dans les années 1980. Il a également tenté d'acquérir les Buffalo Bills en 2014, mais son offre a été dépassée. Il a par ailleurs des liens personnels avec certains dirigeants notamment avec Robert Kraft, le propriétaire des New England Patriots qui vont affronter les Seattle Seahawks lors du Super Bowl. Ce dernier a versé un million de dollars au comité d'investiture du président Donald Trump et était assis à côté de lui fin janvier lors de l'avant-première de "Melania", le documentaire d'Amazon consacré à la Première dame.
Pour afficher ce contenu X (Twitter), il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixMalgré ces affinités, le média sportif ESPN note que la NFL a changé d’attitude vis-à-vis du président. Même si lors du mouvement Black Matters, la ligue a essayé de mettre fin à la protestation, elle a finalement créé l'initiative "Inspire Change", investissant 89 millions de dollars dans le soutien de différentes causes sociales. Et elle s'est associée à Roc Nation (NDLR : l’entreprise du rappeur Jay Z qui produit le show du Super Bowl) pour repenser le spectacle de la mi-temps et permettre à la ligue de s'engager davantage en faveur de la justice sociale".
Concernant les critiques sur la présence de Bad Bunny lors de la finale, la NFL n’a pas non plus plié face à Donald Trump. Le commissaire de la NFL Roger Goodell a continué à le soutenir le qualifiant comme l’un "des plus grands artistes du monde". Interrogé sur les commentaires du chanteur sur ICE, il a assuré que l’artiste portoricain avait "compris l’importance de cette tribune qui sert à rassembler les gens".
Pour afficher ce contenu , il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixÉvacuant toute polémique, la ligue américaine montre ainsi, selon ESPN, qu'elle est avant tout une entreprise qui cherche à faire du profit : "La NFL est restée inflexible malgré les critiques car Bad Bunny, l'un des artistes les plus populaires au monde, contribue à atteindre un objectif commercial prioritaire, celui de développer l'audience internationale et latino-américaine de la NFL."
Selon le média sportif, la ligue s'est concentrée sur le développement de son public latino, aux États-Unis et en Amérique latine. "Il s'agit d'une communauté de plus de 70 millions de personnes ici aux États-Unis… Il était donc très important pour nous de nous assurer d'être pertinents", avait ainsi expliqué à ESPN Marissa Solis, vice-présidente principale du marketing mondial de la marque. De manière plus globale, la NFL veut accroitre son audience internationale. Cette saison, sept matches ont été disputés dans cinq villes étrangères : São Paulo, Dublin, Londres, Berlin et Madrid. Une première date est d'ores et déjà annoncée dans l'Hexagone à l'automne au Stade de France.
Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixUne contre-programmation
Pour tenter de contrer l'impact de la performance de Bad Bunny et Green Day, le camp conservateur a proposé une contre-programmation. Turning Point USA (TPUSA), l'organisation conservatrice de mobilisation étudiante cofondée par Charlie Kirk, abattu en septembre dernier, a annoncé lundi que Kid Rock sera la tête d'affiche de son concert en streaming diffusé en même temps que le spectacle de la mi-temps du Super Bowl.
Les chanteurs country Brantley Gilbert, Lee Brice et Gabby Barrett participeront également à ce spectacle de TPUSA censé "célébrer la foi, la famille et la liberté". "Nous abordons ce spectacle comme David contre Goliath", a déclaré Kid Rock, soutien de longue date de Donald Trump, dans un communiqué. "Rivaliser avec la machine du football professionnel et une superstar mondiale de la pop, c'est presque impossible… ou pas ?"
Ce pari semble déjà impossible. Sur les réseaux sociaux, l’annonce de cette programmation alternative a suscité de nombreuses moqueries. Sur son compte Blue Sky, Jay Willis, rédacteur en chef du site Balls and Strikes, a notamment écrit : "En tant que passionné de musique country, je peux confirmer que c'est vraiment de la daube. Aucun de ces artistes n'a sorti de tube depuis cinq ans. (…) Voilà le genre de programmation qu'on obtient après avoir essuyé des centaines de refus".
Pour afficher ce contenu Bluesky, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choix