
Patrouille de l'armée nigériane près d'une école où des élèves ont été kidnappés à Kuriga, Kaduna, au Nigeria, le 9 mars 2024. © Sunday Alamba, AP
Une figure clé de la "hiérarchie terroriste". L’armée nigériane a annoncé dimanche 1er février la mort de Abu Khalid, un haut commandant de Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, tué lors d’un raid terrestre nocturne dans l'État de Borno. La veille, un autre haut commandant du groupe extrémiste islamiste avait été tué dans l’état voisin de Yobe, selon la même source.
Des opérations qui interviennent alors que le Nigeria a récemment annoncé une montée en puissance de ses moyens dédiés à la lutte anti-terroriste et renforcé sa collaboration sécuritaire avec les États-Unis.
Massacres, représailles et kidnappings
Première puissance économique et militaire d’Afrique de l’Ouest, le Nigeria n’est pas épargné par les problèmes sécuritaires qui minent la sous-région. Depuis plus de quinze ans, le pays lutte contre le groupe fondamentaliste islamiste Boko Haram, implanté dans le nord-est du pays, et qui s’est scindé en 2016 en deux groupes rivaux : Boko Haram et l’État Islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO).
Ces deux factions se font la guerre et mènent des attaques contre les forces armées et bases militaires, pour affaiblir l’État et s’emparer des armes et équipements.
Ils s’en prennent également aux civils qu’ils asservissent, kidnappent à des fins de rançon ou tuent lors d’opérations de représailles pour collaboration avec l’ennemi, qu’il s’agisse de l’État ou de milices rivales.

Le Gouvernement pointé du doigt par Donald Trump
En novembre dernier la situation sécuritaire du pays avait fait les gros titres de la presse internationale de manière pour le moins incongrue. Donald Trump y avait dénoncé un prétendu génocide de chrétiens, accusant les autorités de "permettre" les massacres. Des déclarations basées sur les affirmations d'ONG chrétiennes américaines, rapidement démenties par le gouvernement nigérian et de nombreux experts, rappelant alors que la majorité des victimes de violence au Nigeria sont musulmanes.
Pour le chercheur Vincent Foucher, cette sortie perçue comme insultante de Donald Trump a paradoxalement joué en la faveur du Nigeria. "Le gouvernement y a vu une occasion de renforcer la coopération avec les États-Unis. Il a vite réagi en dépêchant un haut responsable à Washington pour discuter de la situation sur le terrain et trouver un terrain d’entente".
Le 25 décembre Donald Trump annonce des frappes meurtrières dans l'État de Sokoto (nord-ouest), qualifiées de "cadeau de Noel aux terroristes".
L’affaire suscite une vive polémique au Nigeria, l'attaque étant perçue comme une violation de la souveraineté du pays.
Le gouvernement nigérian évoque pour sa part des frappes "coordonnées" contre deux localités du nord-ouest abritant des combattants étrangers de l’État Islamique, venus du Sahel, qui "planifiaient" des attaques sur le sol nigérian.
Collaboration renforcée avec les États-Unis
Mi-janvier une délégation d’AFRICOM (Commandement des États-Unis pour l'Afrique) s'est rendue à Abuja, promettant de renforcer le partage de renseignements, le soutien à la surveillance et d’accroître les livraisons de matériel pour soutenir les forces armées nigériennes dans la lutte antijihadiste.
Sous l'administration du président américain Donald Trump, "nous sommes devenus beaucoup plus agressifs et nous travaillons avec des partenaires pour cibler de manière cinétique les menaces, principalement l'EI", expliquait fin janvier un haut responsable de l’organisation.
En septembre, les autorités américaines ont mis fin aux procédures de contrôle sur les exportations d’armes imposées à 37 pays dont le Nigeria, le Mali, le Niger ou le Burkina Faso. Décrétée par l’administration Biden, ces mesures visaient à limiter les risques de détournement des armes américaines par des groupes terroristes.
État d’urgence et recrutements
De son côté, le président nigérian a décrété le 26 novembre l’état d’urgence pour faire face à la "dégradation sécuritaire" après une vague d’enlèvements dans le nord (350 en 10 jours selon les autorités).
Une déclaration accompagnée d’une série de mesures : 20 000 recrutements supplémentaires dans la police, portant le total à 50 000, la mobilisation des gardes forestiers pour débusquer les terroristes et bandits et un renforcement sécuritaire dans les zones sensibles.
Enfin, le pays a renforcé ces dernières années sa flotte d’avions de combat, l’une des plus importantes du continent, utilisée pour mener des frappes ciblées et contenir l’avancée des groupes jihadistes.
Mais qu’en est-il de l’efficacité sur le terrain ? "L’évolution de la situation sécuritaire demeure inquiétante, dans le nord-est mais également de plus en plus au nord-ouest où des réseaux jihadistes commencent à consolider leur présence, parfois en connexion avec des bandits locaux" souligne Vincent Foucher.
"Le Nigeria annonce régulièrement la mort de hauts responsables de groupes jihadistes mais il ne s’agit pas des grands chefs et leur identité est difficilement vérifiable" poursuit-il. "Ces annonces invitent à la prudence d’autant dans la situation actuelle car les autorités sont sous pression et ont tout intérêt à annoncer des résultats. Pour l’heure les grands commandants sont toujours en place et les groupes jihadistes semblent se régénérer lorsqu’ils essuient des pertes" conclut le chercheur.
