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Que sait-on de la mort de Renée Nicole Good, tuée par la police américaine de l'immigration (ICE) ?
Avant tout mère et poétesse, Renée Nicole Good, 37 ans a été abattue mercredi par un agent de l'ICE à Minneapolis. Selon des responsables du Minnesota, elle était sur place en tant qu'observatrice légale des activités de la police fédérale de l'immigration. France 24 fait le point sur ce que l'on sait de la victime et des circonstances de sa mort.
Une photo de Renée Nicole Good, abattue à bout portant le 7 janvier par un agent de l'ICE à Minneapolis, aux États-Unis, le 7 janvier 2026. © Charly Triballeau, AFP

"Peut-être que là, entre mon pancréas et mon gros intestin, se trouve le minuscule ruisseau de mon âme." Le poème dont est issu ce vers avait valu à son autrice, Renée Nicole Good – alors connue sous le nom de Renée Nicole Macklin –, de remporter le prix 2020 de l'Académie des poètes américains. Abattue mercredi 7 janvier par la police fédérale de l'immigration (ICE) à Minneapolis, Renée Nicole Good, 37 ans, était une poétesse reconnue. Originaire du Colorado, elle était aussi la mère de trois enfants.

Pour l'administration Trump, qui s'est empressée de justifier l'acte de l'agent du Service de l'immigration et des douanes des États-Unis (ICE), assurant qu'il avait agi en "légitime défense", elle était une "terroriste intérieure" qui aurait tenté de tuer des policiers avec sa voiture. Une version des faits vigoureusement contestée, vidéos à l'appui, par les autorités locales.

Le maire démocrate de Minneapolis, Jacob Frey, a lui-même qualifié les récits des responsables fédéraux de "conneries", affirmant que la conductrice n'avait jamais représenté un danger pour quiconque.

"Renée était l'une des personnes les plus bienveillantes que j'aie jamais connues", raconte sa mère, Donna Ganger, au grand quotidien local, le Minnesota Star Tribune, jeudi. "Elle était extrêmement compatissante, elle a pris soin des autres toute sa vie. Elle était aimante, indulgente et affectueuse", poursuit-elle. "C'était une personne extraordinaire."

Depuis sa mort, survenue à quelques encablures de son domicile mais aussi du lieu où George Floyd avait été assassiné en 2020 par un policier de la ville, des manifestations ont eu lieu à Minneapolis et dans d'autres villes américaines, dont New York, dénonçant un "meurtre" et qualifiant les agents de l'ICE de "terroristes".

Que sait-on de la mort de Renée Nicole Good, tuée par la police américaine de l'immigration (ICE) ?
"Lequel de nous tueront-ils ensuite ?" Un manifestant brandit une photo de Renée Nicole Good, lors d'un rassemblement devant le Whipple Building à Minneapolis, aux États-Unis, le 8 janvier 2026. © Tim Evans, Reuters
  • Renée Nicole Good tuée par balles à la tête, l'ICE obstrue l'arrivée des secours

Alors que l'administration persiste à affirmer que la victime aurait tenté de tuer des policiers avec sa voiture, sur les réseaux sociaux et dans les médias américains circulent plusieurs vidéos mettant à mal la version défendue par les autorités.

Dans plusieurs d'entre elles, montrant la même scène sous plusieurs angles, on voit le SUV de la victime bloquant le passage à un convoi de la police de l'immigration.

Plusieurs policiers demandent à la conductrice de sortir de sa voiture. L'un d'eux tente d'ouvrir la portière. Mais alors que la voiture redémarre vers la droite pour s'éloigner des agents, un policier placé à l'avant-gauche du véhicule ouvre le feu à plusieurs reprises. La voiture de la victime s'encastre alors dans une autre, garée un peu plus loin.

Une autre vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre des agents de l'ICE empêchant un passant se présentant comme médecin de s'approcher de la conductrice. Aucun secours n'a été prodigué pendant environ 15 minutes et, à l'arrivée des services d'urgence, leurs véhicules n'ont pu accéder au site en raison de la présence des véhicules de l'ICE, les obligeant à se rendre à pied auprès de la victime.

"Les secours n'ont pas pu amener leur véhicule jusqu'à (Renée Nicole) Good", témoigne l'une de ses voisines, témoin des faits, auprès du HuffPost. "Ils n'avaient même pas de civière. Ils l'ont simplement transportée par les membres. C'était comme voir un sac de pommes de terre transporté au bout de la rue."

Un témoin a par ailleurs déclaré avoir vu le tireur s'éloigner des lieux et monter dans un véhicule de l'ICE. La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a déclaré que l'agent de l'ICE qui avait tiré avait été soigné à l'hôpital pour avoir été "percuté par le véhicule" et qu'il avait ensuite pu rentrer chez lui. La vidéo qui circule ne semble pourtant pas montrer que la voiture a heurté l'agent, qui est resté debout tout au long de l'incident.

"D'après les différentes vidéos prises au moment des faits et assemblées par le New York Times, cela ne ressemble pas à un cas de légitime défense", estime Bernard Harcourt, professeur de droit et de théorie politique à l'Université Columbia et à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). "(Renée Nicole Good) reculait lentement et avait tourné ses roues pour descendre la rue. La personne qui a tiré se trouvait du côté gauche de la voiture."

Renée Nicole Good, elle, a été déclarée morte après son admission au centre médical du comté de Hennepin pour des blessures par balle à la tête.

Que sait-on de la mort de Renée Nicole Good, tuée par la police américaine de l'immigration (ICE) ?
L'impact de balle dans le pare-brise du véhicule de Renée Nicole Good, abattue par un agent de l'ICE, à Minneapolis le 7 janvier 2026. © Tim Evans, Reuters
  • Sur place en tant qu'observatrice juridique

Selon plusieurs responsables de l'État du Minnesota, au moment de son meurtre, Renée Nicole Good se trouvait sur les lieux d'un raid de l'ICE, au sud de Minneapolis, en tant qu'observatrice juridique – bénévole chargée de superviser les forces de police et de sécurité lors des manifestations et d'opérations. Son but était alors de contribuer à maintenir le calme, à dissuader les débordements et de garantir le respect des droits humains, précise la BBC. L'ICE menait depuis mardi une vaste série d'opérations impliquant environ 2 000 policiers dans cette grande ville du nord des États-Unis et sa banlieue.

La mort de Renée Nicole Good est au moins le cinquième décès résultant de la nouvelle politique très agressive menée par l'administration Trump contre les immigrants aux États-Unis, que ses opposants qualifient de répression aveugle.

"Elle est morte parce qu'elle aimait ses voisins", témoigne auprès du Minnesota Star Tribune, Jaylani Hussein, directeur exécutif de la section du Minnesota du Conseil des relations américano-islamiques (CAIR-MN).

Dans une conférence de presse mercredi soir, la ministre de la Sécurité intérieure Kristi Noem a quant à elle affirmé que la victime avait "suivi et entravé le travail de (la police) tout au long de la journée" et défendu la réaction de l'agent de l'ICE qui, selon elle, avait été, lors d'une précédente mission en juin, percuté par un voiture "et traîné sur plusieurs mètres".

Selon le premier mari de Renée Nicole Good, père de ses deux premiers enfants, la jeune femme n'était pas une militante. Fervente chrétienne, elle avait participé à des missions humanitaires, notamment auprès de jeunes en Irlande du Nord.

  • Mère de trois enfants, dont un fils de 6 ans déjà orphelin de père

Citoyenne américaine, Renée Nicole Good était originaire de Colorado Springs et avait quitté Kansas City (Missouri), où elle vivait, pour s'installer à Minneapolis il y a un an seulement. Selon les registres publics, elle avait créé, avec une autre femme partageant la même adresse à Kansas City, une entreprise appelée B. Good Handywork.

Poétesse récompensée, elle avait étudié l'écriture créative à l'université Old Dominion de Norfolk, en Virginie. Dans la biographie accompagnant le prix qu'elle a reçu en 2020, l'on peut lire : "Quand elle n'écrit pas, ne lit pas ou ne parle pas d'écriture, elle enchaîne des films et crée des œuvres artistiques spontanées avec sa fille et ses deux fils".

Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux depuis les lieux du drame, une femme décrivant Renée Nicole Good comme son épouse se tient assise près du véhicule, en larmes. Elle explique que le couple venait d'arriver dans le Minnesota avec le troisième enfant de Renée Nicole Good, un fils âgé de 6 ans qu'elle avait eu avec son deuxième mari, Tim Macklin – décédé en 2023 à l'âge de 36 ans –, désormais orphelin de père et de mère.

"Il n'y a personne d'autre dans sa vie", confie au Minnesota Star tribune à propos de son petit-fils le père de Tim Macklin, le grand-père de l'enfant, assurant être prêt à "prendre la voiture ou l'avion pour venir (le) chercher".

Dans ce même article, plusieurs voisins de la jeune femme racontent les bons rapports et les "merveilleuses conversations" qu'ils entretenaient avec la famille Good, "une famille magnifique".

  • Des manifestations tournent à l'affrontement

Jeudi matin, des centaines de personnes se sont rassemblées devant un bâtiment fédéral en banlieue de Minneapolis, faisant face à de nombreux policiers armés, pour protester contre les conditions de la mort de Renée Nicole Good la veille.

De brefs affrontements ont eu lieu et au moins deux personnes ont été arrêtées, a constaté un photographe de l'Agence France-Presse (AFP).

Au cri de "ICE, dehors maintenant !", les manifestants contestent la version officielle de la légitime défense, défendue la veille par Donald Trump et son gouvernement.

Que sait-on de la mort de Renée Nicole Good, tuée par la police américaine de l'immigration (ICE) ?
Des personnes manifestent après le meurtre de Renée Nicole Good par un agent de l'ICE, lors d'un rassemblement contre le renforcement des mesures d'immigration dans toute la ville, devant le Whipple Building, à Minneapolis (États-Unis), le 8 janvier 2026. © Tim Evans, Reuters
Que sait-on de la mort de Renée Nicole Good, tuée par la police américaine de l'immigration (ICE) ?
Un manifestant fait un doigt d'honneur à un agent de l'ICE dans un véhicule, lors d'une manifestation contre le meurtre par balle de Renée Nicole Good par un agent de l'immigration, lors d'un rassemblement, à Minneapolis (États-Unis), le 8 janvier 2026. © Brian Snyder, Reuters
Que sait-on de la mort de Renée Nicole Good, tuée par la police américaine de l'immigration (ICE) ?
Un manifestant est arrêté lors d'une manifestation après la mort de Renée Nicole Good à Minneapolis (États-Unis), le 8 janvier 2026. © Tim Evans, Reuters
  • Le Minnesota "exclu de l'enquête"

Le Bureau des enquêtes criminelles du Minnesota (BCA) a déclaré jeudi que le FBI et le ministère de la Justice avaient mis fin à leur coopération dans l'enquête.

"Sans accès complet aux preuves, aux témoins et aux informations recueillies, nous ne pouvons pas respecter les normes d'enquête exigées par la loi du Minnesota et le public", a déclaré le BCA dans un communiqué. "En conséquence, le BCA s'est retiré à contrecœur de l'enquête."

Lors d'une conférence de presse à New York, jeudi, Kristi Noem a déclaré que le BCA n'avait pas été écarté de l'enquête, mais qu'il n'avait aucune compétence en la matière.

Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz a réagi, insistant sur la nécessité pour l'État qu'il représente de participer à l'enquête. "On a l'impression que le Minnesota a été exclu de l'enquête", affirme-t-il, estimant "très, très difficile d'obtenir un résultat équitable." Citant Donald Trump, JD Vance et Kristi Noem, le gouverneur a ajouté que "les personnes en position de pouvoir ont déjà porté leur jugement".

"Généralement, les autorités locales et fédérales travaillent ensemble, elles se rendent sur les lieux du crime et mènent l'enquête", explique à France 24 Bernard Harcourt.

"Ce sont les autorités locales de l'État qui s'occupent de ce genre d'affaires. Certes, c'est un agent fédéral qui est en cause, mais il s'agit d'un homicide assez classique", poursuit le professeur de droit. "Tout dépend de la suite qu'ils veulent donner à l'affaire. Si j'étais procureur général de l'État du Minnesota, je ferais tout mon possible pour participer à l'enquête, à l'examen de la scène de crime et aux interrogatoires."

Interrogée lors de sa conférence de presse sur la manière d'éviter un incident similaire à l'avenir, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, a insisté sur l'importance de parler de "partenariat" et d'encourager les responsables locaux et étatiques à collaborer avec l'ICE pour "traduire les criminels en justice".

Fustigeant de nouveau le "terrorisme intérieur", elle a réaffirmé que Renée Nicole Good avait "harcelé" des policiers toute la journée précédant la fusillade.

Selon la BBC, Kristi Noem n'a pas répondu à la question de savoir si l'agent de l'ICE à l'origine des tirs ayant conduit à la mort de Renée Nicole Good avait été suspendu ou s'il continuerait à travailler sur le terrain.