
Le candidat socialiste François Briançon et le candidat Insoumis François Piquemal ont conclu une alliance à Toulouse en vue du second tour des élections municipales du 22 mars 2026. © Lionel Bonaventure, AFP
"Au premier comme au second tour, il n'y aura pas d'accord national entre le Parti socialiste et La France insoumise." Les mots assurés d'Olivier Faure, se voulaient particulièrement clairs, dimanche 15 mars, au soir du premier tour des élections municipales. Mais avec cette formule, le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) laissait la porte ouverte à des accords locaux.
Le patron des socialistes était alors bien conscient que certains maires sortants de son parti auraient besoin des voix des candidats Insoumis pour l'emporter, dimanche 22 mars, au second tour. Et de fait, les alliances à gauche se sont multipliées lundi et mardi, jusqu'à la clôture du dépôt des listes.
Le Parti socialiste, qui a passé ces derniers mois à présenter La France insoumise (LFI) comme infréquentable, publiant même un communiqué le 3 mars accusant Jean-Luc Mélenchon d'"antisémitisme", avait érigé comme règle morale et comme stratégie de se tenir à l'écart des Insoumis pour ce scrutin. Dans de très nombreuses villes, les candidats socialistes avaient ainsi passé des alliances de premier tour avec les écologistes et les communistes, mais sans les Insoumis, à l'image de la situation à Paris, Marseille et Lyon.
Les résultats du premier tour, lors duquel LFI a réalisé une percée dans les grandes villes et même remporté la deuxième commune d'Île-de-France, Saint-Denis, jusqu'ici dirigée par le socialiste Mathieu Hanotin, a rebattu les cartes. Et dans de nombreuses situations, les candidats socialistes ou écologistes ont dû se rendre à l'évidence : ne pas faire alliance avec les Insoumis pourrait leur coûter la victoire.
Sur la soixantaine de villes de plus de 80 000 habitants que compte la France, France 24 en a ainsi recensé seize (voir carte ci-dessous) où un accord a été noué entre partis de gauche incluant La France insoumise pour conserver ou faire basculer la ville.
Il y a les alliances où un candidat socialiste ou écologiste est arrivé en tête ou en deuxième position et dont la victoire paraissait compromise face à la droite en cas de maintien du candidat LFI.

C'est notamment le cas à Lyon. Dans la troisième ville de France, le maire écologiste Grégory Doucet (37,36 %) a devancé de justesse le candidat de la droite et du centre Jean-Michel Aulas (36,78 %). Son alliance avec la candidate Insoumise Anaïs Belouassa-Cherifi (10,41 %), arrivée troisième et en capacité de se maintenir au second tour, lui permet d'aborder l'issue du scrutin avec davantage de sérénité.
C'est également le cas à Nantes, sixième ville de France. La maire socialiste sortante, Johanna Rolland, a obtenu 35,24 % des voix, tandis que son concurrent Les Républicains (LR), Foulques Chombart de Lauwe, la talonne avec 33,77 %. Un accord a été trouvé avec le troisième qualifié du second tour, l'Insoumis William Aucant (11,2 %).
Les villes de Grenoble, Clermont-Ferrand, Brest, Tours, Besançon, Avignon et Colombes présentent des configurations similaires, avec des accords "techniques" – à savoir une liste commune sans accord programmatique et des élus qui ne siégeront pas au sein du même groupe.
Toulouse et Limoges, villes Insoumises ?
À Poitiers, en revanche, la maire écologiste sortante, Léonore Moncond'huy, arrivée en tête avec 26,41 % des voix, s'est alliée pour le second tour avec le candidat Insoumis Bertrand Geay, arrivé troisième (14,05 %), mais pas avec le candidat socialiste François Blanchard (11,48 %).
Cas particulier également à Aubervilliers, où le divers gauche Sofienne Karroumi (deuxième, 25,56 %) a conclu une alliance avec une autre divers gauche, Nabila Djebbari (troisième, 21,48 %), et l'Insoumis Guillaume Lescaut (quatrième, 20,46 %) pour tenter de battre la candidate de l'Union des démocrates et indépendants (UDI) Karine Franclet (première, 26,01 %).
Il y a, enfin, les villes où c'est le candidat LFI qui est arrivé en tête ou en deuxième position et qui devient la tête de liste de la gauche face à la droite. À Toulouse, quatrième ville française, François Piquemal (27,56 %) est ainsi arrivé derrière le maire divers droite sortant Jean-Luc Moudenc (37,23 %), mais devant le candidat socialiste François Briançon (24,99 %). Ce dernier a accepté la main tendue du candidat LFI pour tenter de faire basculer la ville à gauche.
Même chose à Limoges, où l'Insoumis Damien Maudet (deuxième, 24,56 %) mènera au second tour une liste d'union entre La France insoumise et le Parti socialiste. Ce devait enfin être également le cas à Argenteuil, avec une liste LFI-PS menée par Yassin Zeghli. Celle-ci a été déposée en préfecture, mais le Parti socialiste a annoncé, mercredi 18 mars dans la soirée, qu'il retirait son soutien au candidat Insoumis après avoir appris par Le Figaro sa condamnation en 2023 pour "violences conjugales".
Contacté par l'Agence-France Presse (AFP), Paul Vannier, député LFI de la cinquième circonscription du Val-d'Oise et responsable des élections de la formation mélenchoniste, a souligné que "Monsieur Zeghli se présente devant les électeurs avec un casier vierge de toute condamnation suite à une décision de justice", sans préciser s'il démentait la condamnation du candidat ou si celui-ci avait vu une peine effacée de son casier judiciaire.
"Les programmes des listes avec lesquelles nous avons parfois fusionné ne comportent ni discrimination ni racisme ni antisémitisme", s'est défendu Olivier Faure, lundi 16 mars sur France 2, assurant "comprendre parfaitement les choix" de ses candidats et refusant d'associer toutes les figures Insoumises locales à leur leader Jean-Luc Mélenchon, dont il critique les prises de position.
François Hollande et Raphaël Glucksmann, probable candidat à l'élection présidentielle 2027 et leader de Place publique, parti allié au PS, ne partagent pas la même ligne. Ce dernier s'est étonné, mardi 17 mars, dans un entretien avec le journal Le Parisien, de "l'étrange hiérarchie des valeurs" au PS, qui a accepté certaines alliances avec LFI aux municipales, mais a suspendu l'ancienne ministre Catherine Trautmann.
Arrivée en tête (25,93 %) à Strasbourg, Catherine Trautmann a décidé de faire alliance au second tour avec Pierre Jakubowicz, le candidat Horizons arrivé sixième (5,1 %), pour contrer son poursuivant Les Républicains, Jean-Philippe Vetter (24,23 %), mais aussi l'alliance entre la maire écologiste sortante, Jeanne Barseghian (troisième, 19,72 %), et le candidat Insoumis Florian Kobryn (quatrième, 12,03 %).
"Il ne peut y avoir aucun flou"
Raphaël Glucksmann avait indiqué qu'aucun candidat de son parti ne resterait sur une liste de gauche qui ferait alliance avec La France insoumise. Il annonce dans Le Parisien que "près d'une soixantaine" de ses candidats se sont donc désistés au nom de cette consigne, et que 19 membres du parti, qui ont préféré rester sur les listes, sont "suspendus en vue d'exclusion".
"Il ne peut y avoir aucun flou. S'allier à un parti dont on a dénoncé les propos antisémites il y a encore quinze jours, c'est inacceptable pour nous", argumente-t-il.
Plusieurs candidats socialistes ou écologistes ont revendiqué la même ligne vis-à-vis des Insoumis et refusé toute alliance de second tour avec eux. C'est notamment le cas d'Emmanuel Grégoire à Paris, de Benoît Payan à Marseille, de Michaël Delafosse à Montpellier, de Pierre Hurmic à Bordeaux, d'Arnaud Deslandes à Lille ou de Nathalie Koenders à Dijon.
Mais pour la plupart d'entre eux, leur avance sur leur concurrent de droite est telle qu'ils pouvaient se permettre ou pensaient pouvoir se permettre de refuser les propositions des candidats Insoumis. Le maire sortant Michaël Delafosse a par exemple obtenu 33,41 % des voix au premier tour, loin devant l'Insoumise Nathalie Oziol (15,36 %) et le divers centre Mohed Altrad (11,31 %). Sa victoire semble assurée.
Même chose à Lille, où le maire socialiste sortant, Arnaud Deslandes (26,26 %), est arrivé en tête au premier tour devant la candidate LFI Lahouaria Addouche (23,36 %), le candidat écologiste Stéphane Baly (17,75 %), la candidate Renaissance Violette Spillebout (11,14 %) et le candidat Rassemblement national (RN) Matthieu Valet (10,92 %). En position de faiseur de roi, Stéphane Baly a finalement préféré faire alliance avec Arnaud Deslandes et, ainsi, lui assurer sa réélection, plutôt qu'avec Lahouaria Addouche.
En revanche, France 24 a comptabilisé sept villes (voir carte) où l'absence d'alliance de toute la gauche pourrait permettre une victoire du centre, de la droite ou de l'extrême droite. C'est particulièrement vrai à Paris, Marseille et Bordeaux.
Dans la capitale, le candidat socialiste Emmanuel Grégoire (37,98 %) se retrouve en mauvaise position après la fusion de la liste de la candidate Les Républicains Rachida Dati (25,46 %) avec celle du candidat Horizons, Pierre-Yves Bournazel, (11,34 %) et le retrait de la candidate Reconquête ! Sarah Knafo (10,4 %), alors même que l'Insoumise Sophia Chikirou (11,72 %) est toujours en course.
La situation est aussi périlleuse à Marseille, où le maire sortant Benoît Payan (36,7 %) est au coude-à-coude avec le candidat du Rassemblement national, Franck Allisio (35,02 %). L'Insoumis Sébastien Delogu (11,94 %), qui a longtemps espéré une alliance, a fini par retirer sa liste.
Enfin, à Bordeaux, le maire écologiste sortant, Pierre Hurmic (27,68 %), a longtemps cru qu'il pouvait faire l'économie d'une alliance avec l'Insoumis Nordine Raymond (9,36 %) en raison de la qualification au second tour du candidat Renaissance Thomas Cazenave (25,58 %) et du divers droite Philippe Dessertine (20,2 %). Mais le retrait surprise et de dernière minute de ce dernier a soudainement changé la donne. C'est désormais Thomas Cazenave qui fait figure de favori.
