
Le milieu malien du RC Lens, Mamadou Sangaré, est le prix Marc-Vivien Foé 2026. © Studio Graphique FMM
Snobé injustement par les trophées UNFP 2026, le Lensois Mamadou Sangaré tient sa revanche : il remporte l'édition 2026 du prix Marc-Vivien Foé, remis chaque année par RFI et France 24 au meilleur joueur africain de Ligue 1.
Le milieu de terrain des Sang et Or a été largement plébiscité par le jury. Il a récolté 313 points, devançant le duo de Sénégalais Lamine Camara (AS Monaco) et Moussa Niakhaté (Olympique lyonnais), respectivement 94 et 84 points. Le gardien burkinabè Hervé Koffi (SCO Angers) a échoué au pied du podium.
Rencontré en marge d'un entraînement, le joueur de 24 ans savourait ce prix, inédit pour un joueur malien, qu'il dédiait au reste de son équipe : "Je suis content d'avoir gagné ce trophée. J'ai fait une bonne saison. Ça a été plus facile grâce à mes coéquipiers qui m'ont soutenu dès le premier jour", explique le joueur. "C'est donc une grande fierté pour moi de décrocher ce prix après tout le travail que j'ai accompli cette saison."
Pilier de la saison exceptionnelle du RC Lens
Installé depuis le début de la saison aux côtés du capitaine Adrien Thomasson dans un double pivot, le Malien est l'un des grands artisans de la saison exceptionnelle du RC Lens. Les Sang et Or ont longtemps fait douter le PSG dans la course au titre et sont aujourd'hui solidement installés à la deuxième place, qui leur ouvrira la porte de la Ligue des champions l'année prochaine.
Dans l'entrejeu, l'Aigle malien est partout : récupération, distribution, percussion… Il sait tout faire, ou presque. Une omniprésence dans la construction à laquelle ses statistiques personnelles, 3 buts et 4 passes décisives, sont loin de rendre justice. C'est d'ailleurs ce qui a pu conduire le jury des trophées UNFP à lui préférer son partenaire Thauvin (10 buts, 5 passes décisives) dans la course au meilleur joueur de Ligue 1.
Qu'à cela ne tienne ! Il a la reconnaissance de ses pairs et notamment de son entraîneur Pierre Sage : "C'est un joueur qui est généreux. Mais pas seulement en termes d'efforts. Il est généreux avec le football", loue le technicien lensois. "Il est à la hauteur des attentes des personnes qui viennent au stade : marquer de beaux buts, être solidaire de ses partenaires… Il correspond au jeu à la lensoise mais il met en exergue tout son talent au service du collectif. C'est ce que j'appelle un joueur d'équipe", apprécie Pierre Sage.
Le prix Marc-Vivien Foé est chez lui au RC Lens, puisque Mamadou Sangaré est le troisième Lensois à le remporter après Gael Kakuta et Seko Fofana.
Du Mali à la galaxie Red Bull
Natif de Bamako, Mamadou Sangaré était considéré comme un petit prodige à l'Asac, le club de son quartier. Il attire vite l'œil du Yeelen Olympique, qu'il rejoint à l'âge de 12 ans. Dans la capitale malienne, personne ne connaît pourtant son nom, on lui préfère le surnom de "Gaucher", en référence à son pied gauche soyeux qui fait des merveilles.
À 18 ans, le RB Salzbourg lui offre un contrat. Il débarque alors en Autriche en pleine période Covid-19 et se fait remarquer en bafouillant quelques mots d'allemand dès son arrivée dans la pépinière Red Bull pour montrer sa motivation à s'intégrer.
L'apprentissage est rude. Le RB Salzbourg l'envoie s'aguerrir en prêt pendant plusieurs saisons : FC Liefering (2020-2021) puis Grazer AK (2021-2022) en deuxième division autrichienne, et le Zulte Waregem en première division belge (2022-2023). "Ça n'a pas toujours été facile pour moi depuis le début de ma carrière", souffle Mamadou Sangaré.
Il faut attendre sa quatrième saison européenne, réalisée en prêt dans le club autrichien TSV Hartberg, pour qu'il se révèle. Son entraîneur le repositionne au sein d'un double pivot comme aujourd'hui au RC Lens. Après cette saison pleine, le RB Salzbourg le vend alors au Rapid Vienne pour 1,7 million d'euros.
Un an plus tard, le RC Lens l'achète pour cinq fois ce prix (8 millions d'euros).
Entre-temps, le Malien a éclaboussé l'Autriche et l'Europe de son talent : il est alors le meilleur récupérateur de Bundesliga autrichienne (200) et de Ligue Europa Conférence (69).
Dans la lignée des grands milieux maliens
Parallèlement à sa carrière en club, Sangaré s’impose peu à peu en sélection. Après avoir brillé avec les U20 et les U23, où il est élu dans l’équipe type de la CAN U23 de 2023, il a contribué à la qualification pour les Jeux olympiques de Paris. En septembre 2024, il a honoré sa première cape avec l'équipe A des Aigles.
À la CAN 2025, il était titulaire au sein de l'équipe de Tom Saintfiet. Si les Aigles n'ont pas ébloui par leur qualité de jeu, ils ont quand même rallié les quarts de finale, tenu tête au Maroc chez eux et écarté la Tunisie au mental, alors que les Maliens étaient menés et réduits à dix.
Son coéquipier au sein des Aigles et du RC Lens, Amadou Haidara, est dithyrambique sur l'apport de son ami : "Il fait une grosse saison. C’est un pilier de l’équipe. Au milieu, il contrôle beaucoup de choses. On compte énormément sur lui parce que la saison qu’il réalise est incroyable", indique-t-il sur le site du club lensois.
"Remporter ce prix, ça montre que tu fais de bonnes choses, que tu travailles bien. C'est aussi le fruit d'un travail collectif", rappelle Mamadou Sangaré. "Remporter ce trophée, ça prouve aussi que j'ai passé un cap et j'espère que ça va continuer ainsi."
Un nouveau cap qui pourrait cependant s'écrire loin du RC Lens dès la saison prochaine. Sous contrat jusqu'en 2030 avec le club nordiste, il a tapé dans l'œil de plusieurs grosses écuries de Premier League. Manchester United, Liverpool et Chelsea seraient sur les rangs et prêts à mettre plus de 40 millions d'euros pour l'attirer.
