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CAN 2025 attribuée au Maroc : quelle est la véritable influence de la fédération marocaine ?
La décision spectaculaire et inédite de la Confédération africaine de football (CAF) d'invalider la victoire du Sénégal lors de la CAN 2025 et d'attribuer le titre au Maroc met en lumière le poids croissant du Royaume chérifien dans les instances internationales, même si elle s'appuie sur des arguments juridiques solides et des précédents. 

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Le président de la FRMF, Fouzi Lekjaa (à droite), et le président de la FIFA, Gianni Infantino, brandissent un fanion de la Fifa lors de la cérémonie d'inauguration des bureaux de la FIFA à Rabat, au complexe Mohammed VI de Salé, le 26 juillet 2025. © Abdel Majid Bziouat; AFP
15:57

La Fédération marocaine de football a salué, mercredi 19 mars, "le respect des règles" après la décision de la Confédération africaine de football (CAF) de retirer au Sénégal, au profit du Maroc, son titre de vainqueur de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN), remporté au terme d'une finale chaotique le 18 janvier. 

La Fédération "tient à saluer une décision allant dans le sens du respect des règles et de la stabilité nécessaire à la bonne tenue des compétitions internationales", a-t-elle indiqué dans un communiqué. "La CAF reconnaît aujourd'hui que la règle, connue de tous et applicable à tous, n'avait pas été respectée", a souligné la Fédération marocaine. "La démarche engagée n'a jamais eu pour objet de contester la performance sportive des équipes, mais uniquement de demander le respect des règles", a-t-elle ajouté.

Le jury d'appel de la Confédération Africaine de Football (CAF) a déclaré mardi soir le Sénégal "forfait lors de la finale", pourtant remportée 1-0 (après prolongation) par les Lions de la Teranga, "le résultat étant homologué sur le score de 3-0" en faveur du Maroc. 

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Le rôle croissant du Maroc

Depuis plusieurs années, le Royaume est devenu un acteur incontournable du sport sur le continent, et plus particulièrement du football. Futur hôte avec l'Espagne et le Portugal du Mondial 2030, il peut compter sur l'entregent politique de Fouzi Lekjaa, le patron de la Fédération marocaine, premier vice-président de la CAF, membre depuis 2021 du Conseil de la Fifa et proche de son président Gianni Infantino.

Outre de nombreuses compétitions internationales, comme les trois dernières éditions de la CAN féminine et les cinq prochaines de la Coupe du monde féminine U17, le Maroc accueille également les matches de nombreux pays africains comme le Burkina Faso, le Mozambique, la Guinée, le  Mali, le Soudan et Djibouti soit en raison de l'instabilité politique ou d'un manque d'infrastructures.

"Depuis qu'Infantino est arrivé aux commandes de la Fifa (2016, ndlr), le Maroc a pris une importance encore plus marquée, notamment au travers de la figure de Fouzi Lekjaa", explique ainsi à l'AFP Jean-Baptiste Guégan, expert en géopolitique du sport et enseignant à Sciences Po Paris. 

Cet activisme et l'influence de plus en plus grande du Maroc au sein de la CAF peuvent-ils expliquer la sentence prononcée par le jury d'appel de la CAF qui a provoqué la stupeur mardi soir ? Sans accuser explicitement l'ex-hôte de la dernière Coupe d'Afrique des nations, les autorités sénégalaises n'ont pas hésité mercredi à s'engouffrer dans la brèche en réclamant une enquête internationale pour des "soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF".

"Il y a le poids réel du Maroc, et il y a le fantasme", nuance Jean-Baptiste Guégan. "Les discours conspirationnistes et complotistes sur l'influence du Maroc ont créé une atmosphère qui a pesé sur la finale et qui a pu expliquer la réaction du Sénégal".

Un point de règlement ?

De fait, la Confédération africaine de football a étayé son argumentaire en se basant sur les articles 82 et 84 du règlement de la CAN, selon lesquels si une équipe "refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match, elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours". 

Or lors de la finale chaotique du 18 janvier à Rabat, remportée par les Lions de la Teranga (1-0 a.p.), plusieurs joueurs sénégalais avaient quitté temporairement la pelouse pour protester contre un penalty litigieux sifflé dans le temps additionnel de la seconde période en faveur du Maroc peu après un but qui leur avait été refusé.

Une source proche de la Fédération marocaine a également rappelé à l'AFP qu'un cas similaire existait dans le cadre d'une autre compétition africaine. En 2019, l'Espérance Sportive de Tunis avait en effet été déclarée lauréate de la Ligue des champions de la CAF, trois mois après que les joueurs du Wydad Casablanca ont quitté la pelouse durant la finale, pour protester contre une panne de la VAR.

"Trouvez-moi une violation disciplinaire plus claire. Le Sénégal a quitté le terrain. Il faut bien comprendre l'enjeu pour les instances de ne pas laisser les équipes mettre le chaos pour faire pression sur chaque décision arbitrale qui leur déplaît", explique un familier des instances internationales du football, alors que le Mondial 2026 débute dans moins de trois mois aux États-Unis, au Mexique et au Canada.

"Après, bien sûr que l'effet est désastreux, surtout quand ça avantage le pays hôte. Mais la CAF a vraiment trop à perdre à faire un cadeau au Maroc, je ne suis même pas sûr que les Marocains eux mêmes s'attendaient à ça, ils voulaient surtout faire sauter les sanctions prises en première instance", ajoute la même source. 

La Fédération marocaine avait écopé de plusieurs amendes pour un total de 315 000 dollars et le capitaine des Lions de l'Atlas Achraf Hakimi avait été suspendu un match. "C'est une question de bon sens, abonde Alain Giresse l'ancien international français et ancien sélectionneur du Sénégal. Cette décision ne profite à personne, pas même aux joueurs marocains pour qui remporter la CAN sur tapis vert n'aura aucune saveur".

C'est désormais au Tribunal arbitral du sport (TAS), saisi par la Fédération sénégalaise, de trancher le sort de cette CAN 2025 qui, deux mois et demi après la victoire sur le terrain des Lions de la Teranga, attend son dénouement officiel. 

Avec AFP