
Vincent Bolloré devant une commission d'enquête parlementaire à l'Assemblée nationale, à Paris, le mercredi 13 mars 2024. © Thibault Camus, AP
Le milliardaire conservateur Vincent Bolloré doit être jugé en décembre 2026 à Paris pour "corruption d'agent public étranger" au Togo, entre 2009 et 2011, dans l'affaire dite des "ports africains", a-t-on appris, jeudi 19 mars, de sources concordantes, confirmant une information du quotidien Le Monde.
Les faits remontent à la campagne électorale de 2010 du président togolais Faure Gnassingbé, a précisé une source judiciaire. L'audience est prévue du 7 au 17 décembre 2026 devant le tribunal correctionnel de Paris.
Interrogé, le parquet national financier (PNF) a également confirmé l'information.
Vincent Bolloré, 73 ans, devra répondre devant les juges de son rôle dans les agissements de l'agence de publicité Euro RSCG (devenue Havas), une filiale de son groupe, qui aurait notamment fourni des prestations pour la campagne présidentielle de Faure Gnassingbé à un prix sous-évalué.
En échange, le président togolais aurait appuyé l'attribution "à partir de mai 2019 de divers avantages au groupe Bolloré" et à ses filiales, dont le prolongement de la durée de concession pour l'exploitation du port de Lomé et des avantages fiscaux, selon la source judiciaire.
Dans un communiqué transmis jeudi à l'AFP, les avocats de Vincent Bolloré ont estimé "impossible la tenue d'un procès équitable". Maîtres Céline Astolfe et Olivier Baratelli, ont également annoncé faire appel de l'ordonnance des juges rendue mercredi "pour des motifs procéduraux".
"Nous réaffirmons avec force que les opérations survenues il y a plus de 15 ans entre les groupes Bolloré et Havas, dont M. Bolloré n'avait pas connaissance, portant sur 300 000 euros payés par chèques et passés régulièrement en comptabilité, s'inscrivaient dans le cadre normal des relations commerciales entre ces deux groupes", ont-ils ajouté.
Des accusations en Guinée
Il est également renvoyé devant le tribunal pour complicité d'abus de confiance au Togo, mais aussi en Guinée, dans le cadre de la campagne présidentielle de l'ancien dirigeant Alpha Condé en 2010.
Des juges financiers parisiens sont saisis de cette affaire depuis 2013, et Vincent Bolloré avait été mis en examen en 2018 dans ce dossier.
En 2021, Vincent Bolloré, l'une des principales fortunes de France, ainsi que Gilles Alix, directeur général du groupe Bolloré à l'époque, et Jean-Philippe Dorent, directeur international chez Havas, avaient reconnu les faits pour éviter un long procès pénal, lors d'une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), et accepté une peine de 375 000 euros d'amende.
Mais le tribunal avait refusé de l'homologuer, renvoyant le dossier à l'instruction. L'industriel breton contestait depuis ce revers procédural.
Le groupe Bolloré a, lui, accepté de payer 12 millions d'euros d'amende contre l'abandon des poursuites, dans le cadre d'une convention judiciaire d'intérêt public (CJIP).
Pour les avocats de Vincent Bolloré, la CRPC non homologuée de M. Bolloré a porté une "atteinte irrémédiable" à sa "présomption d'innocence", rendant "impossible la tenue d'un procès équitable". "C'est à cet effet qu'a été formé un recours devant la Cour européenne des droits de l'homme qui a accepte de s'en saisir", ont-ils rappelé.
Avec AFP
