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Un jeune homme blanc de 17 ans, appartenant à une "milice locale", a été arrêté et mis en examen pour meurtre, mercredi, après la fusillade qui a fait deux morts et un blessé pendant une manifestation contre les violences policières à Kenosha, dans le Wisconsin.
Il a été mis en examen pour meurtre. Kyle Rittenhouse, 17 ans, a été arrêté mercredi 26 août après la fusillade qui a fait deux morts et un blessé pendant une manifestation contre les violences policières à Kenosha, dans le Wisconsin.
La ville de Kenosha a connu trois nuits successives de manifestations parfois violentes après la tentative d'interpellation de Jacob Blake, un homme noir sur lequel des policiers ont tiré dimanche alors qu'il leur tournait le dos.
Cet incident, filmé, a ravivé les protestations contre le racisme et la violence dans la police aux États-Unis. Des vidéos circulant sur les réseaux sociaux montraient des scènes de chaos à Kenosha mardi, des personnes hurlant alors que des tirs retentissaient.
Des "milices" dans les rues
L'adolescent de 17 ans arrêté mercredi, habitant le village voisin d'Antioch, à une trentaine de kilomètres, est soupçonné d'être l'auteur de ces tirs. Selon les médias locaux, il a été vu en présence d'hommes armés en majorité blancs qui se présentent comme des "milices" ou des "groupes d'autodéfense", désireux de protéger la ville. Le shérif du comté, David Beth, a confirmé leur présence dans le secteur, sans préciser si le tireur appartenait à ces groupes.
Selon des vidéos mises en ligne, le jeune homme blanc était armé d'un fusil d'assaut. Sur l'un des enregistrements, il semble s'enfuir alors qu'un autre jeune s'écroule au sol avec une balle dans la tête. Sur une autre, on le voit être poursuivi par un groupe, tomber à terre, se retourner l'arme à la main. Des tirs sont alors audibles.
"Il semble qu'un membre d'une milice qui a décidé de jouer les vigiles se soit approprié la loi et ait abattu des manifestants innocents", avait déclaré le lieutenant-gouverneur du Wisconsin, Mandela Barnes, à la chaîne de télévisions MSNBC mercredi avant l'annonce de l'interpellation du suspect.
Le shérif du comté de Kenosha, David Beth, a expliqué par la suite lors d'une conférence de presse que les tirs de mardi soir semblaient impliquer des membres d'un groupe auquel il avait refusé de confier une mission de soutien aux forces de police pendant les manifestations.
Renforts de la Garde nationale
Facebook a fermé dans la journée une page de la "Kenosha Guard", qui se décrit comme une milice locale et avait appelé ses membres à protéger les rues. Après la tombée de la nuit, la police s'est opposée dans le centre-ville à quelque 200 contestataires ayant bravé le couvre-feu nocturne imposé dans cette ville de 100 000 habitants, située au sud de Milwaukee, sur la rive du lac Michigan.
Plusieurs véhicules blindés de type militaire ont été aperçus en train d'effectuer des manœuvres, tirant des gaz lacrymogènes en direction de manifestants, dont certains lançaient des projectiles sur les forces de l'ordre.
Ces troubles sont survenus alors que le gouverneur du Wisconsin avait déclaré dans la journée l'état d'urgence et annoncé le déploiement de renforts de la Garde nationale pour ramener l'ordre.
Des manifestants antiracistes se sont également opposés mardi soir aux forces de l'ordre à Portland, dans l'Oregon, et à Louisville, dans le Kentucky, dans le cadre de la vague de protestation contre les violences policières qui a suivi l'interpellation mortelle de George Floyd le 25 mai à Minneapolis.
Donald Trump dénonce "l'anarchie"
Le président Donald Trump a annoncé mercredi l'envoi de renforts policiers et de soldats de la Garde nationale à Kenosha. "Nous ne tolérerons pas les pillages, les incendies criminels, la violence et l'anarchie dans les rues américaines", a indiqué le président sur Twitter, trois jours après que cet Afro-Américain de 29 ans a été grièvement blessé dimanche par la police de plusieurs balles dans le dos. "J'enverrai des policiers fédéraux et la Garde nationale à Kenosha pour rétablir la LOI et l'ORDRE !", a insisté le milliardaire républicain, qui en a fait l'un des thèmes de sa campagne de réélection pour la présidentielle du 3 novembre.
Son rival dans la course à la Maison Blanche, le démocrate Joe Biden, a de son côté affirmé avoir parlé et promis "justice" à la famille de Jacob Blake. "Une fois de plus, un homme noir – Jacob Blake – s'est fait tirer dessus par la police. Sous les yeux de ses enfants. Cela me rend malade", a écrit Joe Biden dans un post Twitter accompagné d'un message vidéo.
Once again, a Black man — Jacob Blake — was shot by the police. In front of his children. It makes me sick.
Is this the country we want to be?
Needless violence won’t heal us. We need to end the violence — and peacefully come together to demand justice. pic.twitter.com/WdNqrxA3PK
Boycott historique des matches en NBA
Le monde du sport et notamment du basket a aussi vivement réagi. Les matches de play-offs de mercredi, Milwaukee-Orlando, Houston-Oklahoma City et Los Angeles Lakers-Portland n'auront pas lieu comme prévu, certaines de ces équipes ayant décidé de les boycotter pour protester contre l'injustice raciale après les tirs policiers sur Jacob Blake, a annoncé la NBA.
Le mouvement n'a pas tardé à se propager auprès d'autres sportifs. La joueuse de tennis japonaise Naomi Osaka a quant à elle refusé de disputer la demi-finale du tournoi de Cincinnati, dont les organisateurs ont reporté d'un jour tous les matches prévus jeudi. Des matches de football et de baseball ont également été reportés en raison d'un boycott des joueurs.
"En tant que femme noire, j'ai l'impression qu'il y a des questions beaucoup plus importantes qui nécessitent une attention immédiate, plutôt que de me regarder jouer au tennis", a justifié Naomi Osaka, 22 ans, dont la mère est japonaise et le père haïtien, et qui a souvent pris la parole ces derniers mois pour dénoncer l'injustice raciale.
Nouveaux détails sur l'enquête
Par ailleurs, mercredi soir, les enquêteurs du département de la Justice du Wisconsin ont trouvé un couteau sur le plancher du véhicule de Jacob Blake, du côté conducteur, celui dont Blake a ouvert la portière lorsqu'il a été la cible dimanche de coups de feu d'un agent de police auquel il tournait le dos.
S'exprimant lors d'une conférence de presse, le procureur général Josh Kaul a déclaré que Jacob Blake les avait prévenus qu'il était en possession d'un couteau au moment de l'incident survenu à Kenosha. Le procureur général a déclaré que la police avait confronté Jacob Blake après avoir été appelée au domicile d'une femme ayant rapporté que son petit ami s'y trouvait sans sa permission.
Lors de l'incident, a poursuivi Josh Kaul, la police a tenté d'arrêter Jacob Blake, utilisant un pistolet Taser dans le but de le soumettre mais échouant. Jacob Blake a alors fait le tour de son véhicule, ouvert la portière avant côté conducteur et s'est penché. L'agent Rusten Shesky, agrippant le débardeur de Jacob Blake, a fait feu à sept reprises dans son dos.
Avec AFP et Reuters