
De nouvelles vidéos en provenance d'Iran, diffusées le 23 janvier, montrent des corps dans des sacs mortuaires, à Téhéran. © Capture écran France 24
L'ampleur de la répression des manifestants en Iran dépasse tout ce qui avait été documenté. De nouvelles vidéos en provenance du pays ont émergé vendredi 23 janvier sur les réseaux sociaux, à l'aune d'une brève connexion internet, alors même que les Iraniens sont plongés dans un black-out numérique depuis près de deux semaines.
Ces images révèlent la brutalité des forces de sécurité lors de la répression des manifestants, désormais qualifiée de "tuerie de masse" par plusieurs ONG dont Amnesty international.
Les vidéos visionnées et vérifiées par l'équipe des Observateurs de France 24 sont particulièrement éprouvantes.
Si l'accès à Internet s'est légèrement amélioré depuis jeudi soir, permettant l'accès à ces vidéos, il reste extrêmement limité et très parcellaire. "On ne peut pas dire qu'Internet est rétabli", confirme notre journaliste des Observateurs, Ershad Alijani. Seul 2 % du trafic habituel a été restauré, précise l'ONG de surveillance de la cybersécurité NetBlocks.

"Cette petite fenêtre a suffi pour que des dizaines de nouvelles vidéos apparaissent", explique Ershad Alijani. Pour les envoyer, "ceux qui peuvent se connecter paient des prix exorbitants pour quelques heures d'accès par jour, dans certains cas, près d'un mois de salaire minimum".
"Vous pouvez donc imaginer ce qui pourrait apparaître si un accès plus large était rétabli et que les vidéos enregistrées à travers l'Iran commençaient à circuler en ligne. Ce n'est qu'à ce moment-là que nous pourrons réellement saisir l'ampleur de ce qui s'est déroulé au cours des deux dernières semaines."
Des massacres à huis-clos dans des régions reculées
Ces nouvelles vidéos révèlent que les soulèvements populaires et leur très violente répression ont aussi eu lieu dans des villes et des régions jusqu'ici coupées du monde et sans témoins. "Nous n'avions pas connaissance de massacres d'une telle ampleur dans des endroits tels que la province extrêmement pauvre de Kohgiluyeh-et-Boyer-Ahmad [ situé dans le sud-ouest iranien]", indique Ershad Alijani.
Sur l'une des vidéos, en provenance de Hafshejan, une petite ville de près de 20 000 habitants de cette région, l'auteur de la vidéo filme la répression en direct avant d'être lui-même pris pour cible par des tirs.
Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixDes cadavres par centaines en banlieue de Téhéran
Les images des centaines de corps alignés à même le sol et des familles éplorées à la recherche de leurs proches dans la morgue de Kharizak, près de Téhéran ont déjà fait le tour du monde depuis une semaine.
"Depuis hier soir, nous avons reçu de nouvelles vidéos provenant d'une autre morgue, à Fardis, une banlieue de Téhéran", détaille Ershad Alijani. Sur la vidéo, une foule se presse pour entrer. Ce sont des familles à la recherche de leurs disparus. On entend des pleurs en continu, des gémissements et des cris de colère visant les forces de sécurité, accusées d'avoir commis ce massacre.
"Nous savions également que des corps étaient conservés dans plusieurs hôpitaux de Téhéran. Certains membres du personnel médical avaient déjà témoigné en direct sur France 24. Nous disposons désormais de preuves vidéo", détaille le journaliste. Sur les images, insoutenables, des corps ensanglantés et partiellement dénudés, jetés à même le sol, à proximité de lits d'hôpitaux.
Pour afficher ce contenu , il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choixDes vidéos en provenance de Rasht, dans le nord de l'Iran, montrent également des corps transportés dans des sacs mortuaires ou de simples sacs plastiques, chargés à l'arrière d'un camion.
Exécutions sommaires dans les rues
Parmi ces vidéos apparues depuis ce matin, plusieurs ont été authentifiées et montrent des manifestants abattus à bout portant, avec des armes placées directement contre leur tempe avant que le coup de feu ne soit tiré, preuve d'exécutions sommaires qui ont eu lieu en pleine rue.
Le nombre de morts recensés par l'ONG Human Rights activists in Iran (Hrana), qui vérifie chaque cas, s'élève désormais à 5 002 morts confirmé, tandis que le nombre de décès faisant encore l'objet d'une enquête a atteint 9 787. Par ailleurs, au moins 7 391 personnes ont été grièvement blessées lors des manifestations, et le nombre total d'arrestations s'élève à 26 852.
Toutes les organisations qui tentent d'établir le décompte des victimes s'accordent à dire que les chiffres publiés à ce stade ne reflètent qu'une partie des décès. L'ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège, a elle confirmé la mort de 3 428 manifestants, disant cependant craindre que le chiffre réel atteigne les 25 000 morts.
La rapporteuse spéciale des Nations unies pour l'Iran, Mai Sato, a déclaré jeudi que son bureau estimait que plus de 20 000 manifestants avaient été tués par le régime d'Ali Khamenei.
Pour afficher ce contenu Instagram, il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.
Accepter Gérer mes choix