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CAN 2025 : les Sénégalais entre rire jaune et colère après la décision de la CAF en faveur du Maroc
Réveil brutal pour le peuple de la Teranga. Deux mois après le sacre des Lions sénégalais, la CAF a créé une onde de choc mondiale en retirant son titre de champion d'Afrique au Sénégal pour l’attribuer au Maroc. À Dakar, on oscille entre rires jaunes, colère noire, accusations de corruption et espoir d'un recours devant le TAS.
C’est un réveil brutal pour tout un peuple. Deux mois après le sacre des Lions de la Teranga, la CAF a créé une onde de choc mondiale en retirant son titre de champion d'Afrique au Sénégal pour l’attribuer au Maroc. © Nicolas Réméné, AFP

Deux mois après avoir célébré sa deuxième étoile en Coupe d'Afrique des nations, les Sénégalais se sont réveillés avec la gueule de bois mercredi 18 mars. Le jury d'appel de la Confédération africaine de football (CAF) a décidé, la veille, de déchoir les Lions de la Teranga de leur titre, au profit du Maroc.

Dans un communiqué envoyé tard dans la soirée, la CAF annonçait avoir décidé de "déclarer l'équipe nationale du Sénégal forfait lors de la finale", pourtant remportée 1-0 (après prolongation) par les Lions de la Teranga, "le résultat étant homologué sur le score de 3-0" en faveur du pays hôte de l'épreuve.

"Les Sénégalais ne parlent que de ça depuis l'annonce", raconte Élimane Ndao, correspondant de France 24 à Dakar. "Sur les réseaux sociaux, chacun y va de son commentaire : avec humour mais avec aussi beaucoup d'incompréhension et de stupeur."

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Les unes de journaux sont au diapason des réseaux sociaux en rivalisant dans les superlatifs : "La grosse farce continentale", "Ri-di-cule !", "La blague du siècle !", "Scandaleux !"...

En apprenant la perte du titre, Assiétou Diallo dit à l'AFP avoir "rigolé", croyant à une blague : "C'est une honte. Une CAN, ça se gagne sur le terrain et on l'a gagnée, on l'a méritée. À aucun moment le Maroc n'a marqué un but", fulmine cette assistante comptable de 25 ans, qui espère que la fédération sénégalaise fera tout pour garder le titre – elle a prévu de saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS) en ce se sens.

Pour Gora Ndiaye, chauffeur VTC de 48 ans à Dakar, cette décision est une "honte pour l'Afrique".

Un trophée ne se gagne pas "par mail"

"C'est une sacrée gifle", renchérit Marc Diop, 50 ans, employé dans une banque, interrogé dans le centre-ville de Dakar : "Tout le monde a constaté que sur le terrain, c'est une victoire nette et sans bavure du Sénégal."

Notre correspondant relate que les joueurs victorieux ont joué la carte de l'humour en ressortant leurs photos de vainqueurs sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram. Le défenseur El Hadji Malick Diouf a publié l'appel suivant : "Manifestez-vous, les champions. Ce trophée, ça se gagne sur le rectangle vert, mais pas par e-mail."

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De son côté, le taulier Idrissa Gueye a relativisé : "Titres, trophées, médailles... tout cela n'est qu'éphémère. Ce qui compte vraiment, c'est que chaque supporter puisse rentrer chez lui et retrouver sa famille. Le peuple sénégalais a montré ce qu'il est : digne dans la victoire, digne dans l'épreuve. C'est ça, la Teranga. Nous savons ce que nous avons vécu ce soir-là à Rabat. Et ça, personne ne pourra nous l'enlever, inch'Allah", affirme l'ancien milieu du PSG.

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"La corruption finit par l'emporter"

Lors de cette finale chaotique, plusieurs joueurs sénégalais avaient quitté temporairement la pelouse, en protestation contre une décision de l'arbitre qui, peu après un but refusé au Sénégal, avait accordé un penalty au Maroc dans le temps additionnel de la seconde période. Au bout de 15 longues minutes de confusion précédant finalement un retour sur le terrain des joueurs sénégalais, et dans un chaos qui gagna alors les tribunes avec des supporteurs sénégalais lançant des projectiles et tentant d'envahir le terrain, l'ailier marocain Brahim Diaz avait manqué son penalty.

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Et, à la fin, c'est le Sénégal qui s'était imposé grâce à un but de Pape Gueye. En quittant le terrain, "la réaction des Sénégalais était un peu excessive. Ce n'est pas l'image qu'on veut montrer", tempère Issac Ndiaye, 38 ans, rare personne interrogée à ne pas se dire stupéfiée par la décision de la CAF.

Toutefois, cet agent administratif reconnaît la "frustration générale" : "On perd une coupe qu'on a déjà célébrée", le deuxième titre continental du Sénégal après 2021.

"La corruption a fini par l'emporter", s'exaspère pour sa part Daouda Seck, un supporter sénégalais interrogé par l'AFP.

Pour l'ancien sélectionneur Claude Le Roy, les Marocains "ont fait ce recours d'une façon un peu formelle au départ par rapport à leur opinion publique, parce que c'est vrai qu'il y a 50 ans qu'ils courent derrière (ce titre, NDLR)". "Mais aujourd'hui, cette décision ne les grandit pas. On a vu dans le premier communiqué de la Fédération royale marocaine qu'ils se sentent quand même gênés", ajoute-t-il.

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CAN 2025 : les Sénégalais entre rire jaune et colère après la décision de la CAF en faveur du Maroc
© France 24
06:01

Un appel au TAS

Fin janvier, le jury disciplinaire de la CAF, sans remettre en cause le résultat final de ce match, avait infligé une série de sanctions disciplinaires, dont des amendes s'élevant à plusieurs centaines de milliers d'euros, aux fédérations des deux pays pour comportements antisportifs et violations des principes de fair-play.

Mais, mardi soir, le jury d'appel de la CAF a justifié sa décision en se référant aux articles 82 et 84 du règlement de la CAN, selon lequel si une équipe "refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match", "elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours".

La fédération sénégalaise a dénoncé "une décision inique, sans précédent et inacceptable qui jette le discrédit sur le football africain", et indiqué qu'elle engagerait la "procédure d'appel" devant le TAS, basé à Lausanne, en Suisse, "dans les plus brefs délais".

"Les Sénégalais sont tous en colère et on espère que le TAS prendra la bonne décision", résume Aissatou Ndiaye, 50 ans.

Avec AFP