
Condamnée en première instance, Marine Le Pen joue son éligibilité pour l'élection présidentielle 2027. © Studio graphique FMM
Marine Le Pen plaide la "bonne foi". Lors d’une déposition qui aura duré près de treize heures sur deux jours, la triple candidate à l’élection présidentielle (2012, 2017, 2022) a soutenu lors de la deuxième semaine de son procès en appel, qui se tient du 13 janvier au 12 février, que les problèmes liés à l'emploi d'assistants parlementaires découlaient d'un défaut d'information et de contrôle du Parlement européen.
La justice lui reproche, ainsi qu’au Rassemblement national (alors appelé Front national) et à dix autres prévenus d'avoir payé entre 2004 et 2016, avec de l'argent du Parlement européen, des salariés du parti, qui traversait alors des difficultés financières en raison de mauvais résultats électoraux.
En première instance, le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris a déclaré la cheffe de file de l'extrême droite française coupable et l'a condamnée à quatre ans de prison dont deux ferme, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution immédiate pour détournement de fonds publics. Avec ce procès en appel, Marine Le Pen joue sa candidature à la présidentielle 2027.
Voici ce qu’il faut retenir de cette deuxième semaine d’audience.
Le récap de la première semaine L’essentiel du procès en appel de Marine Le Pen : "Aucun sentiment d’avoir commis le moindre délit"
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Lundi 19 janvier : les "réponses de Normand" de l'eurodéputé Nicolas Bay
C'est avec une ligne de défense singulièrement infléchie que Nicolas Bay s'est présenté lundi après-midi à Paris devant ses juges d'appel. Condamné à trois ans d'inéligibilité avec effet immédiat, il n'était pas parvenu à convaincre le tribunal correctionnel de Paris de la réalité du travail de son assistant Timothée Houssin, embauché au lendemain de son élection au Parlement européen en juin 2014, et dont la rémunération était prise en charge par l'institution communautaire.
Aujourd'hui, il siège toujours dans l'hémicycle de Strasbourg. Élu sur la liste Reconquête! en 2024, il s'est depuis éloigné d’Éric Zemmour.
"Je reconnais qu'avec mes activités politiques nationales qui m'accaparaient, Timothée Houssin m'a aidé dans ces tâches-là", concède Nicolas Bay, admettant ne pas s'être rendu compte à l'époque de quelconque détournement de fonds publics. À la barre, il évoque des "zones grises", reconnaît son "tort" de ne pas avoir suffisamment archivé les documents, son manque de "vigilance".
La nouvelle défense de l'élu est dans la droite ligne de celle qu'a esquissée Marine Le Pen dès l'ouverture des débats le 13 janvier, contestant "l'élément intentionnel" de l'infraction, à défaut de nier la matérialité des faits reprochés tel que plaidé lors du premier procès. Mais si Timothée Houssin a pu travailler pour le Front national d'alors, la réalité de la moindre activité pour son eurodéputé demeure sujette à caution.
"Timothée Houssin explique qu'il répondait au courrier mais jamais par écrit ! C'est sûr, à l'oral, y'a pas de trace", s'agace la présidente du tribunal.
L'hypothèse d'un "système" est à nouveau interrogée, notamment après l'évocation d'une réunion au cours de laquelle Marine Le Pen aurait demandé aux eurodéputés de laisser le parti répartir leurs assistants, ce que conteste Nicolas Bay : "Elle ne connaissait aucun de mes assistants : je suis la démonstration qu'il n'y avait pas de consignes."
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Mardi 20 janvier : Marine Le Pen nie tout "système" de détournement de fonds
Aux premières heures de son interrogatoire, Marine Le Pen s'est efforcée de casser l'image d'un "système" institutionnalisé de détournements de fonds européens par son parti. L'interrogatoire depuis mardi après-midi de la cheffe de file de l'extrême droite, actuellement inéligible en raison de sa condamnation en première instance, est le premier temps fort de ce procès à hauts enjeux politiques prévu jusqu'au 11 février au palais de justice de Paris, sur l'île de la Cité.
"Le terme de 'système' me gêne car on a le sentiment d'une manipulation", déclare-t-elle à la cour en évoquant un concept-clé de l'accusation, validé par les juges de première instance. La triple candidate à l'Élysée dément avoir intentionnellement commis un délit dans cette affaire et soutient que "les cas des assistants parlementaires doivent être analysés les uns après les autres car il m'apparaît qu'ils recoupent des réalités très différentes".
Pugnace, méticuleuse, Marine Le Pen se montre ferme à la barre pour contrer les éléments de l'accusation, marquant sa réprobation de la tête à certaines questions de la présidente Michèle Agi. Son attitude contenue devant les juges tranche cependant avec l'atmosphère houleuse de son interrogatoire au premier procès, sitôt que l'agacement commence à pointer dans sa voix, il se voit aussitôt bridé.
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Mardi, la cour d'appel a commencé la journée par l'interrogatoire du député de l'Yonne Julien Odoul, mis en grande difficulté sur la réalité de son emploi d'assistant parlementaire d'une eurodéputée frontiste en 2014-2015. Le prévenu disposait d'un contrat de travail comme assistant parlementaire de l'eurodéputée Mylène Troszczynski, alors que l'organigramme du Front national publié à l'hiver 2015 le présentait comme "conseiller spécial" au cabinet de la présidente du parti, Marine Le Pen.
Malgré le contrat le mettant théoriquement au service de l'eurodéputée, "je n'ai pas travaillé pour Mylène Troszczynski car elle ne me donnait pas de travail", affirme Julien Odoul, qui soutient s'être alors mis informellement au service de Marine Le Pen car "Mylène Troszczynski m'avait dit de me rendre utile au sein du siège du Front national".
- Mercredi 21 janvier : Marine Le Pen plaide la "bonne foi" du Front national
Au terme de cette déposition-marathon entamée la veille et qui aura duré en tout près de treize heures, celle qui joue son avenir politique a fait part en privé d'une épreuve physiquement éprouvante, mais avec l'impression d'avoir pu s'expliquer et être entendue, de manière plus "normale" qu'en première instance.
"Pourquoi est-ce que nous, qui sommes des gens rigoureux, semblons avoir fait preuve, dans la façon dont ce dossier est présenté, d'une absence totale de rigueur ?", a interrogé la cheffe de file de l'extrême droite, avant de répondre : "Car nous étions totalement de bonne foi". Ainsi Marine Le Pen a-t-elle développé toute la journée cet axe de défense, corollaire de la "non-intentionnalité" sur laquelle elle avait déjà insisté la veille.
Certes, concède-t-elle, "des reproches incontestablement peuvent nous être faits". Mais les problèmes liés à l'emploi d'assistants parlementaires découlent selon elle d'un défaut d'information et de contrôle de l'institution communautaire, car "l'administration du Parlement européen était beaucoup plus coulante que ce qu'elle est aujourd'hui".
Face aux interrogations parfois répétées – par la présidente, une juge assesseure, l'avocat du Parlement européen ou les deux représentants de l'accusation –, la députée du Pas-de-Calais a conservé durant toute l'audience une apparente "sérénité", quitte à se montrer laborieuse. Plus de vingt ans après le début des faits reprochés, le temps écoulé rend "extrêmement difficile de faire peser la preuve de son innocence", déplore-t-elle, tandis que la cour d'appel décortique un par un les différents contrats d'assistants parlementaires liés à son mandat d'eurodéputée.
Mardi, elle avait expliqué que son "conseiller spécial", Julien Odoul, n'était qu'un modeste contributeur de notes, disant ignorer qu'il était censé être l'assistant parlementaire d'une eurodéputée FN. L'un des avocats généraux enfonce : "Julien Odoul vous envoie des notes sans que vous l'ayez voulu ? Je connaissais la notion de travail fictif mais celle de salarié clandestin, je la découvre".
- Jeudi 22 janvier : Louis Aliot admet "un grand désordre" passé dans le parti
Louis Aliot a insisté sur "le grand désordre" passé au sein du FN pour justifier le contrat d'assistant d'eurodéputé, soupçonné fictif, octroyé en 2014 à un proche. Le maire de Perpignan, candidat à sa propre succession, joue son éligibilité devant la cour d'appel de Paris.
Tendu devant ses juges d'appel, le numéro deux du RN conteste l'accusation selon laquelle Laurent Salles, officiellement embauché comme son assistant au Parlement européen et rémunéré par des fonds de l'institution, ne travaillait en fait que pour le parti d'extrême droite. Selon lui, "l'ambiguïté" est née du "grand désordre" qui régnait au sein de la formation après son triomphe aux élections européennes de 2014, lorsque le parti à la flamme avait conquis 24 sièges.
L'accusation rappelle qu'on n'a retrouvé qu'"un appel téléphonique" entre Louis Aliot et son assistant pendant la durée de son contrat, et une seule mention d'une rencontre à l'agenda, "pour la galette des rois". "C'est sérieux de dire que Laurent Salles a travaillé pour vous ?", interroge faussement naïvement l'un des avocats généraux. Ce à quoi Louis Aliot répond : "Oui".
La présidente de la cour d'appel s'était auparavant étonnée des conditions de recrutement de Laurent Salles, qui a exercé son "droit au silence" en première instance avant de mettre fin à ses jours trois mois après sa condamnation.
À l'instar de son ancienne compagne Marine Le Pen, Louis Aliot, 56 ans, joue une partie de son avenir politique lors de ce procès en appel, dont la décision ne sera connue qu'à l'été, lui permettant de briguer sa propre succession à Perpignan lors des municipales des 15 et 22 mars.
Avec AFP
